Ce chapitre est le plus intéressant de tous, car c'est la _Messe de
minuit_ qui donne surtout à la fête de Noël sa grande popularité.
Un ancien usage, qui semble remonter jusqu'au pape Télesphore (IIe
siècle), ou au moins jusqu'à saint Grégoire le Grand (homélie 8e sur
l'évangile du jour), permet aux prêtres de dire trois messes le jour de
Noël[47]. Il semble que l'intention de l'Eglise, en autorisant
cette coutume, a été d'honorer les trois naissances différentes de
Jésus-Christ.
[Note 47: En Espagne, les prêtres ont aussi le privilège de dire trois
messes _le jour des Morts_, à la condition de les appliquer à tous les
défunts et sans honoraires. Les Grecs unis ne disent qu'une seule messe
le jour de Noël.]
La première est sa _naissance temporelle_ à Bethléem, que l'Eglise
honore particulièrement à la _Messe de minuit_. Celle-ci se célèbre
à l'heure même où l'on pense communément que Notre-Seigneur a voulu
naître.
La seconde est sa _naissance spirituelle_ dans les coeurs des fidèles,
figurée par sa manifestation aux bergers qui est racontée dans
l'évangile qu'on lit à la _Messe de l'aurore_.
La troisième est sa _naissance éternelle_ dans le sein de son Père,
rappelée à la _Messe du jour_; l'Eglise nous y fait lire pour épître et
pour évangile deux passages de l'Écriture où la divinité de Jésus-Christ
est clairement énoncée.
Quoique les fidèles ne soient obligés, par le précepte de l'Eglise, qu'à
assister à une des trois messes de Noël, l'usage des personnes pieuses
est de les entendre toutes les trois.
A Rome, le Pape disait la première messe de Noël (la Messe de la nuit),
dans l'église de Sainte-Marie-Majeure, à l'autel de la Crèche.
La seconde messe était célébrée dans l'église de Sainte-Anastasie,
martyre de Sirmich, dont les reliques étaient vénérées à Constantinople;
cette église se trouvait dans le quartier le plus central de Rome.
La troisième messe était célébrée dans l'Eglise de Saint-Pierre. C'est
pendant cette messe que le pape Léon III, en couronnant Charlemagne
empereur d'Occident, inaugura, en 800, le Saint-Empire romain.
Ordinairement le pape lui-même célébrait les trois messes.
La messe de la nuit, dite à Sainte-Marie-Majeure, était surtout
solennelle: une foule immense remplissait toujours la vaste basilique,
toute resplendissante avec ses mosaïques, ses bronzes, ses porphyres,
ses tabernacles d'or étincelants de pierres précieuses, et surtout sa
longue et majestueuse nef soutenue par trente-huit colonnes de marbre
blanc. Représentez-vous cette immense église aussi éclairée qu'en plein
jour. C'étaient partout des lumières, il en jaillissait des faisceaux de
chaque colonne; le sanctuaire surtout était tout en feu. Et toutes ces
lumières se détachaient sur des draperies de velours cramoisi à franges
d'or, dont l'église tout entière aussi bien que la colonnade était
ornée.
Les chanoines de la basilique allaient en grande pompe chercher la
pauvre Crèche qui servit de berceau à l'Enfant-Jésus.
Dès que la sainte relique était exposée à la vénération des fidèles,
le Souverain-Pontife commençait la Messe. Et quelle Messe! De quelles
suaves et indicibles émotions devaient être inondés les témoins mille
fois privilégiés de cette Messe de minuit, dite par le Chef de l'Eglise,
près du berceau du Sauveur, à l'heure même où l'Eglise rappelle le
souvenir de sa naissance!
Après avoir contemplé et admiré ces splendeurs, abaissons nos regards
sur l'humble église de nos villages. Comme la scène de la nuit de Noël
est belle dans sa touchante simplicité!
Dans une demi-obscurité, l'office commence.
Au-dessus de l'autel, dominant une Crèche de branchages, une sorte de
transparent reflète en vagues miroitements la lumière tremblante des
cierges.
Minuit! Un Sauveur nous est né! Chantons Noël!
L'enfantelet de cire, étendu sur la paille, semble baigné d'un flot d'or
perçant la claire-voie de l'étable.
Tout autour du choeur flamboie, en lettres d'un mètre de haut, le
cantique des Anges, le cri d'amour et d'adoration: _Gloria in excelsis
Deo!_
Le sanctuaire est bien humble, bien pauvre, si pauvre que les cierges
vacillants de l'autel et de la nef ont grand'peine à dissiper les
ténèbres et qu'il faut, pour suivre l'office dans le gros paroissien aux
lettres d'alphabet, s'aider du lumignon qui guidait tout à l'heure les
pèlerins à travers la campagne endormie.
Mais une foi ardente anime ces âmes croyantes, à la seule pensée du
Mystère qu'on commémore en cette nuit de Nativité. Une extase intérieure
illumine la petite enfant qui épelle, comme la vieille grand'mère qui ne
sut jamais lire[48].
[Note 48: Lire les belles pages que dom Guéranger a écrites sur le
_Temps de Noël_. ]
_En allant à la Messe de minuit._
«Jeannot, mon vieux, prends ta béquille;
Faut aller voir l'Enfant-Jésus.
La _coque_ en feu flambe et pétille,
L'eau bénite a coulé dessus.
Si la Bonne-Dame (à Dieu plaise!)
Entre chez nous, toute la nuit
Elle y trouvera de la braise
Pour la bouillie à son petit[49].
«J'ai mon bâton. La neige est dure,
Tiens-toi bien, prends garde de choir;
Déjà le vent de la froidure
Éteint ma lanterne... il fait noir.
Marchons doucement.--C'est peut-être
La dernière fois, ô mon vieux,
Que nous allons voir notre Maître,
Si bon pour nous, les pauvres gueux?»
[Note 49: La _coque_ de Noël doit brûler toute la nuit, sans
interruption, même en l'absence des gens de la maison, car la sainte
Vierge peut avoir besoin d'entrer dans le logis pour faire de la
bouillie à l'Enfant-Jésus et il faut qu'elle trouve le feu tout prêt.]
_(Légende nivernaise)._
--«Oui, nous avons passé sur terre,
Tous deux, plus de septante-huit ans;
L'heure est proche où notre misère
Doit prendre fin... il est bien temps!
Trimer, bûcher, voilà l'aubaine,
Toujours minable et tracassé...
Mais plus en ce monde l'on peine,
Plus on sera récompensé!
«Au Paradis, ma pauvre vieille,
On n'aura plus ni froid ni faim;
On n'y connaîtra pas, la veille,
Le grand souci du lendemain.
Nous prierons Jésus tout à l'heure
De nous y faire entrer tous deux,
Puisque la place la meilleure,
Il l'a réserve aux malheureux.
--«O mon vieux, ce que, moi, j'espère,
C'est de revoir au Paradis
Nos défunts, le père et la mère,
D'y retrouver nos chers petits.
Ah! Jésus pourvu que personne
De chez nous ne manque là-haut!...
Mais voici la cloche qui sonne,
Nous arriverons comme il faut.»
Ainsi, le dos rond sous la bise,
Qui court le long du sentier blanc,
Les vieux s'avancent vers l'église,
Tout chevrotant et gambillant.
Pauvres gens!--quoique la distance
Ne soit pas grande, ils sont bien las;
Mais, dans leur rêve d'espérance,
Ils ne s'en aperçoivent pas.
Oh! comme l'église flamboie!
Oh! tant de cierges sur l'autel!
Oh! Les beaux cantiques de joie!
L'encens fume... Noël! Noël!
Le chant, le parfum, la lumière
Mettent en leurs coeurs éblouis
Une allégresse avant-courrière
Des liesses du Paradis.
Ils n'ont jamais, depuis l'enfance,
Manqué la messe de minuit:
Avec la même confiance
Les voilà qui prient aujourd'hui.
--Votre prière n'est pas vaine,
O bonnes gens agenouillés,
Puisqu'elle charme votre peine
Et que vos maux sont oubliés!...
Ils partent. Simulant l'aurore,
La lune éclat à l'horizon.
Sur leurs lèvres murmure encore
La douce et naïve oraison.
Le couple en silence chemine
Et, sous les piqûres du gel,
Les vieux rentrent dans leur chaumine,
Transis, contents... Noël! Noël!
Achille MILLIEN[50].
[Note 50: Cette ravissante poésie est extraite d'un des nombreux
ouvrages de l'éminent _poète nivernais_, intitulé _L'Heure du
Couvre-Feu_: cet ouvrage, comme plusieurs de ses aînés, a été couronné
par l'Académie française.]
à Beaumont-la-Ferrière (Nièvre).
Le vicomte Walsh, dans son admirable ouvrage des _Fêtes chrétiennes_,
nous raconte une _Messe de minuit pendant la Révolution_ qui a bien ce
caractère de simplicité dont nous venons de parler:
«Je me souviens d'une Messe de minuit dite en cachette pendant les
persécutions de 93.
«En ce temps-là, il n'y avait plus d'église pour célébrer les Saints
Mystères: une grange fut choisie par les habitants du hameau. Les
femmes la décorèrent pendant la nuit précédente: des draps de
grosse toile bien blanche furent tendus tout à l'entour. Une table
rustique, recouverte des linges les plus blancs, devait servir
d'autel; des branches de houx, à petites baies rouges, étaient
placées comme bouquets de chaque côté du crucifix d'ébène; deux
chandelles de résine furent mises dans des flambeaux de fer: c'était
toute la pompe de ces temps de persécution.
«Isolément et sans faire aucun bruit, les fidèles se rendirent à la
grange préparée pour la fête. Avec quelle piété ces paysans bretons
tombaient à genou devant cet autel si pauvre!
«Quand le prêtre parut à l'autel, des pleurs s'échappèrent de tous
les yeux.
«Lui-même fut tellement ému qu'il répandait aussi des larmes qui
n'étaient pas sans douceur. Confesseur de la foi quelques jours
auparavant, il avait touché de près à la mort et le voilà qui va
célébrer un mystère de sainte joie![51]».
[Note 51: V. «Une Messe de minuit en exil», _Noël dans les pays
étrangers_, page 33. ]
Avant d'aborder les très intéressantes particularités de la Messe
de minuit que nos amis ont bien voulu nous signaler dans toutes les
contrées de la France, on voudra bien nous permettre de citer une
ravissante nouvelle d'Auguste Nisard, qu'on pourrait intituler: _Une
Messe de minuit manquée_, et qu'on pourrait résumer ainsi:
«Notre mère attendait, pour nous emmener avec elle à la Messe de minuit,
que chacun de nous eût ses sept ans accomplis..... A onze heures et
demie, ma mère vint m'éveiller..... Las! je dormais d'un sommeil si
dur que je n'entendis pas cette voix chérie et continuai de ronfler de
toutes mes forces. A un second appel, je ne répondis pas davantage.....
Enfin, à la troisième sommation..... j'ouvris les yeux, je me
débrouillai comme je pus de mes visions nocturnes et, tirant de dessous
mes draps cette jambe-ci, puis cette autre, je tombai plutôt que je ne
fus sur mes jambes..... Je n'étais pas tout à fait endormi, et pas tout
à fait éveillé..... Voilà-t-il pas que je retombe lourdement, et je dis
à ma chère mère que je veux me recoucher..... A quoi celle-ci n'eut
garde de s'opposer.....
«Au matin je m'en voulus mal de mort de ma lâcheté. Je ne me suis jamais
consolé de cette _Messe de minuit manquée_.»
_Messe de minuit en Normandie_
C'est au pays de Caux surtout que la Messe de minuit se célébrait avec
une grande solennité, sous le nom de _fête des bergers_.
Son origine était complètement normande. Au début, cette fête ne fut,
en effet, qu'un de ces petits drames liturgiques latins que parfois
on intercalait, comme une sorte de jeu sacré, dans l'office solennel,
telles la _Messe de l'étoile_ et la _Messe de l'âne_, qui furent
représentées souvent, dans les premières années du Moyen Age, à la
cathédrale de Rouen.
On représentait aussi dans la même église le _Drame des pasteurs_,
adoration pieuse et naïve de l'Enfant-Jésus par les Bergers.[52]
[Note 52: Deux manuscrits de la Bibliothèque de Rouen nous ont conservé
toute cette mise en scène primitive qui a été publiée par Du Cange dans
son _Glossarium_.]
Ces pastorales donnèrent naissance à la _fête des bergers_. C'est la
même naïveté dans le _scénario_, avec un caractère rustique qui remplace
la gravité sacerdotale.
C'était aux garçons du village que revenait l'organisation de la fête. A
Goderville et à Froberville, ils élisaient même un _maître_ qui devait
recueillir les offrandes pour rachat d'un somptueux pain bénit.
A minuit, la vieille église du village s'estompait dans la brume
blanchâtre et glacée. Sous le porche et dans l'allée centrale
piétinaient, avec un perpétuel chuchotement, les curieux, étrangers à
la paroisse qui cherchaient, comme dans les théâtres des villes, «des
places assises d'où l'on puisse très bien voir.» Tous étaient attirés
par le charme de poésie touchante qui caractérisait cette pittoresque
cérémonie.
De tout ce mouvement, de tout ce bruit, sont presque scandalisés les
habitants du village, rangés dans leurs bancs bien cirés: cultivateurs
venus avec leurs valets par les chemins creux, vieux paysans aux
casquettes de poil et aux sabots de bois rembruni; bonnes femmes dont
le serre-tête de coton s'agite sans cesse d'un petit mouvement saccadé;
fermières et leurs servantes, bien au chaud dans leurs amples manteaux
de laine, dans leurs capelines sombres, qu'égayent de blancs pompons
légers et mouvants.
Dans le clocher de pierre, les douze coups de minuit viennent de sonner;
les chantres ont achevé le _Te Deum_, le silence se fait dans toute
l'église; qu'attend-on?
Réunis auprès des fonts baptismaux, se tenaient tous les garçons du
village, portant en écharpe une serviette blanche, tandis que le
_maître_ se distinguait au milieu d'eux par une sorte de petite nappe
à longs effilés, portée à la ceinture. À leur groupe se joignaient les
bergers du pays. Ceux-ci avaient revêtu leur costume traditionnel:
longue limousine rayée à pèlerine et à capuchon, chapeau de feutre à
larges bords, sabots aux pieds et houlette ornée à la main.
