A travers la Plaine.
Le bataillon gauche du 65e se Composait comme suit:
Major Dugas; adjudant Robert.
Quartier-Maître: Capt. LaRocque.
Chirurgien: Dr. Simard.
Instructeur: Labranche.
Compagnie No. 1: Capt. Ostell.
Lt. Plinguet.
No. 3: Capt. Bauset.
Lt. Villeneuve.
No. 4: Capt. Roy.
Lt. Ostell.
No. 8: Capt. Ethier.
Lt. Normandeau.
Sous-Lt. Hébert.
De bonne heure, le 21 avril, chacun fut debout et alla se laver à la
rivière. Vers les sept heures on eut une messe basse dans les quartiers
des officiers. Plusieurs soldats communièrent à cette messe. Après la
messe le déjeuner. A dix heures eut lieu la lecture des ordres du jour.
Pendant l'après-midi, on eut l'exercice au tir Vers les quatre heures,
un canon nous arriva du fort McLeod. Dans la veillée une nouvelle
tempête: de neige s'abattit sur le camp.
[Illustration: DR. SIMARD, ASSISTANT-CHIRURGIEN.]
Le lendemain on se leva à six heures. Après le lavage ordinaire à la
rivière, on eut une autre messe basse à laquelle il y eut encore plus de
communions que la veille. Immédiatement après le déjeuner, chacun se mit
à nettoyer ses armes pour l'inspection du lendemain.
Rien de particulier ce jour-là. Tous les soldats écrivirent à leurs
familles, car le départ était fixé au lendemain.
La nuit se passa sans incident. A quatre Heures, jeudi, le 23 avril,
tout le monde était sur pied; à neuf heures le camp était levé et le
bataillon gauche prêt à partir. Le lieut.-col. Smith fit l'inspection,
puis l'on se mit en marche.
Tous étaient joyeux; car on nous avait donné à entendre que nous
pourrions peut-être rejoindre le bataillon droit en faisant des marches
forcées. La bande du 92e nous accompagna comme elle avait accompagné nos
frères trois jours auparavant. A deux milles de la ville, le major Dugas
fit ses adieux au bataillon.
Il parla assez longuement, disant qu'il était des plus peiné de se
séparer de ceux que la gloire attendait dans le Nord et souhaitant à
tous un heureux retour à Montréal. L'adjudant Robert le remplaça auprès
de nous, tandis que le Capt. Perry, de la Police à cheval, élevé au
rang de major par le général Strange, était commandant en chef du
détachement. On campa, vers les cinq heures, dans un endroit appelé
Shaganappy Hill.
Le lendemain à quatre heures tous étaient debout et pendant que deux
soldats de chaque compagnie nous faisaient chauffer notre thé, les
autres jetaient les tentes à terre et pliaient bagage.
A dix heures eut lieu la première halte, à McPherson's Creek,
vingt-trois milles au nord de Calgarry. A deux heures, après avoir pris
le dîner, l'on se remit en marche.
Rien d'extraordinaire le long de la route, excepté la rencontre d'un
transport de sauvages. Un de nos charretiers, un Métis, fit remarquer,
en route, qu'il était surpris de nous voir marcher si vite et ajouta
qu'il était anxieux de voir combien de jours nous pourrions résister aux
fatigues de la route.
Il serait bon d'ajouter ici que notre coiffure était loin de convenir
au pays que nous traversions. Partis de Montréal avec nos képis, nous
n'avions eu, en route, que des tuques en laine, et plusieurs préférèrent
porter la tuque que le képi pour se protéger contre les ardeurs d'un
soleil brûlant. La nuit, pas de difficultés, la tuque était préférable,
car il était rare que nous nous réveillions le matin sans avoir au moins
un pouce de neige autour du camp. Cependant, malgré tout, on avançait
toujours courageusement et, vers cinq heures on fixa le camp au bord
d'un lac. Aussitôt après souper, plusieurs soldats se mirent à faire
toutes sortes de jeux, pendant que d'autres chantaient les gais refrains
du pays. On joua et on s'amusa jusque vers les huit heures et demie,
et le major Perry ainsi que la Police à cheval n'étaient pas les moins
surpris de nous voir si enjoués après une aussi, longue marche. Nous
étions à trente-deux milles de Calgarry.
