Cependant M. de Chateaubriand avait quitté, après ce triomphe,
Paris pour les Pyrénées. Le ministère du prince de Polignac,
ministère énigmatique et chargé d'orages autant que de mystères,
avait été nommé en son absence. C'était la déclaration de guerre de
la monarchie à l'opposition du libéralisme, du bonapartisme et du
républicanisme coalisés dans la presse et dans les Chambres.
Charles X voulut vider la question dans une bataille au lieu de
périr à petit feu sous la mitraille de ses ennemis. Vingt ans plus
tard il aurait gagné cette bataille. Quand on fait à midi ce qui ne
doit être fait qu'à minuit, on échoue: l'heure est tout dans le
choix des moments où les peuples refusent ou acceptent les coups
d'État de la lassitude.
Chateaubriand, tremblant de ces excès d'audace inopportune, demanda
une audience à Charles X pour lui représenter les périls certains,
sa chute prochaine. Charles X ne daigna pas lui parler. Le roi
voyait en lui un des plus coupables complices des manoeuvres
d'ambition qui avaient secoué son gouvernement. La plus dangereuse
des oppositions en politique c'est l'opposition de nos amis. Un
prince peut donner satisfaction à des principes, il ne peut jamais
satisfaire à des passions. On comprend l'énergique rancune de
Charles X contre M. de Chateaubriand.