A un signal donné, le cortège ainsi formé se mettait en marche. Souvent
il était précédé par une sorte de chandelle allumée, mise en mouvement
et glissant, à l'aide d'un fil de fer, d'un bout de l'église à l'autre,
du portail à l'autel. C'était la _Marche à l'étoile_. Les bergers
tenaient en laisse ou portaient un bel agneau blanc tout enrubanné;
ils venaient l'offrir au Christ-Enfant couché dans une Crèche devant
l'autel.
Souvent on tirait la queue à la pauvre bête ou on la piquait avec
une épingle, afin qu'elle se mit à bêler dans les moments les plus
solennels.
Mais ce qui attirait surtout les regards de la foule, c'était la
_civière du pain bénit_, éblouissante de lumières, de cierges et de
chandelles allumées.
Cette civière, comme à Néville, près de Saint-Valéry, était un véritable
monument de menuiserie, en forme de pyramide, à plateaux ronds et
superposés, ornés de lumières et reliés par des girandoles illuminées;
elle était en outre parée de jolies _touailles_ ou nappes de broderies
et de dentelles. Au beau milieu se dressait un mât portant cinq plateaux
d'un diamètre de plus en plus diminué, en montant, et donnant l'aspect
d'un cône. Du sommet de ce mât, comme quatre haubans, descendaient
quatre branches de fer portant, de distance en distance, des bras de
candélabres et des torchères où brillaient de nombreuses bougies.
Une sorte de manivelle--pour employer le terme populaire une
_chincholle_--placée à la partie supérieure, actionnait tous les
plateaux qui tournaient alors sur leur axe, en projetant l'éclat de
mille petits cierges scintillants. Sur les plateaux reposaient les
couronnes de pain bénit, ornées de fleurs et de feuillage: houx,
laurier, lierre, roses de Noël; un bouquet terminait également le mât
pyramidal.
Tout ce cortège, dans lequel deux garçons étaient chargés de mettre le
mécanisme en mouvement, venait, à un moment donné, faire l'offrande du
pain bénit; les fameux plateaux tournants faisaient surtout un effet
magique.
Nous avons extrait ces détails d'un excellent article de M. Georges
Dubosc, dont tout le monde, en Normandie, connaît le talent et
l'érudition[53].
[Note 53: _Journal de Rouen_, 22 déc. 1901.]
A Saint-Victor-l'Abbaye, quatre petites filles, tout de blanc habillées,
couronnées de roses, portent sur leurs épaules le symbole vivant de
l'Enfant-Dieu, un agneau immaculé, incarnation d'innocence, de pureté et
de douceur. Couché sur un tapis moelleux de chauds lainages, l'agnelet
dresse sa petite tête placide et sereine, sous un dôme de verdure et de
fleurs, formé d'un entrelacement de feuilles de lierre et de branchages
de houx, piqué çà et là de roses, d'oeillets et de chrysanthèmes[54].
[Note 54: _Item_, 25 déc. 1904.]
_Messe de minuit en Picardie_
Dans la plupart des villages se formait un nombreux cortège de bergers
et de bergères vêtus de blanc. Le roi de la troupe, tout enrubanné et
couronné de fleurs, portait, dans une magnifique corbeille, un petit
agneau d'une blancheur de neige. On se rendait processionnellement
à l'église, au chant des Noëls locaux et au son des musettes et des
tambourins. Le prêtre bénissait l'innocente créature à la Messe de
minuit, au milieu de la joie universelle.
L'heureux agnelet était ramené à la bergerie où il était l'objet de
soins particuliers. On le laissait mourir de vieillesse; car, par une
pieuse naïveté, on le regardait comme le «sauveur du troupeau».
Cette vieille coutume picarde nous rappelle la touchante cérémonie qui a
lieu, chaque année, à Rome, dans l'église de Sainte-Agnès-hors-les-Murs,
le jour de la fête de la glorieuse martyre (21 janvier).
Après la messe, on organise une procession. En tête, s'avancent des
prêtres en grands manteaux noirs. Ils tiennent chacun sur les bras un
superbe coussin de damas rouge orné de franges d'or, sur lequel est
mollement couché un petit agneau blanc comme la neige, la tête couronnée
de roses. Ces agneaux sont placés sur l'autel et bénits par le
célébrant.
Ils sont fournis par les Pères Trappistes des Trois-Fontaines. Après la
cérémonie dont nous venons de parler, ils sont remis à deux chanoines
de Saint-Jean-de-Latran, qui les offrent au Pape. Le Pape les bénit de
nouveau et les confie aux Religieuses du monastère de Sainte-Cécile, au
Transtévère, qui en prennent le plus grand soin.
Leur toison est coupée au mois d'avril et sert à confectionner les
_Palliums_, manteaux d'honneur qui, après avoir été déposés sur le
tombeau de saint Pierre, au Vatican, sont envoyés par le Pape aux
archevêques comme symbole de leur union avec le Pontife romain.
_Messe de minuit en Champagne_
A Clinchamp (Haute-Marne), le pain bénit, surmonté d'un dôme de verdure
et de fleurs, est offert à la Messe de minuit par une jeune fille vêtue
de blanc, comme une première communiante.
Cette jeune fille porte le pain bénit non point sur le bras, comme cela
se fait ordinairement, mais sur la tête.
Le petit échafaudage, en forme de coupole, qui surmonte le pain bénit,
est orné, au sommet surtout, de petits cierges allumés.
La scène est des plus gracieuses: la jeune fille s'avance gravement,
portant d'une main un cierge bien décoré et de l'autre maintenant sur sa
tête le pain bénit tout resplendissant de lumières.
Bien que cette cérémonie excite la curiosité de tous les assistants,
elle s'accomplit toujours dans le recueillement le plus parfait.
Notre aimable confrère qui nous transmet ces ravissants détails nous en
expose le symbolisme frappant. Le pain bénit convient bien au Mystère
de _Bethléem_, _la maison du pain _[55], et les cierges allumés
représentent la céleste lumière qui environna les bergers quand l'Ange
leur annonça la joyeuse naissance de Celui qui est la «lumière du
monde». _Ego sum lux mundi_[56], _lumen ad revelationem gentium _[57].
[Note 55: Hom. Saint Greg., 7e lec., Mat. de Noël.]
[Note 56: Joann., VIII, 12.]
[Note 57: Luc, II, 32.]
_Au pays d'Armagnac_, au commencement de la Messe de minuit, on bénit le
pain de Noël. Chaque famille offre le sien. Au retour, on en coupe un
morceau qui est religieusement gardé pour la Noël prochaine. Le reste
est mangé de suite pour commencer le réveillon.
Dans le Condomois, tous les boulangers offrent en cadeau à leurs clients
le _gâteau de Noël_. C'est un pain spécial pétri avec des oeufs et de
l'anis et d'un goût excellent.
Les grandes familles reçoivent plusieurs de ces gâteaux de leurs
boulangers. Elles envoient le plus beau à l'église pour être distribué
aux fidèles à la Messe de minuit: ces pains sont donnés à l'assistance
en grande quantité.
