L'AFFAIRE D'HARPER'S FERRY

Sur les rives du Potomac, à la jonction de ce fleuve avec la

Schenandoah, se dresse un promontoire escarpé, couronné par une

plate-forme; c'est sur les deux rives de ces cours d'eau, qui se

joignent à angle obtus, que se développe la voie brisée composant la

petite ville d'Harper's Ferry; une partie se nomme la rue du Potomac,

l'autre porte le nom de la Schenandoah. Du côté de la falaise, les

maisons sont adossées au rocher, et lorsque l'agglomération de la

population l'a forcée à s'étendre, les constructions ont franchi

l'escarpement, et la plate-forme s'est transformée en une seconde ville,

moins pressée et plus riante au milieu de ses jardins.

De ce point un spectacle magique s'offre aux yeux du touriste; au pied

du cap, les eaux paisibles de la Schenandoah viennent se marier aux

flots mugissants et rapides du Potomac, roulant avec fracas sur les

larges strates de roc qui forment son lit; puis, majestueux dans sa

course, il bondit au milieu de la vallée profonde que bordent sur la

rive du Maryland, les hardis profils des monts _Latotins_ et sur celle

de la Virginie, les sommets dénudés des Montagnes-Bleues.

Du côté gauche du fleuve, les bâtiments de l'arsenal, que dominait

l'élégant clocher d'une église, s'élevaient en 1859 sur l'étroite bande

du rivage: cet arsenal n'a pas l'aspect formidable qu'ont en Europe, les

établissements de ce genre: un grand parallélogramme en brique, dont

les deux étages étant percés de fenêtres cintrées, étalait sa façade

vulgaire sur une vaste cour entourée de constructions semblables en

retour[11]; une barrière en bois et fer, reliait les pavillons. Près du

mur de soutènement des terrains de l'arsenal, des colonnes de pierres

carrées supportent le chemin de fer de Baltimore à l'Ohio qui a dû

se créer une voie dans le lit même du fleuve, sur une longueur d'un

demi-mille environ. Le railway court le long du bord extérieur du canal

qui traverse par un pont de pierre et de bois, dont l'arche unique

mesure cent cinquante pieds d'ouverture. C'est un tableau plein

d'enseignement que cet enchevêtrement du génie humain et de l'oeuvre de

Dieu: le génie de l'homme domine là l'oeuvre de la nature, et le fleuve

rugissant se couche et passe humble sous le joug de l'intelligence.

[Note 11: Brûlés en mai 1861.]

Puis, si vous reportez vos yeux vers la droite, vous voyez se dérouler

à vos pieds la Schenandoah, dont les eaux susurrantes caressent le bord

des îles qui émaillent son cours; le cadre est plus gai de ce côté; une

végétation luxuriante recouvre les îles, et les bords de la paisible

rivière ont un aspect moins aride.

Devant vous, au confluent, au mariage des eaux, que commande un pont de

neuf cents pieds de long, le Potomac qui a reçu dans son lit, comme une

blanche fiancée, la Schenandoah aux eaux limpides, poursuit sa course

rapide et tumultueuse. A ce spectacle grandiose, l'âme s'élève plus

facilement vers le Créateur, qui semble avoir voulu réunir dans le même

lieu, toutes les merveilles de son oeuvre.

C'est à l'extrémité de cette pointe de terre, sillonnée par les routes

naturelles et artificielles que s'élève cette modeste cité, Harper's

Ferry, dont le nom devenu immortel, rappellera aux siècles futurs une

ère nouvelle de liberté.

Comme tous les grands faits de l'histoire, le drame d'Harper's Ferry a

eu ses trois grands jours, division mystérieuse et fatidique.

C'était le samedi 16 octobre 1859.

