MERYEM

I

«Il n'y a de Dieu que Dieu et Mohamed est le Prophète de Dieu.»

«A lui appartiennent le levant et le couchant; de quelque côté que vous

vous tourniez, vous rencontrez sa face.»

Telles sont les paroles écrites dans le Livre, mais je puis te dire ce

qui n'est pas écrit et que répètent ceux d'entre nous, nommés les

sages.

Entre Dieu et le Prophète, est un Maître tout-puissant; il fait et

défait; il éclaire et éteint.

Les uns l'appellent l'universelle Vie, mais son vrai nom, c'est

l'universel Amour.

De l'homme au ciron, de la forêt de palmiers superbes à l'humble brin

d'alpha, rien n'existe et ne vit que par lui. Il courbe tout ce qui est,

comme l'ouragan courbe les roseaux de la source, il jette les races sur

la surface du globe, comme le semeur jette les grains dans le champ.

Son temple est l'univers et la femme son autel, car, sous notre soleil,

c'est ce qu'il y a de plus parfait.

Et nous disons à la place des paroles du Prophète:

«A lui appartiennent le levant et le couchant et de quelque côté que

vous vous tourniez, vous rencontrez sa puissance.»

De lui tout découle, peines et joies, la mort et la vie. Il fait les

sages et les fous, les heureux et les misérables, les héros et les

criminels.

Sans lui l'homme est eunuque, et va châtré dans la vie comme les nègres

dans le sérail.

S'il fait dévoyer le faible, il montre la route au fort et dit: «Pour

moi, taille ta destinée.»

Car à moins d'être harcelé par une fatalité maudite, conséquence des

crimes ou des imbécillités de ceux dont il a le sang dans les veines, le

fort, ici-bas, doit faire son destin. Il tient son heur et son malheur.

Et si aux portes de la vieillesse, les soucis, comme les ténèbres,

s'amoncellent sur son front, qu'il n'en accuse que lui et cherche la

cause en fouillant les vomissements de son passé.

L'amour au pays bleu · 第 14 / 120 题