Le samedi matin, à quatre heures, le lever. En peu de temps le camp fut
levé et aussitôt le déjeuner pris, en route! Pour la première fois, ce
jour là, nous commençâmes à souffrir de nos bottes. Chaque soir on
les ôtait avec l'aide d'un confrère; mais, le matin, on les reprenait
tellement roidies par le froid que ce n'était qu'avec beaucoup de
douleurs qu'on les mettait. Les premiers milles de la marche semblaient
toujours les plus longs et étaient les plus difficiles à parcourir,
car notre souffrance aux pieds était atroce. Cependant, après trois
ou quatre milles, le pied devenait insensible, plutôt engourdi par la
douleur, et l'on marchait mieux. Vers deux heures et demie a.m. on
traversa le ruisseau "de la Veuve." L'eau était tellement haute, qu'on
fût obligé de se servir de deux charrettes pour le transport. On les
vida, puis les mettant l'une devant l'autre dans l'eau on en fit
une espèce de pont d'un genre nouveau. Vers quatre heures, on eut à
traverser un second ruisseau; l'eau n'était pas bien haute, on le passa
à pied. A quatre heures et demie a.m. on campa. Aussitôt, après souper,
il y eut grande fête à l'occasion de l'anniversaire de la naissance du
major Robert. Ou chanta "En roulant ma boule" et beaucoup d'autres. Il
y eut discours par le héros de la fête et le major Perry. Ce dernier
complimenta beaucoup le bataillon sur son bon esprit et son énergie. La
fête se termina par ce que les Anglais appellent "_Grand Bounce_." A dix
heures tout le camp était silencieux. Nous étions à cinquante milles de
Calgarry.
[Illustration: CAPT.-ADJUDANT ROBERT.]
Le dimanche matin, à l'heure habituelle, nous étions debout et prêts à
partir. Ce jour-ci, les chemins furent plus mauvais que jamais. A onze
heures quand nous fîmes notre première halte, nous n'avions parcouru
que huit milles, et chacun était heureux de pouvoir se reposer. A
cinq heures et demie a.m., quand nous fixâmes le camp, nous étions à
soixante-sept milles de Calgarry. Pendant cette journée, il arriva un
incident qui fut le commencement de troubles sérieux et qui aurait pu
se terminer d'une manière tragique sans le sang-froid du major Perry.
Jamais les chemins n'avaient été aussi mauvais; à un certain endroit,
nous eûmes à traverser un ruisseau, et comme l'eau était trop haute pour
passer à pied, le major nous dit de monter dans les waggons. A peine
arrivés de l'autre côté, il y avait une côte à monter. Depuis une
journée ou deux, les charretiers ne semblaient plus nous traiter aussi
amicalement, ce n'était qu'avec peine que Pou réussissait à les faire
consentir à embarquer un soldat épuisé par la fatigue de la route. Or
ce matin-ci, le sergent Beaudoin de la Cie No. 1 était monté avec deux
soldats dans une voiture. A peine arrivé au bas de la côte, il sauta à
terre et, voyant sa carabine entre les roues de la voiture, il cria; ail
charretier d'arrêter, en même temps qu'il se baissait pour la prendre.
Loin d'arrêter le charretier lui répondit grossièrement et frappa le
sergent avec son fouet. En un clin-d'oeil, vingt crosses de carabines
étaient levées sur le charretier et, n'eût-ce été l'intervention prompte
du major Perry, il aurait été tué sur place. Par respect pour le
commandant, les soldats se calmèrent un peu et, après quelques
explications, le charretier fut sévèrement réprimandé, en attendant une
enquête qui devait avoir lieu le soir même au camp. Le soir, l'enquête
eut lieu. Le charretier fut renvoyé avec sa charge et tout son salaire
fut retenu pour payer la carabine brisée.
Malgré tout cela, il y eut fête au camp ce soir-là, On mangea du bacon,
dont le major Perry nous avait fait présent. C'était bon, car c'était
nouveau; depuis Calgarry nous n'avions eu que du corn beef et des
hard-tacks.
Lundi, les chemins continuèrent à être mauvais comme la veille. A un
certain endroit surtout où il fallait traverser un ruisseau sur des
branches, posées dans ce but, trois soldats perdirent pied et tombèrent
à l'eau: ils en furent quittes pour un bain froid et quelque peu vaseux.
