NOTE PAGE 143.

Les véritables dispositions de Robespierre, à l'égard du 31 mai, sont

manifestées par les discours qu'il a tenus aux Jacobins, où on parlait

beaucoup plus librement qu'à l'assemblée, et où l'on conspirait hautement.

Des extraits de ce qu'il a dit aux diverses époques importantes prouveront

la marche de ses idées à l'égard de la grande catastrophe des 31 mai et 2

juin. Son premier discours prononcé sur les pillages du mois de février

donne une première indication.

(_Séance du 25 février 1793._)

_Robespierre_: «Comme j'ai toujours aimé l'humanité et que je n'ai jamais

cherché à flatter personne, je vais dire la vérité. Ceci est une trame

ourdie contre les patriotes eux-mêmes. Ce sont les intrigans qui veulent

perdre les patriotes; il y a dans le coeur du peuple un sentiment juste

d'indignation. J'ai soutenu, au milieu des persécutions et sans appui, que

le peuple n'a jamais tort; j'ai osé proclamer cette vérité dans un temps

où elle n'était pas encore connue; le cours de la révolution l'a

développée.

«Le peuple a entendu tant de fois invoquer la loi par ceux qui voulaient

le mettre sous son joug, qu'il se méfie de ce langage.

«Le peuple souffre; il n'a pas encore recueilli le fruit de ses travaux;

il est encore persécuté par les riches, et les riches sont encore ce

qu'ils furent toujours, c'est-à-dire durs et impitoyables. (_Applaudi_.)

Le peuple voit l'insolence de ceux qui l'ont trahi, il voit la fortune

accumulée dans leurs mains, il ne sent pas la nécessité de prendre les

moyens d'arriver au but; et, lorsqu'on lui parle le langage de la raison,

il n'écoute que son indignation contre les riches, et il se laisse

entraîner dans de fausses mesures par ceux qui s'emparent de sa confiance

pour le perdre.

«Il y a deux causes: la première, une disposition naturelle dans le peuple

à chercher les moyens de soulager sa misère, disposition naturelle et

légitime en elle-même; le peuple croit qu'au défaut des lois protectrices,

il a le droit de veiller lui-même à ses propres besoins.

«Il y a une autre cause. Cette cause, ce sont les desseins perfides des

ennemis de la liberté, des ennemis du peuple, qui sont bien convaincus que

le seul moyen de nous livrer aux puissances étrangères, c'est d'alarmer le

peuple sur ses subsistances, et de le rendre victime des excès qui en

résultent. J'ai été témoin moi-même des mouvemens. A côté des citoyens

honnêtes, nous avons vu des étrangers et des hommes opulens, revêtus de

l'habit respectable des sans-culottes. Nous avons entendu dire: On nous

promettait l'abondance après la mort du roi, et nous sommes plus

malheureux depuis que ce pauvre roi n'existe plus. Nous en avons entendu

déclamer non pas contre la portion intrigante et contre-révolutionnaire de

la convention, qui siège où siégeaient les aristocrates de l'assemblée

constituante, mais contre la Montagne, mais contre la députation de Paris

et contre les jacobins, qu'ils représentaient comme accapareurs.

«Je ne vous dis pas que le peuple soit coupable; je ne vous dis pas que

ses mouvemens soient un attentat; mais quand le peuple se lève, ne doit-il

pas avoir un but digne de lui? Mais de chétives marchandises doivent-elles

l'occuper? Il n'en a pas profité, car les pains de sucre ont été

recueillis par les mains des valets de l'aristocratie; et en supposant

qu'il en ait profité, en échange de ce modique avantage, quels sont les

inconvéniens qui peuvent en résulter? Nos adversaires veulent effrayer

tout ce qui a quelque propriété; ils veulent persuader que notre système

de liberté et d'égalité est subversif de tout ordre, de toute sûreté.

«Le peuple doit se lever, non pour recueillir du sucre, mais pour

terrasser les brigands. (_Applaudi_.) Faut-il vous retracer vos dangers

passés? Vous avez pensé être la proie des Prussiens et des Autrichiens; il

y avait une transaction; et ceux qui avaient alors trafiqué de votre

liberté, sont ceux qui ont excité les troubles actuels. J'articule à la

face des amis de la liberté et de l'égalité, à la face de la nation, qu'au

mois de septembre, après l'affaire du 10 août, il était décidé à Paris que

les Prussiens arriveraient sans obstacle à Paris.»

