49e Année.--Nº 2521

[Illustration: LA CATASTROPHE DE MOENCHENSTEIN.--Les locomotives

renversées sur la berge.--Photographie Varady.]

[Illustration: LA CATASTROPHE DE MOENCHENSTEIN.--Les débris du train,

vue prise de la rive droite de la Birse. D'après une photographie de MM.

Bulacher et Kling.]

[Illustration: COURRIER DE PARIS]

La mer, voir la mer, aller à la mer, voilà le rêve de tout bon

Parisien un peu libre de soucis quand le mois de juillet arrive. Tout le

monde pense à la mer. Quand je dis tout le monde, il est bien entendu

que j'en excepte les millions d'êtres condamnés à leur mansarde et à

leur travail. Ces millions de pauvres diables attachés par la nécessité

à ce que Mme de Staël appelait son _ruisseau de la rue du Bac_ ne

comptent pas pour les chroniqueurs. On ne les remarque pas aux

premières, on ne les cite pas aux courses. Ils sont la foule qui

regarde, qui travaille et qui paye.

Ceux qui la font travailler ont pour préoccupation, à l'heure actuelle,

leurs quartiers d'été. Où aller? A Houlgate, à Dinard, à Paramé, à

Trouville? Ce pauvre Trouville! Le spectre de rose de Jeanne Samary lui

fera peut-être du tort et Houlgate en profitera. Ce qui nuit à l'un sert

à l'autre. La vie est une bascule.

On s'en va donc à la mer, ce qui n'est pas toujours un plaisir lorsque,

par ces temps douteux que nous traversons, il faut braver des heures de

pluie et regarder, par la fenêtre, les horizons baignés de brume ou

trempés de pluie et avoir pour tout spectacle la vue de quelques bateaux

traversant l'ondée en fendant le brouillard. On se dit alors: où est

Paris?

Et, quoi qu'il ne soit plus le Paris étincelant de la saison d'hiver, on

le regrette fort, ce Paris abandonné pour les galets et les mouettes. Il

a encore ses premières, comme en pleine saison, et les musiciens

attendent avec une certaine impatience le _Rêve_ qu'on aura donné, cette

semaine, à l'Opéra-Comique. Le _Rêve_ ou le triomphe de l'école

nouvelle!

Il paraît que M. Adrien Bruneau, le maestro que le roman de M. Zola a

inspiré, est un homme d'un remarquable talent, qui met sa coquetterie à

fuir la mélodie comme si elle avait l'_influenza._

Aux répétitions, dès que M. Carvalho le félicitait, lui disant:

--Ah! cher monsieur Bruneau, pourquoi n'avez-vous pas prolongé un peu

cette délicieuse mélodie qui commençait si bien?

L'Illustration, No. 2521, 20 Juin 1891 · 第 3 / 30 题