Il est d'usage, dans un grand nombre, de _villages des Pyrénées_, de
faire bénir, à la Messe de minuit, des petits pains que l'on garde
pendant toute l'année et qu'on donne aux bestiaux quand ils sont
malades, principalement aux brebis.
Dans le _Rouergue_ (Aveyron), après l'élévation de la Messe de minuit,
on entonne le _Nodolet_ (chant de Noël), cantique particulier, embryon
de drame liturgique. Le choeur des jeunes filles, de ses voix les plus
douces--pour imiter les anges--s'exprime en _français_, annonçant le
Mystère de ce jour, et toute l'assistance, en choeur, répond, _en
patois_, demandant des explications et exprimant son étonnement de la
naissance d'un Dieu pauvre.
Identique pour le fond, le «Nodolet» varie beaucoup dans la forme,
suivant les diverses paroisses.
Ce chant dialogué se rencontre aussi en Provence et en Normandie.
_En Provence_, quatre jeunes gens, dont trois représentent des pasteurs
et le quatrième un ange, s'avancent à l'entrée de l'église, avant la
Messe de minuit: ils conduisent un agneau orné de rubans. Ils chantent
sur deux airs différents un dialogue, l'ange en français et les bergers
en provençal. L'ange invite les bergers à se livrer à l'allégresse et à
venir à Bethléem adorer le Messie. Un des bergers, surpris des paroles
auxquelles il ne comprend rien, appelle son camarade Jean, qui entend le
français, et il le prie de lui interpréter les paroles de cet inconnu.
Jean s'enquiert du voyageur, de l'objet de sa venue et pourquoi il fait
tant de bruit à la porte de leurs cabanes; alors l'ange leur annonce la
naissance de Jésus.
Quand ce dialogue est terminé, l'ange et les pasteurs entrent dans
l'église, s'approchent de la Crèche et, s'étant mis à genoux, ils
offrent l'agneau en chantant un dernier verset en choeur.
Une scène à peu près semblable a lieu, _en Normandie_, dans l'église de
Saint-Victor-l'Abbaye.
Avant la Messe de minuit, quatre jeunes filles, groupées au pied de
l'autel, se lèvent et lancent cet appel.
Venez, bergers, accourez tous,
Laissez vos pâturages.
Un nouveau roi est né pour vous,
Portez-lui vos hommages.
N'oubliez pas vos chalumeaux,
Ni vos douces musettes,
Et faites de vos airs nouveaux
Retentir ces retraites.
Ces jeunes filles figurent les anges annonciateurs de la venue du Messie
aux bergers endormis dans la plaine de Bethléem. Leurs voix pures et
fraîches nuancent avec délicatesse la naïve invitation. Mais, à la voix
des anges, quelqu'un répond du porche de l'église.
Rauque, angoissée, avec des intonations discordantes, sans aucun souci
du rythme et de la mesure, lançant les notes les plus fausses qu'il
soit possible d'entendre, c'est la voix d'un berger qui, volontairement
bourru, s'écrie:
Quelle est cette importune voix
Qui frappe mon oreille,
Ne puis-je dormir une fois
Sans que l'on me réveille?
Tantôt c'est le coq par son chant,
Tantôt l'enfant qui crie.
On doit laisser dormir les gens
Quand ils en ont envie.
Sans se laisser déconcerter par cet accueil quelque peu brutal, les
anges répètent leur invitation qui ne reçoit point de réponse: le berger
s'est sans doute rendormi.
Tout à coup, à la voûte du choeur, immédiatement au-dessus de l'autel,
la lueur fulgurante d'une traînée de fulmi-coton allumant les bougies
d'une vaste étoile symbolique illumine l'église tout entière.
Cette fois, le berger ne résiste plus; il lui fallait sans doute un
miracle...
Ah! Quel éclat frappe mes yeux,
Malgré la nuit profonde!
Sans doute, c'est le Roi des cieux
Qui vient de naître au monde.
Je sens déjà dans mon esprit
Sa grâce qui m'éclaire,
Et sa lumière me suffit
Pour un si grand mystère.
Les couplets se succèdent alors interminables, les anges multiplient
leurs exhortations et le berger ses louanges et ses protestations
d'amour et de fidélité[58].
[Note 58: Pierre Villette, _Journal de Rouen_, 25 déc. 1904.]
Ces dialogues rappellent la coutume qu'on avait autrefois de célébrer
par des scènes animées la naissance du Christ. Cet usage se pratiquait
dans nos anciennes provinces, pendant la nuit de Noël. Ces sortes de
représentations, connues sous le nom de _Pastorales_[59], finirent par
dégénérer en bouffonneries sur divers points et donnèrent lieu à de
sévères interdictions. Un chant, nommé _Chant des Pasteurs_, fut seul
maintenu dans nos anciennes basiliques comme dans les églises de
campagne: il précédait, dans les _Landes_, le cantique _Benedictus_;
alors la voix des fidèles, des chantres et des enfants de choeur
répétait à l'unisson les mêmes paroles, en s'unissant aux accords
harmonieux de l'orgue; quelquefois aussi ce chant était accompagné par
les musettes, les hautbois, les fifres et les tambourins.
[Note 59: De nos jours, à Paris et dans plusieurs villes de province,
on s'est mis à jouer des _Pastorales_ ou scènes de Noël, avec toute la
dignité et la piété qui leur conviennent.
A Pithiviers, la _Pastorale_ a été jouée, en 1911, avec un plein succès
par les jeunes filles de la Persévérance.]
_La Messe de minuit en Vendée_
En Vendée, Noël est toujours la grande fête populaire, exclusivement
religieuse.
Il n'y a pas de temps ni de chemins, si mauvais qu'ils soient, qui
empêchent les gens de venir à la Messe de minuit.
Les habitants du village de _Sallertaines_ (dans le Marais) se rendent
en bateau ou mieux en _yole_ à la Messe de minuit.
Il n'y a guère que de la Saint-Jean à la Toussaint qu'ils peuvent venir
à pied dans le village; le reste de l'année, ils ne peuvent sortir
qu'en bateau. Alors ils suivent les fossés qu'ils connaissent comme des
chemins et se rendent à l'entrée du bourg.
Comment décrire ces barques oscillantes au milieu des ténèbres, portant
à l'avant une lanterne accrochée à un bâton, «étoile menue qui fouille
les eaux, balancée par la marche et secouée par le vent[60]?»
[Note 60: René Bazin, _La terre qui meurt_.]
Au détour des fossés que cette lumière vacillante éclaire de ses
lueurs falotes en faisant étinceler le givre des arbres, on croit voir
d'étranges silhouettes. On entend le clapotis des lames sous les coups
de la _ningle_ (rame). «Quelquefois les herbes amoncelées en maint
endroit barrent le passage; des oiseaux se lèvent au frôlement des
roseaux, jetant un cri déchirant ou plaintif: vanneaux, pluviers,
bécassines[61].»
[Note 61: Id., loc. cit.--_Pithiviers_ s'est aussi appelé _Pluviers_;
quelques auteurs ont pensé que ce nom pourrait bien venir des _pluviers_
que l'on rencontrait autrefois dans la vallée de la rivière de l'Oeuf.
