XLVII.

Lancelot ne pouvait vivre longtemps éloigné de la reine sans tomber

dans une tristesse profonde, et sa mélancolie ne pouvait échapper

à l'attention de Galehaut. «Cher compain, lui dit-il un jour, je

sens que je me meurs.--Ah! Lancelot, j'ai deviné la cause de votre

malaise, elle est à Logres: il faudrait, pour vous conforter, la

vue de votre dame; travaillons donc à nous rapprocher d'elle. Nous

pouvons envoyer à la cour un message que nous confierons à Lionel:

Lionel sait nos pensées, il les rendra mieux que personne.»

Lionel fut appelé: «Écoute, bel ami, lui dit Galehaut, nous allons

t'envoyer à la cour du roi Artus. Tu demanderas d'abord la noble dame

de Malehaut, de la part de son ami, le seigneur des Îles lointaines.

Quand tu seras seul avec elle, tu lui diras de te conduire à la

reine; et quand tu seras devant cette rose de toutes les beautés, ce

parangon de toutes les dames, tu lui apprendras que tu es fils du roi

Bohor et cousin de Lancelot. Elle demandera des nouvelles de son ami;

tu répondras que loin d'elle il ne peut être en bon point, et que,

tous les deux, nous craignons d'être mis en oubli, lui par elle, moi

par ma dame de Malehaut. Si elles veulent nous rendre heureux comme

au temps où nous étions près d'elles, elles trouveront facilement un

moyen de nous rappeler.»

Lionel se disposa à fournir le message. Quand il fut au monter,

Galehaut lui recommanda de ne confier à personne au monde le secret

de son voyage: la moindre indiscrétion pouvait causer de grands maux.

«Avant, dit Lionel, d'en rien laisser deviner, on m'arrachera la

langue.»

Il prit la voie qui conduisait le plus droit à la cour du roi Artus.

Mais son voyage est tellement lié à la quête entreprise par messire

Gauvain, que nous devons, avant de le suivre, raconter ce qui advint

au neveu d'Artus, quand il eut franchi le carrefour des Sept voies.

Les Romans de la Table Ronde (4/ 5) Mis en nouveau langage et accompagnés de recherches sur l'origine et le caractère de ces grandes compositions · 第 19 / 68 题