LE TRANSPORT DES CONTAGIEUX DANS PARIS

Le conseil municipal de Paris s'est occupé cette semaine de la question

de désinfection--désinfection des appartements, vêtements, linge,

etc.--qui est si importante au point de vue de la santé publique. Déjà

un grand pas avait été fait par l'établissement des stations de voitures

pour le transport des contagieux.

[Illustration: Le brancard formant lit.]

Autrefois une mère, par exemple, qui avait à conduire à l'hôpital son

enfant malade, sautait sans scrupule dans le premier fiacre qu'elle

voyait passer. Il n'en est plus ainsi; la mère se rend à la station, et

le directeur de cette dernière n'a plus qu'à se mettre au téléphone et à

prévenir l'hôpital désigné:

--La voiture des diphtériques sort; elle se rend rue Saint-Antoine, 28,

où elle prend un enfant de cinq ans; elle sera à l'hôpital dans une

heure et demie; prévenez l'interne de service qu'une opération est

urgente.

--Vous avez l'ordonnance du médecin?

--Oui. La mère de l'enfant est venue me l'apporter elle-même.

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que ce service est appelé à

diminuer dans des proportions énormes la mortalité par la contagion des

maladies infectieuses, maladies dont vous et les vôtres pouvez prendre

les germes dans les voitures de place, les omnibus, les tramways.

Voici une mère accompagnée de son bébé. Elle hèle un cocher, saute en

voiture. Cette voiture, une heure avant, conduisait à l'hôpital un

enfant que le croup étouffait... Hélas! que de bébés respireront la mort

dans cette voiture!

C'est à ces dangers que les stations de voitures pour le transport des

contagieux doivent nous arracher.

Deux stations municipales à Paris: une, rue de Staël; l'autre, rue de

Chatigny.

Dans chaque station, cinq ou six voitures affectées spécialement au

transport des fiévreux, des varioleux, des diphtériques, etc.

Présentez-vous au directeur de l'une de ces stations, avec l'ordonnance

d'un médecin, et aussitôt une voiture est mise à votre disposition. Ou

bien encore adressez-vous au commissaire de police de votre quartier; ce

magistrat se chargera de prévenir le directeur de la station.

[Illustration: Le brancard formant fauteuil.]

Les malades, couchés sur un lit, ou commodément installés dans un

fauteuil, sont toujours accompagnés par une infirmière pendant le trajet

de leur domicile à l'hôpital.

Après chaque voyage, la voiture est désinfectée; elle est lavée avec une

solution étendue de bichlorure de mercure. Inutile de vous dire que les

voitures sont appropriées pour cela: ni étoffes, ni cuirs, ni sangles;

les parois sont en tôle. Les matelas passent ou doivent passer, après

chaque voyage, à l'étuve de désinfection.

Pour qui visite les deux stations qui relèvent de la «Ville de Paris»,

jette les yeux sur les voitures, les écuries, les salles de

désinfection, etc., tout parait installé dans les meilleures conditions.

La préfecture de la Seine a aussi des voitures spéciales pour le

transport des contagieux. Ce service est assez bien organisé; il a donné

déjà d'excellents résultats, bien que le budget qui lui est affecté soit

très minime.

[Illustration: La voiture.]

[Illustration: THÉÂTRE DE L'OPÉRA-COMIQUE.--«Le Rêve», drame lyrique en

quatre actes, tiré par M. L. Gallet du roman d'Emile Zola, musique de M.

Bruneau. La scène du miracle, au 3e acte: l'évêque Jean (M. Bouvet)

donnant le baiser d'adieu à Angélique (Mlle Simonnet).]

[Partition musicale.]

L'Illustration, No. 2521, 20 Juin 1891 · 第 11 / 30 题