Louis XIV, à son tour, fait bombarder Gênes, avec autant de cruauté
que d'injustice, pour avoir interdit la contrebande du sel par les
Français dans les ports. Quatorze mille bombes écrasent ou brûlent
la moitié des palais et des églises de la plus belle ville maritime
de l'Occident.
Sous le règne suivant, les Génois poursuivent la conquête pied à
pied de la Corse, et rendent enfin l'île à la France.
La révolution française, en débordant en Italie, attaque ou défend
tour à tour Gênes dans des siéges mémorables.
Les traités de Vienne, infidèles à leur plan général, qui était le
rétablissement des trônes et des États violés par Napoléon, excluent
la république de Gênes du droit public, et la donnent violemment au
roi de Sardaigne.
Gênes s'agite longtemps sous ce sceptre étranger et ne rentre dans
son repos que sous le canon des Piémontais. C'est, avec Venise, la
seule république italienne qui ait le droit de s'indigner contre ces
traités de 1815, traités qui rendent le trône aux princes de la
maison de Savoie, et qui, au nom de la légitimité des rois et des
peuples, confisquent au profit de cette maison de Savoie une
république illustre qu'ils n'ont pas même la peine de conquérir!
L'Italie s'affligera et la France se repentira d'avoir laissé
enlever ce peuple héroïque, ce port indépendant et cette marine
presque française à l'indépendance et à la politique. L'extinction
de la nationalité génoise sera un deuil pour l'Italie et un reproche
éternel à l'équité du congrès de Vienne.
Descendons au Piémont, jusque-là bien moins illustre, et surtout
bien moins italien que la république des Médicis, des Adorno, des
Frégose et des Doria.