_Prix de ce Numéro: Un Franc._
SAMEDI 8 FÉVRIER 1913
_71e Année.--Nº 3650._
«SERVIR»
Considérez ce visage... Il respire l'énergie, la douleur, l'amertume...
Les yeux où brille un feu sombre disent la volonté tendue, l'idée fixe,
l'obsession. Sous le front labouré de rides hautaines, il y a de
l'orgueil, du rêve,--de la chimère, peut-être. Le nez est impérieux, la
bouche fine sous la moustache grise. Un pli de souffrance a creusé les
joues. Et tout cela décèle l'autorité, la force, la distinction native,
la race. Cet homme, assurément, est un chef... Quels revers a-t-il
subis? Fut-il coupable ou seulement malheureux?... Sans doute, de
magnifiques espoirs exaltaient son coeur de soldat: lutter pour la cause
sainte jusqu'à la victoire,--ou jusqu'à la mort; se battre en plein
jour, face à l'ennemi; donner, recevoir des coups retentissants et
loyaux... Et voici que la plus injuste des catastrophes a réduit à
l'impuissance, immobilisé, foudroyé ce héros. Il se sent inutile. Il
pleure. Mais sa foi subsiste. Prêt à toutes les immolations, sa grande
âme subitement raffermie, il se courbe, il ramasse à terre les tronçons
de l'épée, et se redresse. Le bonheur a fui. L'honneur et la fierté sont
intacts... Dans quelques heures, ces choses émouvantes seront dites sur
la scène française, ces sentiments exprimés par le puissant interprète
du grand écrivain Henri Lavedan, par Lucien Guitry, le colonel Eulin de
Servir.