1901
[Illustration: deco]
_Eugène Asse, bibliothécaire à l'Arsenal, décédé il y a quelques mois à
peine, était un passionné du livre. Il l'aimait de toutes les manières,
sous toutes ses formes, pour ce qu'il contenait et pour sa décoration
extérieure. Sa bibliothèque, généreusement léguée par lui à la ville de
Versailles, formait, au point de vue de l'histoire comme à celui des
lettres, un ensemble des plus importants et des mieux choisis. Mais s'il
ne possédait point sur ses rayons des maroquins armoriés, de
provenance célèbre, des reliures des Eve, des Ruette, des Le Gascon, des
Derome et des Padeloup, des manuscrits précieux ou des estampes
rares._--Non licet omnibus adire Corinthum--_du moins professait-il pour
tous ces trésors un culte respectueux qui confinait à la dévotion. Il
fallait voir Asse caresser amoureusement les plats d'une ancienne
reliure, tourner les feuillets d'un volume, en examiner les armes ou
l'ex-libris, son visage s'illuminait aussitôt. Et si, par hasard, quelque
profane s'était permis, en sa présence, de manquer à un livre, vieil ou
jeune, des égards qui lui sont dus, Asse devenait terrible, inexorable et
le mécréant n'avait plus qu'à s'esquiver._
_A cet amour du livre, mon regretté confrère joignait une érudition des
plus solides et un goût fort délicat. Rien de notre littérature ou de
notre histoire ne lui était étranger; le dix-huitième siècle surtout
l'avait attiré; il le possédait à fond._
_Nul plus qu'Eugène Asse, n'était donc qualifié pour écrire l'étude
bibliophilique que M. H. Daragon vient de faire entrer dans sa
«Collection du bibliophile parisien» et qui y trouve sa place naturelle._
_Les_ Bourbons bibliophiles _parurent jadis dans une revue. Depuis,
l'auteur des_ Petits Romantiques, _qui avait projeté de réunir ces
intéressantes pages en volume, revisa, dans cette intention, son premier
travail, le corrigea, le compléta de telle sorte que le livre
d'aujourd'hui apparait, non seulement comme une première édition en
librairie mais presque comme une édition originale. La mort n'a pas
laissé le temps à Eugène Asse de réaliser lui-même son projet et c'est à
moi qu'il appartient d'accomplir le vœu de celui qui fut mon
collaborateur dévoué et mon ami fidèle._
_La mission m'est d'autant plus douce à remplir que, tout en honorant la
mémoire du consciencieux écrivain, je livre à ses confrères en
bibliophilie une étude qui, j'en suis persuadé, ne manquera pas de les
intéresser et de recueillir leurs suffrages._