Une couple d'autres ruisseaux plus profonds furent passés sur des
charrettes. Après douze milles de marche, nous nous arrêtâmes vers les
onze heures. Pendant que les cuisiniers préparaient le repas du midi, le
bataillon fut rassemblé et le major Robert nous lut les ordres du jour
entre autres le suivant: 1. Obligation stricte de ne pas se débarrasser
de ses armes ni de ses munitions pendant la marche. A peine retournés à
nos places sous les charrettes, une rumeur commença à circuler, parmi
les soldats, que Gros-Ours venait à notre rencontre. Ceci joint au fait
que les provisions commençaient à manquer (d'après les on dit) rendit
les soldats quelque peu taciturnes et chacun se mit à nettoyer son
fusil, et à voir si ses cartouches étaient en bon ordre. Au moment de
partir, le major Robert nous annonça que le lendemain matin dix waggons
vides nous rencontreraient et que les plus fatigués pourraient ainsi
faire le trajet en voiture. Après plusieurs milles de marche, vers les
quatre heures, quatorze charrettes vides, attelées de _cayuses_, furent
rencontrées. Presque tous montèrent, et le voyage se continua au milieu
des gais refrains des soldats heureux d'avoir enfin des transports. Vers
cinq heures et demie a.m., le camp fut fixé et la nuit se passa sans
incident en dépit des rumeurs et des faux rapports.
De bonne heure, mardi, on était prêt à partir et tous, satisfaits de ne
plus marcher, se mirent en route joyeusement. Vers les dix heures, l'on
arriva à la Rivière du Chevreuil Rouge, qui est à peu près à mi-chemin
entre Calgarry et Edmonton. En descendant de voiture la compagnie No.
1 reçut ordre de construire un radeau pour traverser le canon; car la
rivière était trop haute pour la passer à pied. On se mit joyeusement
à l'oeuvre et, en moins d'une heure, un radeau, solide et bien fait,
attendait sa charge. Il fallut alors penser à traverser le câble qu'on
devait attacher sur l'autre rive. Après que plusieurs eussent tenté de
le faire, mais en vain, le caporal Beaudoin et le soldat N. Robert de
la Compagnie No. 1 s'en chargèrent et réussirent. Enfin le canon fat
embarqué et plusieurs soldats montèrent à bord avec le major Perry.
On coupe les amarres et le radeau prend son élan. Il descend
terriblement vite; quand, à peine rendu vers le milieu de la rivière,
le câble se brise. Le courant entraîne le radeau et sa charge avec une
vitesse vertigineuse. En vain des soldats essayent de jeter un bout de
câble au major, leurs efforts sont infructueux et le radeau continue sa
course. A cinq milles plus bas est un rapide des plus dangereux. Si l'on
peut sauver la vie de tous ceux qui sont à bord, au moins faudra-t-il
sacrifier le canon et les munitions... Tout à coup le major se précipite
à l'eau et ayant saisi un câble de la main d'un soldat, il remonte à
bord et, en quelques minutes, tous y mettant la main, on obtient une
nouvelle amarre et le radeau est sauvé. Il atterrit trois milles plus
bas, à peine à un mille et demi de la chute. Le canon fut débarqué à
terre, mais le radeau dut être abandonné. Des chevaux furent bientôt
attelés au canon et, les soldais aidant, on le ramena au trait.
Cependant ce ne fut pas sans accident. Le soldat Alex Martin, un jeune
français, était à aider à monter le canon, quand il se fit prendre
la tête entre une des roues et un arbre. La blessure fut des plus
sérieuses, mais le jeune brave endura les douleurs les plus vives sans
se plaindre. Il ne devint mieux; qu'une quinzaine de jours plus tard.
L'accident arrivé au radeau nous retarda beaucoup, car le seul transport
qui nous restait était un vieux bac. On travailla nuit et jour, chaque
waggon fut transporté morceau par morceau, les provisions, munitions et
le reste, malgré une pluie battante. On divisa notre bataillon en deux
parties, dont l'une avait la garde de la rive nord et l'autre de la rive
sud.
[Illustration: CAPORAL MARTIN]
Il y avait à peine un nombre suffisant de tentes pour les provisions,
sur la rive nord, et ceux qui étaient traversés durent passer la nuit à
la belle étoile, heureux encore s'ils avaient pu trouver une couverte
pour s'envelopper.
Vers une heure du matin, le 29, l'on fut réveillé par des cris d'alarme
et d'appels au secours, jetés par quelques soldats qui étaient tombés à
l'eau en traversant. En peu d'instants, tous ceux qui dormaient étaient
debout et déjà rendus sur la scène de l'accident. Tous furent sauvés
et en furent quittes pour un bain à l'eau froide. Malheureusement il
y avait à bord une dizaine de _knapsacks_ qui furent perdus grâce à
l'excitation des rameurs. La journée se passa à continuer de traverser
les provisions. Le soir, vingt hommes de la compagnie No. 8 reçurent
l'ordre de rester en cet endroit, sous le commandement du lieutenant
Normandeau. La nouvelle nous prit un peu par surprise, et la surprise
était loin d'être agréable. Divisés déjà comme nous l'étions et surtout
ayant bon espoir de rejoindre nos frères avant longtemps, cette nouvelle
séparation ne fut pas sans soulever des murmures. Mais, enfin, à
la guerre comme à la guerre: l'on dut se soumettre. La veillée fut
silencieuse, la nuit de même.
Le lever eut lieu à six heures le lendemain. Vers les dix heures, on
lança à l'eau un nouveau bac, plus grand que celui dont nous nous étions
servis.
Ce bac, qui venait d'être terminé, avait été construit très solide,
pour qu'il pût durer plus longtemps, et était mû au moyen d'un certain
appareil d'un genre nouveau, relié à un câble en fer tendu d'une rive
à l'autre. L'après-midi fut donnée au repos. La seule interruption fut
l'arrivée de transports venant du nord. Un des charretiers rapporta que
l'on s'attendait à une attaque à Edmonton; ce qui ne nous encouragea pas
un peu à partir au plus tôt pour rejoindre nos frères et leur aider.
Le soir, il y eut grande fête au camp. L'on imita le pow-wow (danse de
guerre) des Sauvages. Une dizaine de soldats du 65e ainsi que deux ou
trois de la police à cheval se vêtirent de couvertes et exécutèrent à
la lettre un programme imaginaire. Après, l'on eut ce que les Anglais
appellent: "Tug of war," La soirée se termina par des chants canadiens,
puis chacun s'en fut se coucher. La nuit fut très-froide.
Le 1er de mai au matin le lever eut lieu à cinq heures. On alla se laver
à la rivière, puis avant déjeuner, tous se mirent à genoux pour chanter
"_l'Ave maris Stella_." Après déjeuner, l'on se hâta de traverser ce
qui restait sur l'autre rive et, à midi, nous pliions bagage. A quatre
heures nous nous mîmes en route, notre départ ayant été retardé par la
difficulté qu'on eut à traverser les chevaux. Après quelques milles de
marche, nous choisîmes un bon endroit pour camper, et, à neuf heures,
nous nous reposions sous la lente à cent-quatre milles d'Edmonton. Ce
jour-là, le major Perry nous fit de grands compliments. Il nous dit
qu'il avait déjà commandé des soldats aussi courageux et obéissants,
mais qu'il n'en avait, jamais commandés d'aussi gais. Le mot de passe
cette nuit fut "Big Bear," mot significatif; ce qui cependant ne troubla
le sommeil d'aucun soldat.
Pendant la nuit, le major Perry reçut une dépêche du général Strange.
Personne n'en apprit bien long sur le contenu de ce message. La rumeur
circula cependant que l'on avait reçu ordre de faire le voyage en quatre
jours, et que l'on était averti que les Sauvages nous attendaient à
quarante milles. A six heures, le lendemain, nous partions de nouveau.
Le temps était devenu beau. Vers le midi, cependant, la chaleur devint
insupportable. Chacun cherchait l'ombre, et s'étendait du mieux qu'il
pouvait sous une charrette quelconque. Vers deux heures on repartit. On
traversa bientôt le ruisseau de la Tortue, sur lequel l'aile droite du
bataillon avait posé un pont assez solide. Vers les cinq heures, l'on
arriva à la Rivière Bataille que l'on traversa sur des charrettes.
Nous campâmes à un mille environ au nord de la rivière. Nous étions à
trente-cinq milles au nord de la Rivière du Chevreuil Rouge. Pendant la
veillée, un chef de la tribu des Stonies, Tête Fine, vint nous faire
visite. Il fit mille protestations d'amitié à nos officiers et leur
déclara que sa tribu resterait loyale au gouvernement.
Le lendemain, dimanche le 3, le lever eut lieu à quatre heures; départ
à six heures et dix minutes a.m. Le temps se continua beau; mais les
chemins furent mauvais pendant au moins six milles. Vers les neuf
heures, nous passâmes la réserve des Stonies, où réside le Rev. Père
Scullen. Un petit "Union Jack" flottait au-dessus de la tente du chef
Peau d'Hermine. Il était près de midi quand nous nous arrêtâmes pour la
dîner. Peau d'Hermine vint visiter la major, accompagné de sa femme, de
son fils Cayote, et de quelques autres Sauvages. Le chef avait revêtu «m
uniforme des grandes fêtes, et il nous était impossible de compter
le nombre de couleurs qui bariolaient sa tunique. Quand à celui qui
semblait lui servir d'intendant, son costume était des plus simples:
une vieille tunique noire à boutons dorés, et des culottes brunes.
Ils passèrent environ une heure à converser avec le major, (car Peau
d'Hermine s'exprime assez bien en anglais), à fumer la pipe et à
partager le menu du camp. Ces Sauvages nous ont paru passablement
civilisés. Ils sont chrétiens et s'adonnent aux travaux des champs.
Cependant ils habitent encore leurs wigwams et construisent de» hangars
pour mettre à l'abri leurs grains et leurs animaux.
A deux heures nous étions de nouveau sur la route, et vers les six
heures nous étions campés à quatre milles au nord de la Ferme du
Gouvernement, aux Montagnes de la Paix, trente-six milles d'Edmonton.
Aussitôt après le lever, le lendemain, on nous apprit qu'un nouveau
détachement de vingt hommes devait être laissé à la Ferme. Le
commandement de ce détachement fut donné au lieutenant Villeneuve.
Cette séparation fut encore plus cruelle que la premiere, et chacun
se demandait ce qu'allait devenir notre pauvre bataillon, si l'on
continuait à nous éparpiller ainsi le long de la route. Aussitôt les
adieux faits, l'on se remit en marche. L'on fit une courte halte vert
le midi, puis les chemins devinrent affreux. Tantôt dans des marécages
presqu'impraticables et tantôt à travers des forêts où un étroit passade
permettait à peine à nos charrettes de traverser. Vers les cinq heures,
on campa. Un courrier nous apporta l'étrange nouvelle que Riel avait,
capturé quatre-vingt voitures de munitions et de provisions égarées par
de faux guides. Celle nouvelle fut le sujet de conversation le plus
général pendant la veillée.
De bonne heure, mardi matin, nous étions remontés dans nos charrettes.
La route se continua à travers les bois. Nous passâmes sur la réserve de
Papesteos. Vers huit heures, chacun commença à nettoyer ses armes et son
uniforme, car l'on approchait d'Edmonton. A. Ashton Lake, le lieut.-col.
Hughes vint à notre rencontre et fut salué par des cris de joie. A
quelques milles plus loin, les autres officiera du bataillon droit nous
attendaient pour nous souhaiter la bienvenue. Enfin, vers 11 heures,
Edmonton nous apparut dans la distance. On descendit des voitures
et l'on se mit en rangs pour descendre la côte de la rive sud de la
Saskatchewan. Chacun était heureux à l'idée qu'il allait revoir les amis
dont il avait été séparé depuis quinze jours. A midi, nous étions rendus
et assis autour d'un feu de camp; on se racontait les incidents du
voyage, La compagnie No 7 était déjà rendue, depuis le 3, au Fort
Saskatchewan, à vingt milles à l'est d'Edmonton, sous le commandement
du capitaine Doherty. Lea compagnies 5 et 6, sous le commandement du
capitaine Prévost, élevé au rang de major, se mirent en route le jour de
notre arrivée, pour se rendre à Victoria, soixante milles d'Edmonton. Ce
premier détachement se composait comme suit:
Major Prévost.
Adjudant: Sous-lieut. Mackay.
Compagnie No. 5: Capt. Villeneuve.
Lieut. Lafontaine.
No. 6: Capt. Giroux.
Lieut. Robert.
Chirurgien-Major Paré.
Les autres compagnies campèrent en dehors du Fort en attendant les
ordres du général.