(_Séance du mercredi 8 mai 1793._)

_Robespierre_: «Nous avons à combattre la guerre extérieure et intérieure.

La guerre civile est entretenue par les ennemis de l'intérieur. L'armée de

la Vendée, l'armée de la Bretagne et l'armée de Coblentz, sont dirigées

contre Paris, cette citadelle de la liberté. Peuple de Paris, les tyrans

s'arment contre vous, parce que vous êtes la portion la plus estimable de

l'humanité: les grandes puissances de l'Europe se lèvent contre vous: tout

ce qu'il y a en France d'hommes corrompus secondent leurs efforts.

«Après avoir conçu ce vaste plan de vos ennemis, vous devez deviner

aisément le moyen de vous défendre. Je ne vous dis point mon secret; je

l'ai manifesté au sein de la convention.

«Je vais vous révéler ce secret, et, s'il était possible que ce devoir

d'un représentant d'un peuple libre pût être considéré comme un crime, je

saurais braver tous les dangers pour confondre les tyrans et sauver la

liberté.

«J'ai dit ce matin à la Convention que les partisans de Paris iraient

au-devant des scélérats de la Vendée, qu'ils entraîneraient sur leur route

tous leurs frères des départemens, et qu'ils extermineraient tous, oui,

tous les rebelles à la fois.

«J'ai dit qu'il fallait que tous les patriotes du dedans se levassent, et

qu'ils réduisissent à l'impuissance de nuire, et les aristocrates de la

Vendée et les aristocrates déguisés sous le masque du patriotisme.

«J'ai dit que les révoltés de la Vendée avaient une armée à Paris; j'ai

dit que le peuple généreux et sublime, qui depuis cinq ans supporte le

poids de la révolution, devait prendre les précautions nécessaires pour

que nos femmes et nos enfans ne fussent pas livrés au couteau

contre-révolutionnaire des ennemis que Paris renferme dans son sein.

Personne n'a osé contester ce principe. Ces mesures sont d'une nécessité

Pressante, impérieuse. Patriotes! volez à la rencontre des brigands de la

Vendée.

«Ils ne sont redoutables que parce qu'on avait pris la précaution de

désarmer le peuple. Il faut que Paris envoie des légions républicaines;

mais quand nous ferons trembler nos ennemis intérieurs, il ne faut pas que

nos femmes et nos enfans soient exposés à la fureur de l'aristocratie.

J'ai proposé deux mesures: la première, que Paris envoie deux légions

suffisantes pour exterminer tous les scélérats qui ont osé lever

l'étendard de la révolte. J'ai demandé que tous les aristocrates, que tous

les feuillans, que tous les modérés fussent bannis des sections qu'ils ont

empoisonnées de leur souffle impur. J'ai demandé que tous les citoyens

suspects fussent mis en état d'arrestation.

«J'ai demandé que la qualité de citoyen suspect ne fût pas déterminée par

la qualité de ci-devant nobles, de procureurs, de financiers, de

marchands. J'ai demandé que tous les citoyens qui ont fait preuve

d'incivisme fussent incarcérés jusqu'à ce que la guerre soit terminée, et

que nous ayons une attitude imposante devant nos ennemis. J'ai dit qu'il

fallait procurer au peuple les moyens de se rendre dans les sections sans

nuire à ses moyens d'existence, et que, pour cet effet, la convention

décrétât que tout artisan vivant de son travail fût soldé, pendant tout le

temps qu'il serait obligé de se tenir sous les armes pour protéger la

tranquillité de Paris. J'ai demandé qu'il fût destiné des millions

nécessaires pour fabriquer des armes et des piques, pour armer tous les

sans-culottes de Paris.

«J'ai demandé que des fabriques et des forges fussent élevées dans les

places publiques, afin que tous les citoyens fussent témoins de la

fidélité et de l'activité des travaux. J'ai demandé que tous les

fonctionnaires publics fussent destitués par le peuple.

«J'ai demandé qu'on cessât d'entraver la municipalité, et le départemens

de Paris, qui a la confiance du peuple.