Aujourd'hui cet oiseau a complètement disparu. Il y a plusieurs sortes
de pluviers, comme on peut le voir au musée de Carnac (Morbihan); _le
pluvier doré_ est un gibier rare et très recherché.]
Des centaines de voix font entendre de joyeux _Noëls_ et les échos
répondent sur l'immense étendue des prairies inondées[62].
[Note 62: Quand, dans une ferme du _Marais_, il y a un malade qui doit
recevoir le saint Viatique, tous les habitants des hameaux voisins, à
deux ou trois kilomètres, sont prévenus. Une yole de chaque maison, avec
quelques personnes, se dirige vers le fossé que doit suivre le prêtre
avec le Saint-Sacrement. Dès que le prêtre est passé, chacune des
_yoles_ venues à sa rencontre se met à sa suite, et l'on arrive ainsi
avec toute une petite flottille à la demeure du malade. C'est très
poétique et très édifiant.]
_La Messe de minuit en Provence_
Les fêtes de Noël se passent avec beaucoup d'entrain, de religion, de
naïveté et de grâce dans toute la Provence et le Comtat.
Il existe, en Provence, un usage rappelant la coutume suédoise qui
associe les oiseaux à la solennité de Noël[63].
[Note 63: _Noël dans les pays étrangers_, le réveillon des petits
oiseaux, p. 14. 1°]
A _Entraigues_ (Vaucluse), la veille de Noël, les jeunes gens se
mettaient à poursuivre les roitelets que les Comtadins appellent
_Petouses_ (petoua). Lorsqu'ils étaient parvenus à en prendre un vivant,
ils en faisaient hommage au curé de la paroisse. «Celui-ci, d'après le
récit de Barjavel, dans son livre curieux _sur les Dictons et Sobriquets
patois de Vaucluse_, après la Messe de minuit, montait en chaire tenant
l'oiseau enrubanné de couleur rose et le lâchait dans l'église en
présence d'une nombreuse réunion. Le choix que l'on faisait, en cette
circonstance, d'un des oiseaux les plus petits avait peut-être pour but
de reporter l'esprit des fidèles vers le petit Enfant de Bethléem, et
la liberté accordée solennellement par le pasteur au passereau était
vraisemblablement la représentation naïve de l'affranchissement de
l'âme humaine, délivrée par la venue du Messie des chaînes du ravisseur
infernal.
Une coutume pareille se pratiquait aussi à _Mirabeau_, de temps
immémorial. Les jeunes gens apportaient un roitelet vivant à la
grand'messe au son du tambourin; ils recevaient la somme de trois francs
que leur remettait le curé.
A _Mazan_ et dans quelques pays voisins, un grand nombre de personnes
apportaient, à la Messe de minuit, des oiseaux de diverses espèces,
qu'on lâchait au moment de l'élévation et dont le gazouillement joyeux
venait ajouter un charme de plus à l'éclat de la fête.
Ce devait être un spectacle gracieux que ces multitudes de petits
oiseaux retrouvant dans la Crèche, qu'entouraient de nombreux et verts
branchages, une image imparfaite de leur retraite habituelle. L'éclat
d'une vive lumière, rappelant le soleil, ajoutait l'illusion, et le
chant des oiseaux semblait se mêler aux voix célestes des anges, pour
annoncera l'humanité tout entière l'auguste et consolant Mystère de
Noël[64].
[Note 64: _Le Clocher provençal_, 25 déc. 1905.]
Cet usage rappelle le lâcher d'oiseaux qui avait lieu dans la cathédrale
de Rouen le jour de la Pentecôte. Voici ce que raconte le vieux
chroniqueur normand: «Pendant le _Veni Creator_..., du haut des voûtes,
les domestiques du trésorier de la cathédrale jetaient en bas, sur une
foule de personnes qui s'y trouvaient, quantité de feuilles d'arbres,
des étoupes ardentes et _des oiseaux_ jusqu'à l'Evangile[65].»
[Note 65: Farin, _Histoire de Rouen_, tome Ier, 3e partie, au chap. des
_Processions générales_.]
On sait que la symbolique chrétienne a souvent représenté le
Saint-Esprit sous la forme d'une colombe mystique, descendant d'une nuée
lumineuse.
La petite ville _des Baux_[66], située à trois lieues d'un versant des
Alpines, a gardé intactes les traditions ancestrales, et, tous les ans,
pour Noël, une curieuse cérémonie se renouvelle.
[Note 66: Site grandiose qui attire le voyageur et l'artiste.]
Quand la Messe de minuit sonne, tous les bergers, toutes les bergères du
pays s'acheminent vers l'église où rayonne près de l'autel une immense
Crèche en rocailles.
On se presse, on s'agenouille autour, et lorsque tous les fidèles sont
rassemblés, qu'il ne manque plus une pastourelle, plus un pasteur, l'un
d'eux entonne un Noël. Après lui, un autre berger chante le second
couplet, celui-là en provençal. Et tous deux alternent ainsi, tandis que
le fifre et le tambourin donnent la ritournelle.
Puis _l'adoration des bergers_ commence. Un cortège pittoresque s'avance
vers l'autel. D'abord une petite charrette fleurie, attelée d'un bélier
enrubanné, caparaçonné d'or, où repose un agneau couché. Des bergères
suivent, en robes blanches et ceinture d'aurore et d'azur, accompagnées
de bergers aux manteaux sombres. Celui qui suit la charrette l'arrête
au pied de l'autel. Alors, délicatement, il prend l'agnelet sur sa
couchette, s'approche de l'officiant dont il baise l'étole, et se tourne
vers sa compagne. Il fait un salut; elle fait une révérence. Le berger
tend l'agneau à la bergère, qui se tourne à son tour vers son voisin,
pour lui remettre le présent. De mains en mains, l'agnelet passe ainsi
avec toujours les mêmes gracieux saluts, les mêmes révérences, pour
demeurer enfin le cadeau fait à la Crèche.
Quelques-unes des bergères doivent s'incliner avec beaucoup de
précaution devant l'agneau. Elles portent, en effet, une coiffure
fragile: une corbeille chargée d'an gâteau[67].
[Note 67: _Le Pèlerin_, déc. 1906.]
Une cérémonie à peu près semblable a lieu dans quelques communes _des
environs d'Arles_:
A la Messe de minuit, au moment de l'offrande, on voit s'avancer vers
l'autel le corps des bergers, précédé du tambourin, de la cornemuse et
de tous les instruments rustiques qu'on peut réunir dans le pays.
Ils portent de grandes corbeilles remplies de fruits et d'oiseaux de
différentes espèces. Les bergers suspendent ces corbeilles à leur
ceinture par un ruban et les femmes les portent sur leur tête.
A _Maussane_, les _prieuresses_ sont coiffées du _garbalin_; sorte de
gerbe élégante en forme de bonnet conique et, fort haut, garni tout
autour de pommes et d'oranges. A la suite du corps des bergers est un
petit char tout couvert de verdure, éclairé par une multitude de bougies
et traîné par une brebis dont la toison, d'une blancheur éclatante, est
encore relevée par des noeuds de rubans distribués en guise de flocons.
L'agneau sans tache est dans le char. Une seconde troupe de bergers
et de bergères, jouant et chantant des Noëls, ferme la marche. Les
_prieurs_ font l'offrande de l'agneau et des corbeilles, et le cortège
retourne dans le même ordre. Le même cérémonial est répété à la messe de
l'aurore et à celle du jour[68].