A cette époque-là la ville d'Harper's Ferry comptait environ 5,000

habitants, dont un grand nombre était employé à l'arsenal: c'était

une population laborieuse, active, intelligente, célébrant le travail

pendant six jours, et se reposant scrupuleusement le septième, comme

il convient à des gens religieux et raisonnables. La petite ville

commençait à s'endormir, quelques rares lumières brillaient encore aux

croisées des maisons; le quartier de l'Arsenal était abandonné depuis la

chute du jour, et le gaz n'éclairait que la solitude. Certes, quelqu'un

qui eût parcouru les rues désertes de la cité ne se serait pas douté que

depuis quelques jours, cette population confiante était mise en émoi par

l'annonce de l'arrivée de John Brown, l'abolitionniste. Un seul gardien,

placé à la tête du pont, protégeait la fabrique d'armes. Cependant à

cette heure, de nombreux groupes d'hommes isolés se dirigeaient vers

Harper's Ferry: c'étaient les Brownistes. A la suite de la scène de

Kennedy, les conjurés voulaient marcher immédiatement sur la ville; mais

John Brown les avait arrêtés dans leur élan.

--Attendez, mes enfants, leur avait-il dit, si nous nous rendons à

Harper's Ferry, ce soir, nous serons obligés de lutter contre les

ouvriers; remettons notre campagne à la nuit du samedi au dimanche; le

saint jour du sabbat rend désert l'arsenal dont nous pourrons nous

emparer sans verser une seule goutte de sang.

Le conseil de Brown fut suivi, et le samedi soir les abolitionnistes

divisés par groupes de cinq et six hommes, se rendaient par des voies

différentes au pont du Potomac.

Un de ces groupes précédait les autres; les hommes qui le composaient

étaient armés jusqu'aux dents et causaient entre eux tout en marchant:

--Mordieu! dit l'un, qu'il était facile de reconnaître pour notre ami

Jules Moreau, à sa tournure dégagée, mordieu! je ne suis pas fâché de

sortir de l'état de torpeur dans lequel nous vivions au fond de cette

gorge comme des brigands d'opéra-comique moins le vin et les fillettes;

nous allons en découdre, comme on dit dans notre brave pays de France.

--Espérons que non, lui répondit son compagnon, qui n'était autre

qu'Edwin. Nous allons paisiblement nous installer à l'arsenal; pendant

la nuit le contingent du nord viendra nous rejoindre, et demain matin la

population en s'éveillant nous acclamera.

--Et nous apportera à chacun une tasse de café au lait avec un petit

pain au beurre, dit Moreau d'un ton goguenard, comptez là dessus, mon

ami, comptez là-dessus; ces gens que vous allez ruiner d'un coup, à vous

entendre, devraient être enchantés...

--Je ne dis pas...

--Eh bien, mon cher Edwin, moi, je ne suis pas aussi confiant que vous,

et je crois que nous allons avoir un _coup de chien_, comme on dit chez

moi. Voyez-vous, vous ne m'ôterez pas de l'idée que cette négresse que

j'ai vainement poursuivie l'autre soir, ne soit allée nous vendre.

Au même instant une ombre traversa le sentier.

--Tenez, s'écria Moreau, la voici! la voyez-vous?

--Non, mon ami, répondit Coppie, je ne vois rien qu'un cerveau malade

habité par une idée fixe.

--Bon! bon! dit Moreau en hochant de la tête, vous reviendrez de cette

opinion; mais si Bess n'était pas avec nous, je n'aurais nulle crainte.

--Ne craignez rien pour moi, dit la jeune fille.

--Vous avez été bien imprudente, observa Edwin, ma chère enfant,

d'accompagner votre frère et Green, votre fiancé, et vous eussiez bien

fait de rester au Canada.

--Ma place n'est-elle pas auprès de ceux que j'aime, dit avec une

étrange intonation de voix la jeune négresse, et si mon... fiancé est

blessé, ajouta-t-elle en hésitant, ne dois-je pas être là pour lui

porter secours!

--Oh! les femmes! exclama Moreau.

--Chut! interrompit Edwin, nous voici arrivés au lieu de ralliement, que

pas un mot ne trouble le silence de la nuit!

Et notre petit groupe, composé de Moreau, Coppie, Coppeland, Green

et Bess s'assit silencieusement sur le bord de la route. Un à un, les

autres conjurés les rejoignirent, et bientôt la troupe se trouva forte

d'une soixantaine d'hommes.

John Brown était arrivé un des derniers.

--Nous y sommes? demanda-t-il à voix basse.

--Oui, capitaine.

--Eh bien, à vous, Edwin!

Le jeune homme se leva, suivi de Moreau, de Green et de Coppeland; Bess

voulut les accompagner, Coppie s'y opposa.

Il pouvait être alors dix heures et demie du soir, la nuit était sombre

et sans étoiles; le Potomac mugissait avec fracas dans son lit de

roches; ils se dirigèrent silencieusement vers le pont; l'un d'eux

s'approcha du gardien, et lui frappant sur l'épaule.

--Eh! l'ami, lui dit-il, dormons-nous?

Le gardien fit un soubresaut.

--Allons, camarade, suivez-nous.

--Farceur! dit la sentinelle en riant.

--Levez-vous, répéta d'une voix impérative celui des étrangers qui avait

pris le premier la parole.

--Mais...

--Chut! vous dis-je, si vous soufflez mot, le fleuve est profond, et

sa voix couvrira la vôtre. Suivez-nous en silence, il ne vous sera fait

aucun mal; soyez tranquille.

Et Edwin, car c'était lui, passa amicalement son bras sous celui du

gardien qu'il entraîna vers l'arsenal. Mais avant de partir, il se

tourna vers un de ses compagnons:

--Moreau, lui dit-il après avoir consulté son prisonnier, à minuit vous

arrêterez le factionnaire qui doit venir relever cet homme, n'employez

la violence qu'à la dernière extrémité.

--Soyez tranquille, maître, dit Jules Moreau, on lui fera accepter la

chose en douceur; j'ai fait mes preuves eu fait d'enlèvement, Paméla

pourrait vous le dire...

Mais déjà Edwin était loin, et Moreau s'était assis sur le banc

qu'occupait le factionnaire. Pendant ce temps, les conjurés avaient

traversé le pont, et s'étaient diriges vers le bâtiment de la Pompe,

choisi à l'avance par Brown, pour servir de quartier général.

Étant entré dans la grande salle de l'arsenal où étaient déjà réunis

John Brown et ses partisans, Edwin conduisit son prisonnier vers une des

deux extrémités de la chambre.

--Mettez-vous là, mon ami, lui dit-il affectueusement, et ne craignez

rien, vous êtes ici comme otage, et les otages sont sacrés.

--Coppie, dit John Brown, voici ce que nous avons arrêté: Cinq ou six

hommes vont rester ici pour garder l'arsenal; vous, Green et Cook, vous

irez dans la ville avec une vingtaine des nôtres arrêter le colonel

Washington, MM. Bail, Kitmiller et Aldstadt; ces messieurs nous

serviront d'otages; Forbes, Stevens, Haziett et Coppeland iront battre

les environs pour amener du renfort; ils seront rentrés à l'aube; quant

à moi, avec le Frenchman et le restant de la troupe, nous occuperons la

gare de façon à couper toute communication.

--C'est bien, capitaine, dit Coppie, les nuits ne sont pas trop longues,

et il faut nous hâter.

Aussitôt il partit avec Green et Cook; de son côté, le colonel Forbes,

Stevens et Coppeland se mirent en campagne et John Brown alla prendre

possession de la gare, sans rencontrer aucune résistance de la part des

employés, dont quelques-uns faisaient partie du complot.

John Brown et sa troupe étaient à l'embarcadère depuis quelques

instants, lorsque le sifflet strident d'une locomotive annonça l'arrivée

d'un convoi.

--Aux armes! cria Brown.

Puis il donna l'ordre au chef de gare de faire le signal d'arrêt.

Quand le convoi eut stoppé, le capitaine s'avança vers le mécanicien.

--Descendez, lui dit-il, et faites descendre vos voyageurs.

--Pourquoi? demanda celui-ci.

--Parce que la route est interceptée par moi; une nouvelle constitution

régit les États-Unis; l'esclavage est aboli, et je ne veux pas que

les troupes de Charlestown viennent avant l'heure au secours des

esclavagistes.

--Pas si haut, dit mystérieusement le conducteur de train, je suis

un ami, le retard du convoi éveillerait l'attention des autorités

de Charlestown, il est plus prudent de nous laisser continuer, les

voyageurs ne se doutent de rien... quant à moi, vous pouvez être

tranquille, je ne vous trahirai pas.