«J'ai demandé que les factieux qui sont dans la convention cessassent de

calomnier le peuple de Paris, et que les journalistes qui pervertissent

l'opinion publique fussent réduits au silence. Toutes ces mesures sont

nécessaires, et en me résumant, voici l'acquit de la dette que j'ai

contractée envers le peuple:

«J'ai demandé que le peuple fît un effort pour exterminer les aristocrates

qui existent partout. (_Applaudi_.)

«J'ai demandé qu'il existât au sein de Paris une armée, une armée non pas

comme celle de Dumouriez, mais une armée populaire qui soit

continuellement sous les armes pour imposer aux feuillans et aux modérés.

Cette armée doit être composée de sans-culottes payés; je demande qu'il

soit assigné des millions suffisans pour armer les artisans, tous les

bons patriotes; je demande qu'ils soient à tous les postes, et que leur

majesté imposante fasse pâlir tous les aristocrates.

«Je demande que dès demain les forges s'élèvent sur toutes les places

publiques, où l'on fabriquera des armes pour armer le peuple. Je demande

que le conseil exécutif soit chargé d'exécuter ces mesures sous sa

responsabilité. S'il en est qui résistent, s'il en est qui favorisent

les ennemis de la liberté, il faut qu'ils soient chassés dès demain.

«Je demande que les autorités constituées soient chargées de surveiller

l'exécution de ces mesures, et qu'elles n'oublient pas qu'elles sont les

mandataires d'une ville qui est le boulevart de la liberté, et dont

l'existence rend la contre-révolution impossible.

«Dans ce moment de crise, le devoir impose à tous les patriotes de sauver

la patrie par les moyens les plus rigoureux; si vous souffrez qu'on égorge

en détail les patriotes, tout ce qu'il y a de vertueux sur la terre sera

anéanti; c'est à vous de voir si vous voulez sauver le genre humain.

(Tous les membres se lèvent par un élan simultané, et crient en agitant

leurs chapeaux: _Oui, oui, nous le voulons!_)

«Tous les scélérats du monde ont dressé leurs plans, et tous les

défenseurs de la liberté sont désignés pour victimes.

«C'est parce qu'il est question de votre gloire, de votre bonheur; ce

n'est que par ce motif que je vous conjure de veiller au salut de la

patrie. Vous croyez peut-être qu'il faut vous révolter, qu'il faut vous

donner un air d'insurrection? point du tout, c'est la loi à la main qu'il

faut exterminer tous nos ennemis.

«C'est avec une impudence insigne que des mandataires infidèles ont voulu

séparer le peuple de Paris des départemens, qu'ils ont voulu séparer le

peuple des tribunes du peuple de Paris, comme si c'était notre faute à

nous, qui avons fait tous les sacrifices possibles pour étendre nos

tribunes pour tout le peuple de Paris. Je dis que je parle à tout le

peuple de Paris, et s'il était assemblé dans cette enceinte, s'il

m'entendait plaider sa cause contre Buzot et Barbaroux, il est indubitable

qu'il se rangerait de mon côté.

«Citoyens, on grossit les dangers, on oppose les armées étrangères réunies

aux révoltés de l'intérieur; que peuvent leurs efforts contre des millions

d'intrépides sans-culottes? Et, si vous suivez cette proposition, qu'un

homme libre vaut cent esclaves, vous devez calculer que votre force est

au-dessus de toutes les puissances réunies.

«Vous avez dans les lois tout ce qu'il faut pour exterminer légalement nos

ennemis. Vous avez des aristocrates dans les sections: chassez-les. Vous

avez la liberté à sauver: proclamez les droits de la liberté, et employez

toute votre énergie. Vous avez un peuple immense de sans-culottes, bien

purs, bien vigoureux; ils ne peuvent pas quitter leurs travaux: faites-les

payer par les riches. Vous avez une convention nationale; il est très

possible que les membres de cette convention ne soient pas également amis

de la liberté et de l'égalité, mais le plus grand nombre est décidé à

soutenir les droits du peuple et à sauver la république. La portion

gangrenée de la convention n'empêchera pas le peuple de combattre les

aristocrates. Croyez vous donc que la Montagne de la convention n'aura pas

assez de force pour contenir tous les partisans de Dumouriez, de

d'Orléans, de Cobourg? En vérité, vous ne pouvez pas le penser.