[Note 68: Ces détails nous sont fournis par les auteurs de _la
Statistique des Bouches-du-Rhône_.]
En 1872, dans le village des _Lagnes_ (Vaucluse), bergers et bergères,
costumés et chargés de présents rustiques, célébraient la _Nativité_.
Détails curieux: on y portait une étoile au bout d'un bâton nommé
_guérindon_ et le cortège se terminait par un groupe de jeunes filles
armées d'une épée à la pointe de laquelle se trouvait une pomme lardée
de pièces d'argent, qui était déposée dans la Crèche.
Nous citons textuellement le récit qu'on a bien voulu nous faire de la
_Procession des bergers_, à la Messe de minuit, à _l'Isle-sur-Sorgue_
(Vaucluse).
A la Messe de minuit, un peu avant qu'elle commence, tandis que le
_Te Deum_ qui termine les Matines est solennellement chanté aux sons
harmonieux de l'orgue, un mouvement bien prononcé se produit dans
l'église. On entend dans le lointain le bruit vague du tambourin et le
son aigu du fifre... Bientôt ils sont à la porte... Des enfants jettent
des cris: «la charrette! la charrette!»
La charrette est un petit chariot à deux roues; il est couvert, mais les
côtés ouverts sont fermés par de petits barreaux artistement tournés; il
est décoré de guirlandes de buis et enrubanné; il est traîné par deux
brebis à la blancheur d'hermine, précédé du tambourin, du fifre et des
_tinclettes_; les _bailes_ (ou fermiers) en tête, dont l'un porte un
tout petit agneau blanc.
Ils entrent dans l'église en jouant un air retentissant, rustique et
traditionnel dont il serait impossible de donner une juste idée, mais
dont l'entrain et la gaieté électrisent la nombreuse assistance. Ils
vont se ranger auprès de la Crèche qui occupe une des vastes chapelles
latérales, au centre de la nef. Le silence se fait, l'émotion religieuse
est visible; ce calme n'est interrompu de temps en temps que par le
bêlement de l'agneau auquel répond celui des brebis mères, bêlement
grave d'un octave plus bas mais dont le contraste est d'un effet
charmant et touchant.
L'office terminé, la grand'messe commence.
Après l'_Incarnatus est_, le diacre se détache, accompagné des enfants
de choeur (ils sont vingt-quatre, tous de rouge vêtus), et va à la
Crèche. Là, après avoir encensé l'Enfant-Jésus, il le prend et l'apporte
dans son frêle berceau; il est précédé des enfants de choeur et des
_bailes_, tenant des cierges allumés; le premier _baile_ place son cher
petit agneau blanc sur l'autel.
Le _Credo_ et l'offertoire terminés, l'orgue donne le signal du départ
en jouant l'air obligé (comme ci-dessus) qui est répété par les
tinclettes, le fifre et le tambourin. C'est le beau moment; tout est
préparé: les bailes en ligne, les torches allumées, la charrette où sont
attelées les brebis richement harnachées, le petit agneau entre les bras
du premier baile qui, la tête couronnée d'un étincelant diadème, couvert
d'un magnifique manteau écarlate, ouvre le cortège et se dirige vers
l'autel.
Quelle majesté! Quelle grâce naïve! Ils s'avancent lentement; tous, sous
le coup de l'émotion qui dut être celle des bergers auprès de la Crèche
de Bethléem.
L'agneau bêle de temps à autre. Tout le monde est debout: on veut voir
la brebis, la charrette toute illuminée dans laquelle on aperçoit des
pigeons, des poulets, de petits oiseaux, un lapin blotti au coin du
véhicule. L'enthousiasme est à son comble; des larmes coulent dans les
yeux de beaucoup de fidèles. C'est bien la scène de Bethléem, ce sont
bien les bergers qui arrivent à la Crèche pour adorer l'Enfant divin,
anéanti sous la forme humaine; on voudrait être du cortège qui arrive à
l'autel.
Le célébrant, qui a déjà baisé le divin Enfant, est là, entouré du
diacre, du sous-diacre et des enfants de choeur. Il tient dans ses mains
le petit Jésus qu'il fait baiser d'abord au suisse, qui a levé son
chapeau, puis à tous les _bailes_ et à ceux qui se sont joints à eux,
ensuite à la musique champêtre et aux bergers qui conduisent les brebis.
Tous font le tour de l'autel, suivant le char traîné par les brebis, et
de là retournent à la Crèche où le diacre va déposer le _Bambino_.
Ainsi se termine cette offrande qui sera répétée à la grand'messe du
jour et à celle de la Purification, le 2 février.
_Une Messe de minuit en Bretagne._
Brizeux, le poète breton par excellence (décédé en 1854), qui ne chante
que son pays natal:
«La terre de granit recouverte de chênes»
à décrit, avec la fraîcheur et la sincérité de l'inspiration, une Messe
de minuit dans le pays des genêts et des bruyères».
Ouvre! c'est moi, Joseph!--Quoi! si tard en voyage!
N'as-tu pas rencontré les chiens par le village?
Mon Dieu! Seul et si tard dans le creux des chemins!
A ce feu de Noël viens réchauffer tes mains,
Noël! t'en souvient-il? Quand, pour bâtir la Crèche,
Les prêtres nous menaient cueillir la mousse fraîche?
--Ne ris pas! C'est Noël qui chez toi me conduit:
Je viens entendre encore la Messe de minuit.
Par un gai carillon enfin fut annoncé
L'office de minuit. Le chemin est glacé,
Disait Joseph Daniel en traversant la lande:
Chaque pas retentit. Comme la lune est grande!
Entends-tu dans le pré, des voix derrière nous?
--Oui, j'entends des chrétiens, des pasteurs comme vous.
Ils ont vu cette nuit la légion des Anges
Passer, et du Très-Haut entonner les louanges:
Gloire à Dieu! Gloire à Dieu dans son immensité!
Paix sur la terre aux cours de bonne volonté!
Et tous vont adorer Jésus, l'Enfant aimable,
Le roi des pauvres gens, le Dieu né dans l'étable».
O vivants souvenirs! La nuit, par ce beau ciel,
Tandis que nous marchions en célébrant Noël,
Les arbres, les buissons, les murs du presbytère,
Dans la brune vapeur passaient avec mystère.
Toute l'église est pleine; et, courbant leurs fronts nus,
Les pieux assistants chantent l'Enfant Jésus.
Chaque femme, en sa main, porte un morceau de cierge.
On a placé la Crèche à l'autel de la Vierge;
Je reconnais les Saints, les lampes, les deux croix,
Enfin, tout dans l'église était comme autrefois.
Je restais comme une ombre, immobile à ma place.
Muet, ou pour pleurer les deux mains sur ma face.
A la communion, quand le prêtre arriva
Offrant le corps du Christ, mon front se releva.
Les hommes, les enfants et les femmes ensuite
Marchèrent lentement vers la table bénite;
Et, comme en un festin, où beaucoup sont conviés,
Dès qu'un communiant avait reçu l'hostie,
Du ciboire sortait la blanche Eucharistie.[69].
[Note 69: Brizeux, _Poème de Marie_.]
_Une Messe de minuit à Paris_.
«Parmi les souvenirs de ma toute petite enfance, écrit François Coppée,
il en est un, particulièrement doux, qui surgit en ce moment du fond de
ma mémoire: c'est celui d'une messe de Noël.
«La neige était tombée avec abondance les jours précédents, puis une
forte gelée avait durci le blanc tapis de frimas, et les rues, alors peu
fréquentées, de cette partie du faubourg Saint-Germain, faisaient songer
à la retraite de la Grande Armée à travers les steppes de Russie et au
passage de la Bérésina.
«Toute la famille s'était proposé d'assister à la Messe de minuit;
mais, devant la rigueur de la température, il fut décidé que les femmes
garderaient le coin du feu, et que seuls, les hommes--j'en étais un,
songez donc, cinq ans et demi,--se risqueraient à mettre le nez dehors.
«Donc, quand les cloches commencèrent à sonner dans le ciel étoilé, ma
mère nous emmitoufla soigneusement, mon père et moi, sous les paletots
et les cache-nez, et, faisant craquer la neige durcie sous nos semelles,
nous gagnâmes tous les deux, en suivant la rue Vanneau et la rue de
Varenne, la chapelle des Missions étrangères qui était alors notre
paroisse.
L'église bondée de foule, la chaleur étouffante, le violent parfum de
l'encens, l'harmonieux rugissement de l'orgue, les innombrables lumières
des cierges qui semblaient une pluie d'or immobilisée, je revois et
je ressens tout cela comme si j'y étais encore. La Crèche surtout, la
Crèche avec ses personnages et ses animaux de bois peint, et son petit
Jésus de cire que les brins de paille auréolaient comme des rayons,
émerveillèrent mes yeux d'enfant»[70].
[Note 70: François Coppée, _Lointain Noël_.]
_Une Messe de minuit dans l'église de Notre-Dame de Bethléem, à
Ferrières-en-Gâtinais._
La seconde année de son pontificat, saint Pierre avait envoyé saint
Savinien, saint Potentien et saint Altin, prêcher l'Evangile dans les
Gaules.
Après une longue marche pleine de périls, les nouveaux apôtres
arrivèrent en un lieu solitaire, situé au bord d'une petite rivière
appelée depuis la Cléry, non loin de l'endroit où la voie romaine qui
va d'Auxerre à Chartres se croise avec celle de Genabum à Sens, à neuf
lieues de cette dernière ville.
De rares habitants vivaient au milieu de la nature agreste de ces
contrées, demeurant dans des cabanes grossières que protégeaient les
grands bois silencieux. Ils recueillaient du _minerai de fer_, dont les
gisements abondants apparaissaient çà et là, et l'exploitaient dans des
fourneaux de forge qui plus tard firent donner à la ville bâtie en ce
lieu le nom de _Ferrières_.
C'était au milieu de l'hiver, à la fin du mois de décembre. Les trois
apôtres s'étaient retirés dans la cabane hospitalière de quelqu'un de
ces pauvres forgerons, élevée non loin de la rivière. Entourés de gens
du voisinage, accourus pour contempler ces étrangers, ils se mirent à
annoncer la religion de Jésus, mort sur une croix pour nous sauver.
Bientôt un grand nombre des habitants fut converti par leur parole et
surtout par les miracles dont elle était accompagnée.
Mais, de tous ces miracles, le plus éclatant fut celui qui arriva la
veille de Noël, vers minuit, dans une petite chapelle où la communauté
chrétienne était réunie pour prier et honorer l'anniversaire de la
naissance de l'Enfant Jésus.
Saint Savinien disait la sainte Messe. Tout à coup une lumière
mystérieuse remplit l'enceinte sacrée. Les assistants saisis d'émotion,
levant les yeux au ciel, purent contempler à loisir l'Enfant Jésus,
la Sainte Vierge, saint Joseph; au-dessus de la Crèche, les Anges
chantaient leur harmonieux cantique: _Gloria in excelsis Deo_. Saint
Savinien, transporté d'admiration et de joie, s'écria: «_C'est bien là
Bethléem!_»
Les envoyés de saint Pierre, ravis de bonheur, se crurent un instant
dans l'étable de la Nativité. C'est pourquoi ils donnèrent à leur
chapelle le nom de _Notre-Dame de Bethléem_[71].
[Note 71: Cette apparition est marquée d'un caractère particulier c'est
d'avoir eu lieu du vivant même de la Sainte Vierge.]
Telle est, d'après _les Actes de la Grande Passion de saint Savinien et
de ses compagnons martyrs_ (Ve siècle), l'origine du premier sanctuaire
consacré à la Mère de Dieu sur la terre de France. Tel fut le
commencement de ce culte toujours vivace qui, depuis dix-huit siècles,
amène chaque année, à Ferrières-du-Gâtinais, d'innombrables pèlerins
dans le sanctuaire de Notre-Dame de Bethléem[72].
[Note 72: Eugène Jarossay. _Histoire d'une abbaye_, p. 12-14.]
_La Fête des Ânes, à Rouen._
L'âne joue un certain rôle dans les offices du Moyen Age.
Bien que cet animal ait la réputation d'être sobre, patient, laborieux
et pour ainsi dire infatigable, ce n'est point pour ces précieuses
qualités qu'on le fêtait, mais uniquement à raison des divers épisodes
que rappelle l'Écriture.
Sans parler de l'ânesse fameuse du prophète Balaam, c'est sur un âne
que la Sainte-Famille fuit en Égypte; c'est sur un âne encore que
Notre-Seigneur entre triomphalement à Jérusalem, le jour des Rameaux.
La _fête de l'âne_ est, croit-on, originaire de Vérone[73] d'où elle se
répandit dans toute la chrétienté du Moyen Age.
[Note 73: D'après certaines traditions, Pane qui porta Notre-Seigneur
serait venu mourir dans cette ville.]
D'après Du Cange[74] qui reproduit l'ancien _Ordinaire_ de la cathédrale
de Rouen, on faisait dans cette église l'_Office des Pasteurs_ pendant
la nuit de Noël. Les chanoines habillés en bergers et les enfants
de choeur en anges, venaient après le _Te Deum_ des Matines adorer
Jésus-Christ dans la Crèche, derrière l'autel.
[Note 74: _Glossarium ad scriptores mediae et infimae latinitatis_,
Parisiis, 1733. Art. _Festum asinorum_, tome 3, coll. 424-427.]
Après Tierce, se faisait la _procession des ânes_.
Le cortège suivait le cloître et la grande nef. Les chanoines y
figuraient habillés en prophètes.
On y voyait Isaïe, Zacharie, Jean-Baptiste; Balaam même y était avec
son ânesse (ce qui fit donner le nom de _procession des ânes_),
Nabuchodonosor: les trois enfants dans la fournaise y paraissaient
aussi bien que Virgile et la Sybille. A la Messe, on ne manquait pas de
chanter la _Prose de l'âne_[75].
[Note 75: Farin, _Histoire de Rouen_, tome I, 3e partie, au chap. des
_Processions générales_.]
M. Nicolay, traduisant à peu près littéralement le _Glossarium_ de Du
Cange, nous décrit admirablement toute cette _Pastorale_[76].