Et, se penchant à l'oreille de Brown, il lui glissa le mot de ralliement

des abolitionnistes.

--Vous avez peut-être raison, dit Brown.

Au moment où le train allait se remettre en route, on vit une jeune

femme noire sortir d'une des salles d'attente, et se jeter à la hâte

dans le compartiment réservé aux nègres. Cet incident, qui se passait

à la pâle lueur du gaz, n'échappa pas à Jules Moreau; il voulut se

précipiter à la suite de la fugitive; mais il était déjà trop tard, le

convoi était en marche.

--Encore la négresse! murmura-t-il. Oh! cette fois, je suis bien sûr que

nous sommes trahis.

Pendant que ces événements avaient lieu, Edwin avait opéré dans la ville

l'arrestation des plus notables habitants qui devaient servir d'otages.

Et à l'aube le colonel Forbes arrivait de son côté, à la tête de six

cent auxiliaires qu'il avait réunis dans la nuit.

La journée du lendemain, dimanche, 17, fut pour les insurgés; dès midi,

la faute commise par John Brown, en laissant le train continuer sa

route, porta ses fruits: à cette heure, le colonel Bayle, commandant les

troupes venues en hâte de Charlestown, se présenta à la tête du pont,

et le combat s'engagea. Alors on vit une chose triste à dire; tous ces

hommes accourus à la voix puissante de John Brown se débandèrent aux

premiers coups de feu, et celui qui devait être le martyr de la Liberté,

ne fut bientôt plus entouré que de ses fils, de Coppie, de Cook,

Stevens, Haziett, Coppeland et une quinzaine de fidèles.

Parmi les prisonniers, faits par les troupes virginiennes, se trouvait

un nommé Thompson, que le colonel Bayle eut la lâcheté de livrer à la

populace qui voulait l'immoler en représailles, pour venger la mort d'un

fonctionnaire public, tué par les insurgés; en vain une noble fille,

mademoiselle Foulk, se jette entre Thompson et ses assassins, en vain

elle entoure de ses bras la tête du malheureux, en vain, les larmes aux

yeux, elle implore tour à tour la clémence de la foule de la pitié

des soldats de l'Union; elle est brutalement repoussée, et Thompson, à

moitié tué, est précipité au milieu du fleuve, qui l'engloutit

bientôt en se teignant de son sang. Quant à la vaillante phalange des

Brownistes, réduite à vingt-et-un hommes, elle alla s'enfermer dans

cette vaste salle de la Pompe, où les otages avaient été confinés, sous

la garde de quelques hommes.

Pendant la nuit du 17 au 18, de nombreux renforts, accourus de

Shepherdstown, sous la conduite du colonel Lee, s'étaient joints aux

troupes de Charlestown, et lorsque le soleil vint éclairer joyeusement

le fond de la sombre vallée, l'attaque commença. Cette poignée de braves

n'hésita pas à lutter contre tout un corps d'armée; John Brown, malgré

son grand âge, n'était pas le moins intrépide: appuyé à une fenêtre,

il faisait pleuvoir ses coups sur la troupe régulière; Edwin, calme,

au milieu du tumulte, stimulait ses compagnons; actif, intrépide, il se

multipliait partout.

Coppie, en s'avançant, leva la tête, et crut apercevoir, à moitié

cachée, derrière le rideau d'une fenêtre qui faisait face à la Pompe, la

tête de la jeune négresse, qu'il avait déjà remarquée à Kennedy.

Un frisson parcourut son corps, mais lorsqu'il releva les yeux,

l'apparition s'était évanouie.

Cependant la fusillade durait toujours, chaque coup parti de la Pompe

mettait un ennemi hors de combat, les défenseurs des esclaves, abrités

derrière les murs, avaient peu souffert jusqu'alors.

--Assez de sang! dit Brown.--Edwin, mon ami, prenez un drapeau

parlementaire, et allez dire à ces ennemis de la liberté que je me

soumets à la condition qu'on nous laissera sortir avec nos armes et nos

prisonniers jusqu'à la deuxième barrière du pont, que là, je m'engage

sur l'honneur à mettre les captifs en liberté et à choisir ensuite entre

la fuite et le combat.