«Si la liberté succombe, ce sera moins la faute des mandataires que du

souverain. Peuple, n'oubliez pas que votre destinée est dans vos mains;

vous devez sauver Paris et l'humanité; si vous ne le faites pas, vous êtes

coupable.

«La Montagne a besoin du peuple; le peuple est appuyé sur la Montagne. On

cherche à vous effrayer de toutes les manières; on veut nous faire croire

que les départements méridionaux sont les ennemis des Jacobins. Je vous

déclare que Marseille est l'amie éternelle de la Montagne; qu'à Lyon les

patriotes ont remporté une victoire complète.

«Je me résume et je demande, 1° que les sections lèvent une armée

suffisante pour former le noyau d'une armée révolutionnaire qui entraîne

tous les sans-culottes des départemens pour exterminer les rebelles; 2°

qu'on lève à Paris une armée de sans-culottes pour contenir

l'aristocratie; 3° que les intrigans dangereux, que tous les aristocrates

soient mis en état d'arrestation, que les sans-culottes soient payés aux

dépens du trésor public, qui sera alimenté par les riches, et que cette

mesure s'étende dans toute la république.

«Je demande qu'il soit établi des forges sur toutes les places publiques.

«Je demande que la commune de Paris alimente de tout son pouvoir le zèle

révolutionnaire du peuple de Paris.

«Je demande que le tribunal révolutionnaire fasse son devoir, qu'il

punisse ceux qui, dans les derniers jours, ont blasphémé contre la

république.

«Je demande que ce tribunal ne tarde pas à faire subir une punition

exemplaire à certains généraux pris en flagrant délit, et qui devraient

être jugés.

«Je demande que les sections de Paris se réunissent à la commune de Paris,

et qu'elles balancent par leur influence les écrits perfides des

journalistes alimentés par les puissances étrangères.

«En prenant toutes ces mesures, sans fournir aucun prétexte de dire que

vous avez violé les lois, vous donnerez l'impulsion aux départemens, qui

s'uniront à vous pour sauver la liberté.»

(_Séance du dimanche 12 mai 1793._)

_Robespierre_: «Je n'ai jamais pu concevoir comment, dans des momens

critiques, il se trouvait tant d'hommes pour faire des propositions qui

compromettent les amis de la liberté, tandis que personne n'appuie celles

qui tendent à sauver la république. Jusqu'à ce qu'on m'ait prouvé qu'il

n'est pas nécessaire d'armer les sans-culottes, qu'il n'est pas bon de les

payer pour monter la garde et assurer la tranquillité de Paris, jusqu'à ce

qu'on m'ait prouvé qu'il n'est pas bon de changer nos places en ateliers

pour fabriquer des armes, je croirai et je dirai que ceux qui, mettant ces

mesures à l'écart, ne vous proposent que des mesures partielles, quelque

violentes qu'elles soient, je dirai que ces hommes n'entendent rien au

moyen de sauver la patrie; car ce n'est qu'après avoir épuisé toutes les

mesures qui ne compromettent pas la société, qu'on doit avoir recours aux

moyens extrêmes; encore ces moyens ne doivent-ils pas être proposés au

sein d'une société qui doit être sage et politique. Ce n'est pas un

moment, d'effervescence passagère qui doit sauver la patrie. Nous avons

pour ennemis les hommes les plus fins, les plus souples, qui ont à leur

disposition tous les trésors de la république.

«Les mesures que l'on a proposées n'ont et ne pourront avoir aucun

résultat; elles n'ont servi qu'à alimenter la calomnie, elles n'ont servi

qu'à fournir des prétextes aux journalistes de nous représenter sous les

couleurs les plus odieuses.

«Lorsqu'on néglige les premiers moyens que la raison indique, et sans

lesquels le salut public ne peut être opéré, il est évident qu'on n'est

point dans la route. Je n'en dirai pas davantage; mais je déclare que je

proteste contre tous les moyens qui ne tendent qu'à compromettre la

société sans contribuer au salut public. Voilà ma profession de foi: le

peuple sera toujours en état de terrasser l'aristocratie; il suffit que la

société ne fasse aucune faute grossière.

«Quand je vois qu'on cherche à faire inutilement des ennemis à la société,

à encourager les scélérats qui veulent la détruire, je suis tenté de

croire qu'on est aveugle ou malintentionné.

«Je propose à la société de s'arrêter aux mesures que j'ai proposées, et

je regarde comme très-coupables les hommes qui ne les font pas exécuter.

Comment peut-on se refuser à ces mesures? comment n'en sent-on pas la

nécessité? et, si on la sent, pourquoi balance-t-on à les appuyer et à les

faire adopter? Je proposerai à la société d'entendre une discussion sur

les principes de constitution qu'on prépare à la France; car il faut bien

embrasser tous les plans de nos ennemis. Si la société peut démontrer le

machiavélisme de nos ennemis, elle n'aura pas perdu son temps. Je demande

donc que, écartant les propositions déplacées, la société me permette de

lui lire mon travail sur la constitution.»

(_Séance du dimanche 26 mai 1793._)

_Robespierre:_ «Je vous disais que le peuple doit se reposer sur sa force;

mais, quand le peuple est opprimé, quand il ne lui reste plus que

lui-même, celui-là serait un lâche qui ne lui dirait pas de se lever.

C'est quand toutes les lois sont violées, c'est quand le despotisme est à

son comble, c'est quand on foule aux pieds la bonne foi et la pudeur, que

le peuple doit s'insurger. Ce moment est arrivé: nos ennemis oppriment

ouvertement les patriotes; ils veulent, au nom de la loi, replonger le

peuple dans la misère et dans l'esclavage. Je ne serai jamais l'ami de ces

hommes corrompus, quelques trésors qu'ils m'offrent. J'aime mieux mourir

avec les républicains, que de triompher avec ces scélérats. (_Applaudi_.)

«Je ne connais pour un peuple que deux manières d'exister: ou bien qu'il

se gouverne lui-même, ou bien qu'il confie ce soin à des mandataires.

Nous, députés républicains, nous voulons établir le gouvernement du

peuple, par ses mandataires, avec la responsabilité; c'est à ces principes

que nous rapportons nos opinions, mais le plus souvent on ne veut pas nous

entendre. Un signal rapide, donné par le président, nous dépouille du

droit de suffrage. Je crois que la souveraineté du peuple est violée,

lorsque ses mandataires donnent à leurs créatures les places qui

appartiennent au peuple. D'après ces principes, je suis douloureusement

affecté....»

L'orateur est interrompu par l'annonce d'une députation. (_Tumulte_).

«Je vais, s'écrie Robespierre, continuer de parler, non pas pour ceux qui

m'interrompent, mais pour les républicains.

«J'exhorte chaque citoyen à conserver le sentiment de ses droits; je

l'invite à compter sur sa force et sur celle de toute la nation; j'invite

le peuple à se mettre, dans la convention nationale, en insurrection

contre tous les députés corrompus. (_Applaudi_.) Je déclare qu'ayant reçu

du peuple le droit de défendre ses droits, je regarde comme mon oppresseur

celui qui m'interrompt, ou qui me refuse la parole, et je déclare que, moi

seul, je me mets en insurrection contre le président, et contre tous les

membres qui siègent dans la convention. (_Applaudi._) Lorsqu'on affectera

un mépris coupable pour les sans-culottes, je déclare que je me mets en

insurrection contre les députés corrompus. J'invite tous les députés

montagnards à se rallier et à combattre l'aristocratie, et je dis qu'il

n'y a pour eux qu'une alternative: ou de résister de toutes leurs forces,

de tout leur pouvoir, aux efforts de l'intrigue, ou de donner leur

démission.

«Il faut en même temps que le peuple français connaisse ses droits; car

les députés fidèles ne peuvent rien sans la parole.

«Si la trahison appelle les ennemis étrangers dans le sein de la France;

si, lorsque nos canonniers tiennent dans leurs mains la foudre qui doit

exterminer les tyrans et leurs satellites, nous voyons l'ennemi approcher

de nos murs, alors je déclare que je punirai moi-même les traîtres, et je

promets de regarder tout conspirateur comme mon ennemi, et de le traiter

comme tel.» (_Applaudi_.)

Histoire de la Révolution française, Tome 04 · 第 15 / 24 题