C'estoit alors, quand les chaleurs passées,
Le sale Automne aux cuues va foulant,
Le raisin gras dessoubz le pied coulant,
Que mes douleurs furent encommencées.
Le paisan bat ses gerbes amassées,
Et aux caueaux ses bouillans muis roulant,
Et des fruitiers son automne croulant,
Se vange lors des peines aduancées.
Seroit ce point vn presage donné
Que mon espoir est des-ja moissonné?
Non certes, non. Mais pour certain ie pense,
I'auray, si bien à deuiner i'entends,
Si l'on peut rien prognostiquer du temps,
Quelque grand fruict de ma longue esperance.
V
I'ay veu ses yeux perçans, i'ay veu sa face claire:
(Nul iamais sans son dam ne regarde les dieux)
Froit, sans cœur me laissa son œil victorieux,
Tout estourdy du coup de sa forte lumiere.
Comme vn surpris de nuit aux champs quand il esclaire
Estonné, se pallist si la fleche des cieux
Sifflant luy passe contre, et luy serre les yeux,
Il tremble, et veoit, transi, Iupiter en colere.
Dy moy Madame, au vray, dy moy si tes yeux vertz
Ne sont pas ceux qu'on dit que l'amour tient couuertz?
Tu les auois, ie croy, la fois que ie t'ay veüe,
Au moins il me souuient, qu'il me fust lors aduis
Qu'amour, tout à vn coup, quand premier ie te vis,
Desbanda dessus moy, et son arc, et sa veüe.