Coppie fixa aussitôt un mouchoir blanc à l'extrémité d'un bâton, se

présenta bravement à l'ennemi; le feu cessa presque aussitôt, mais

pas assez vite car une balle vint frapper Stevens, tandis qu'Edwin se

dirigeait vers le colonel Lee.

La proposition de Brown fut repoussée et la fusillade recommença. Alors,

une scène que la plume ne saurait décrire, se passa dans ce réduit sous

lequel les abolitionnistes jurèrent de s'engloutir. Coppie, par un motif

d'humanité qu'on ne saurait trop louer, conduisit les prisonniers dans

un coin où ils étaient à l'abri des balles tombant dru comme grêle

dans le bâtiment. Brown tirait toujours. Tout à coup un de ses fils

s'affaissa, mortellement blessé à son côté, en poussant un cri qui fit

tressaillir les entrailles du père. Brown abaissa vers lui son

regard plein d'anxiété, tandis que son bras portait à l'épaule l'arme

vengeresse.

--Courage, enfant, dit-il, en lâchant la détente.

Puis il se retourna vers lui.

--Sois homme et meurs en homme.

Au même instant, une nouvelle exclamation de douleur domine la

fusillade, c'est un autre de ses fils qui vient de recevoir, en pleine

poitrine, une balle qui l'a traversée; Edwin le soutient dans ses bras;

puis comme la lutte l'appelle, il dépose un baiser sur le front du

pauvre enfant, et s'élance plus ardent à la défense.--Il a un mort de

plus à venger.

--Seigneur! Seigneur! dit le vieillard, que votre volonté soit faite!

Et avec le calme que donne la conscience du devoir, il se remet

impassible à sa place de combat; à ses pieds son enfant râlait, en proie

à des tortures atroces.

O mon père, criait le mourant, je souffre! Donnez-moi la mort!... Par

pitié! un revolver, que je m'achève!... Mon père!... pitié!

--John Brown répondit.

--Sois homme, mon fila, et meurs en homme.

Le moribond se contint; mais son âme s'envolait dans un effort qu'il

faisait pour ne pas exhaler le cri suprême.

Pendant que ces scènes lugubres se passaient à l'intérieur, les

assaillants, durement traités par le feu des insurgés, enfonçaient la

porte au moyen d'une poutre transformée en bélier: lorsqu'elle vola en

éclats, un spectacle sublime par son horreur eût arrêté un ennemi plus

généreux.

John Brown était entre ses deux fils expirants: le héros, déjà criblé

de blessures, tenait son arme haute; à côté de lui, Edwin, le visage

enflammé, parait les coups et les rendait; alors eut lieu une mêlée qui

ne saurait être décrite; militaires et insurgés disparurent dans un seul

groupe; le sang ruissela partout. Coppie, blessé, résistait avec une

opiniâtreté héroïque en couvrant autant qu'il le pouvait le vieillard de

son corps. Soudain un coup de sabre atteint Brown à la tête.

--Fuyez, dit le vieillard en se relevant, fuyez pour me venger!

--Oui vous serez vengé, je le jure par mon sang! dit son troisième fils.

Et, profitant du tumulte, il se fraye un passage au milieu des ennemis,

en entraînant Haziett et Moreau.

A peine sont-ils sortis qu'Edwin reçoit une blessure.

Sous l'étreinte de la douleur, il chancelle.

Soudain, un cri déchirant, qui fait bondir Edwin, perce le bruit de la

bataille. Coppie aperçoit la jeune négresse, les bras tendus vers lui:

mais un nuage lui voile la vue et le jeune homme s'affaisse sur lui-même

en murmurant:

--Étrange! ô mon Dieu! étrange!

En ce moment, John Brown, labouré par six blessures, dont deux

sillonnent son noble front, tomba près d'Edwin, entre les corps de ses

pauvres enfanta.

Le combat avait cessé.

Et les valeureux Virginiens triomphants, criaient:

--Hourra! John Brown est pris!

Dans la nuit qui suivit ce drame, la prison de Charlestown recevait les

captifs. C'étaient John Brown, Edwin Coppie, Coppeland, Shield Green,

Stevens et Cook.

Le gibet · 第 46 / 59 题