Il avait à peine seize ans, et déjà il savait habiller le mensonge de la
robe de la vérité. C'est dire qu'il était homme. Et comme il avait de
l'audace et que les filles des tribus le trouvaient beau, il profitait
de ces avantages pour semer le désordre. Il se glissait entre les coeurs
et les séparait.
Longtemps on ignora ses intrigues, car il fut assez habile pour les
tenir secrètes: seulement de vagues soupçons planaient.
C'est sur ces entrefaites que son père, _Ahmed-ben-Rahan_, cheik aux
_Ouled-Ascars_, fraction des _Ouled-Sidi-Abid_, prit sa quatrième
épouse.
La deuxième et la troisième étaient mortes depuis plus d'un an, et la
première, la mère de Mansour, restée seule, avait dit au cheik:
--Seigneur, je suis fatiguée; je me fais vieille car j'ai bientôt
trente-cinq ans et depuis vingt je te sers, fidèle, laborieuse et
soumise; je t'ai toujours gardé précieusement ce que Dieu ordonne à la
femme de garder à son époux et tu n'eus jamais contre moi un sujet de
plainte.
Dieu a béni ma couche, car je t'ai donné pour fils le plus beau et le
plus fier garçon des Ouled-Ascars. Maintenant, voici: j'ai besoin de
repos. Je serai toujours ta servante et ton épouse. Mais je te prie,
prends-en une autre qui m'aide à aplanir ta vie. Prends-la belle, pour
qu'elle réjouisse ta vue; jeune et forte, pour qu'elle puisse longtemps
te servir.
Et le cheik choisit une toute jeune fille du pays des _Beni-Mzab_ aux
plaines sablonneuses, qui n'avait pas encore vu quatorze fois fleurir
les palmiers. Ses lèvres avaient la couleur des grenades rouges et ses
yeux le reflet des lames des yatagans tirés au soleil.
Elle s'appelait _Meryem_.