Les obsèques de Nazim pacha ont été célébrées au lendemain même du coup
d'État, à Constantinople, sans grande pompe, mais cependant avec la
dignité convenable. Tous les attachés militaires étrangers avaient tenu
à suivre le cortège funèbre; et le sultan avait délégué, pour le
représenter, son premier aide de camp.
La dépouille du mort fut apportée à la mosquée Suleimanié, où, dans la
cour, la famille de Nazim a son _turbé_, son mausolée de marbre blanc.
Déposé sur un banc de pierre en arrière duquel des troupes rendaient les
honneurs, le cercueil attendit un assez long temps les prières suprêmes.
Et puis on le descendit dans la fosse toute préparée, que dominera
bientôt une stèle coiffée d'un turban, comme celle qui, sur la
photographie, se dresse en avant du monticule où s'entasse la terre de
la tombe.
C'est le général Izzet pacha qui remplace Nazim à la tête de l'armée
turque, comme généralissime et ministre de la Guerre.
Un de nos lecteurs, M. A. Beneyton, qui le connut; au Yémen, dont il
était allé réprimer l'inquiétante insurrection, se proclame fier de son
amitié, et fait de lui ce portrait sympathique:
«Elevé dans sa famille par une gouvernante française, Izzet pacha parle
notre langue avec une pureté parfaite. Chef d'état-major général de
l'armée depuis cinq ans, il n'a quitté ce poste que pour aller pacifier
l'Yémen. Il y a réussi au delà de toute espérance.
» C'est un des hommes qui font le plus honneur au nouveau régime:
foncièrement bon, honnête, patriote ardent, sans ambitions politiques
comme sans compromissions, on peut le comparer avec les plus grands
hommes d'État ou de guerre de n'importe quel pays d'Europe.»
Ajoutons que le prestige du nouveau généralissime est considérable dans
l'armée ottomane. On a vivement regretté qu'il ne fût pas présent lors
de la déclaration de guerre. On s'était hâté de le rappeler. Les
patriotes ottomans sont ardemment convaincus qu'il sera à la hauteur de
la formidable tâche qu'il a assumée d'un coeur vaillant.
Avec la reprise des hostilités, on s'attend à ce que de gros efforts
soient tentés par les alliés contre les trois villes qu'ils assiègent:
Janina, Scutari d'Albanie et Andrinople. Nous donnons ici les
photographies des trois hommes d'admirable énergie, dont les noms, quoi
qu'il advienne, survivront dans l'histoire au même rang que celui d'un
Osman pacha ou d'un Denfert-Rochereau: Vehib bey, qui commande Janina;
Hassan Riza bey, qui défend Scutari, et Choukri pacha, de qui
l'indomptable intrépidité est déjà presque légendaire et à qui l'on
prêtait récemment la résolution farouche de tourner ses propres canons
contre Andrinople même, plutôt que de la rendre.
[Illustration: Hassan Riza bey, défenseur de Scutari. Phot. Phébus.]
[Illustration: Le nouveau généralissime Izzet pacha. Phot. Georges
Rémond.]
[Illustration: Choukri pacha, défenseur d'Andrinople.]