[Footonote 76: Nicolay, _loc. cit._]
Au milieu de la nef de la cathédrale, on dressait une sorte de
bûcher composé de linges et d'étoupes, et, après avoir chanté
Tierce (_processio ordinetur post Tertiam_), le clergé faisait
processionnellement le tour du cloître, puis venait s'arrêter au centre
de l'église, entre deux groupes représentant, l'un les Juifs, l'autre
les Gentils; au bout de l'édifice étaient massés de nombreux personnages
destinés à jouer le rôle des prophètes dans l'Ancien Testament.
Les chantres commençaient par apostropher avec impétuosité les Juifs
et les Gentils, qui, de leur place, leur répondaient par un verset non
moins violent. Les mêmes chantres, s'adressant ensuite à celui qui
jouait le rôle de Moïse, disaient: «Voici Moïse, le législateur!» Un
Moïse à longue barbe, portant une corne au front (_cornuta facie_), vêtu
d'une aube et d'une chape, tenant une baguette dans une main et
les tables de la loi dans l'autre, entonnait à son tour un chant
prophétique, relatif à la naissance du Christ. Puis un cortège,
célébrant les louanges du Messie, conduisait Moïse près du brasier. Le
même cérémonial se renouvelait pour chacun des prophètes successivement
interpellés: ils s'avançaient à mesure qu'ils étaient appelés.
Moïse était suivi d'Amos, vieillard barbu, ayant un épi à la main,
ensuite venait Isaïe, vêtu d'une aube, le front ceint d'un bandeau
rouge; puis Aaron, couvert d'ornements pontificaux, la mitre en tête,
précédant Jérémie en habits sacerdotaux et tenant une petite boule à la
main. Daniel, représenté par un jeune ecclésiastique, était drapé dans
une tunique verte, et le prophète Habacuc, vieillard boiteux, suivait
orné d'une dalmatique; dans un vase étaient des racines qu'il mangeait
entre deux versets.
Après lui, Balaam, monté _sur une ânesse_, tirait la bride et frappait
l'ânesse de ses éperons, tandis qu'un jeune homme, lui barrant le
passage avec une épée, l'obligeait à s'arrêter. (Le jeune homme figure,
ici, l'ange armé dont parle l'Écriture dans l'épisode de Balaam). Un
clerc, se dissimulant sous l'ânesse, disait alors d'une voix étrange:
_Pourquoi me déchirez-vous ainsi avec l'éperon?_
Puis l'ange disait à Balaam: «Renonce à servir les desseins du roi
Balac». Et les chantres de dire: «Balaam prophétise».--Alors Balaam
répondait: «Une étoile sortira de Jacob!» _Orietur stella ex Jacob_[77].
[Note 77: Nombr. XXII-XXIV. Tunc Balaam ornatus, _sedens super asinam_
(_hinc festo nomen_) habens calcaria, retineat lora et calcaribus
percutiat asinam, et quidam juvenis, tenens gladium, obstet asinæ.
Quidam sub asina dicat: «Cur me calcaribus miseram sic læditis?» Hoc
dicto, angelus ei dicat: «Desine regis Balac præceptum perficere».
Vocatores: «Balaam, esto vaticinans». Tunc Balaam respondeat: «Exibit
stella ex Jacob!» (Du Cange, _loc. cit._).]
A Balaam succédait le prophète Samuel, puis David, paré des emblèmes de
la royauté. A la suite des prophètes, on voyait Zacharie, habillé en
juif et accompagné de sa femme Elisabeth, vêtue de blanc; leur fils
Jean-Baptiste avait les pieds nus.
Derrière lui se tenait le vieillard Siméon et enfin Virgile, au visage
resplendissant de jeunesse [78], qui devait s'étonner un peu de se
trouver en si sainte compagnie: c'était ordinairement lui qui fermait la
marche.
[Note 78: Tous les personnages du cortège, à l'exception de Daniel et de
Virgile, portaient la barbe; leur nom est toujours accompagné, dans Du
Cange, de l'épithète _barbatus_.]
Si l'on admettait le grand poète latin à la procession de Noël, c'est
qu'il était réputé avoir prédit la naissance du Sauveur.
On lit, en effet, dans l'églogue qu'il adressa au consul Pollion, les
vers suivants:
_Ultima Cumæi jam carminis ætas:
Magnus ab integro sæclorum nascitur ordo,
Jam redit et Virgo, redeunt Saturnia regna;
Jam nova progenies coelo demittitur alto.
Tu modo nascenti puero, quo ferrea primun
Desinet ac toto surget gens aurea mundo,
Casta, fave, Lucina: tuus jam regnat Apollo!_[79]
[Note 79: _Buc_, Eglog. IV.]
Voici que le dernier âge prédit par l'oracle de Cumes est arrivé. La
grande révolution des siècles va recommencer son cours. Déjà _une Vierge
revient_ et Saturne nous ramène l'âge d'or; déjà _un Enfant va descendre
des cieux_.--Veille sur Lui avec un soin jaloux, ô chaste Lucine; c'est
par Lui que l'âge de fer cessera et que _l'âge d'or reviendra sur la
terre_; déjà règne ton Apollon!
La procession de Noël se terminait souvent, dit le _Mémorial de
Rouen_[80], par un clerc habillé en _sybille_, portant une couronne sur
la tête et chantant des versets contenant des prédictions.
[Note 80: _Ordinarium Rothomagense_, cité par Du Cange dans son
_Glossarium_, s. v. _Festum_.]
On est aussi étonné de voir la sibylle dans ce cortège. Cependant,
on admet assez généralement que les sibylles pouvaient connaître et
prévenir l'avenir. Saint Jérôme leur attribuait le don de prophétie, et
l'Eglise, dans la Prose des Morts, invoque l'autorité de la sibylle et
semble l'assimiler à l'autorité même de David:
_Teste David cum sibylla._
C'est la raison pour laquelle Michel-Ange les a représentées dans les
célèbres fresques du plafond de la chapelle Sixtine, et Raphaël dans
l'église Santa-Maria-della-Pace, à Rome.
Quant à la _Prose de l'âne_, nous n'avons trouvé aucun document qui nous
prouve qu'elle ait été chantée à l'office de Noël. Farin seul l'affirme:
nous serions donc porté à croire qu'elle était chantée à la porte de
l'église.
Elle commençait par cette strophe:
_Orientis partibus
Adventavit asinus
Pulcher et fortissimus,
Sarcinis aptissimus._
Hez, sire âne, hez!
Des contrées de l'Orient, il est arrivé un âne beau et fort, propre à
porter les fardeaux.--Hez, sire âne, hez!
Cette cantilène n'avait rien de choquant, ni pour le goût, ni pour les
convenances.
Telle était cette _fête de l'âne_ dont on a dit beaucoup de mal, parce
qu'elle prêtait à certains abus et dégénéra vite en un cortège peu digne
du sanctuaire, ce qui la fit interdire par l'autorité ecclésiastique.
Il n'en est pas moins vrai qu'elle naquit d'une pensée de foi, d'une
interprétation et d'une mise en scène ingénieuse des prophéties sur le
Messie.
Nous terminerons ce chapitre par le ravissant usage de: