«Il existe dans _notre Auvergne_ des coutumes qui, pour être moins
éclatantes, n'en ont pas moins un charme tout particulier et un sens
profondément chrétien. La veille de Noël, la nuit venue, la table est
dressée devant le foyer. On la couvre d'une nappe bien blanche, et,
au centre d'une magnifique brioche, on place un chandelier en cuivre
soigneusement fourbi. La maîtresse de la maison fouille dans la grande
armoire et revient avec une chandelle précieusement enveloppée dans du
papier gaufré.
«La belle chandelle prend place au milieu de la table.
«... Les préparatifs termines, mon vieux père, quoique malade, veut
assister au repas. Il prend, de sa main tremblante, la chandelle de
Noël, l'allume, fait le signe de la croix, puis l'éteint et la passe au
frère aîné. Celui-ci, debout et tête nue, l'allume à son tour, se signe,
l'éteint, puis la passe à sa femme. La chandelle passe ainsi de main en
main, pour que chacun, à son rang d'âge, puisse l'allumer. Elle arrive
enfin entre les mains du dernier né. Aidé par sa mère, celui-ci l'allume
à son tour, se signe et, sans l'éteindre, la place au milieu de la
table, où elle brille--bien modestement--pendant tout le repas.
«N'est-ce pas là le souvenir touchant de la _Lumière qui éclaire tout
homme venant en ce monde_[1]?
[Note 1: Joann. I, 9.]
«Ce rite accompli, le repas commence joyeux, animé, assaisonné par le
jeûne de la vigile, agrémenté par l'apparition de la traditionnelle
soupe au fromage et par les surprises que ménage la cuisinière. Et
quand les grâces sont dites, les enfants vont se coucher, bercés par
l'espoir--souvent trompé--d'aller à la Messe de minuit. On roule dans
le foyer une grosse souche, et on attend minuit, en chantant les vieux
Noëls ou en racontant les histoires d'autrefois.
«Quand l'heure est venue, quand les habitants des villages arrivent
de tous côtés, avec leurs lanternes et leurs torches de paille, on se
dirige vers l'église pour goûter les émotions toujours nouvelles de
cette bienheureuse nuit[2].»
[Note 2: D'après la _Semaine de Clermont._]
On nous écrit des Salces (Lozère):
«Quelquefois la ménagère, la mère de famille, n'a pas pu assister à la
Messe de minuit. Elle a dû préparer le réveillon. Ce repas consiste
souvent, dans nos montagnes, en lait bouilli et chaud, saucisses
fraîches et autres productions de la ferme, sans exclure la rasade de
vin pétillant.»
La chandelle de Noël, conservée précieusement, est allumée au matin du
premier jour de l'an, quand les parents et les amis viennent, avant
l'aube, offrir leurs voeux empressés. C'est elle encore qui éclaire de
ses dernières lueurs les royautés éphémères du jour de l'Épiphanie.
Cette gracieuse coutume a été célébrée par un de nos meilleurs poètes: