DE MONTRÉAL A CALGARRY.

La neige tombait en gros flocons... le ciel semblait vouloir couvrir

d'un épais linceul bien des douleurs et bien des larmes!

C'était le jour du départ. Après avoir paradé à travers les rues de la

métropole, le bataillon arriva en bon ordre à la gare du Pacifique. Une

foule innombrable d'amis et de parents remplissait tous les alentours

de la gare. Le moment des adieux était arrivé. Quel spectacle! Ici, un

vieillard, aux cheveux blancs, donne à son fils sa dernière bénédiction

dans un baiser, et une larme perle à sa paupière en lui donnant la

dernière poignée de main; la mère, trop faible pour assister à cette

scène était restée à la maison. Là, une femme s'évanouit. C'est une

malheureuse épouse, qui, comptant trop sur son courage, a voulu

accompagner son mari jusqu'au dernier moment. D'autres, plus stoïques,

donnent à leur mari le dernier baiser, et plongées dans un désespoir

muet, regardent immobiles, les yeux secs, leur époux monter à bord des

chars. Sur les degrés d'un waggon, un ami donne une dernière poignée

de main à son compagnon de collège en lui souhaitant, de nombreuses

couronnes de lauriers à son retour. Et dans l'arrière-plan, la foule

répandue un peu partout, grimpée sur les toits, massée sur le parapet,

acclame les jeunes soldats et les salue de cris enthousiastes. Enfin

tout le monde est à bord. Après quelques minutes d'attente, le sifflet

crie et le train se met en marche. Malgré la tristesse de la séparation

et l'incertitude de l'avenir, quelques soldats faisant contre mauvaise

fortune bon coeur, se mettent à chanter les gais refrains de chansons

canadiennes. Bientôt la gaieté devient, générale. A peine sortis de la

ville, MM. Davis et Portier nous distribuent des cigares, et en quelques

instants, n'eut-ce été l'uniforme, on aurait pu nous prendre pour des

touristes en voyage. Dans la veillée, le Lt-Col. Ouimet passe de char

en char et présente au bataillon son aumônier le R. P. Provost et son

nouveau chirurgien, le Dr. Paré. Partout ils sont accueillis par des

cris de joie.

Vers deux heures et demie du matin, l'on arriva à Carleton Place. Le

train arrêta et tout le bataillon alla réveillonner à l'hôtel voisin de

la gare. Le repas fut des mieux servis et très goûté des soldats qui

dévoraient les servantes des yeux tout en mangeant à pleine bouche;

le ventre et le coeur s'emplissaient à la fois, celui-là de mets et

celui-ci D'espérances.

[Illustration: RÉVD. PÈRE PROVOST, O.M.I.]

Plusieurs profitèrent de cet arrêt pour écrire des lettres à l'adresse

de leurs parents et de leurs amis. Une demi-heure plus tard le train se

remit en marche. Après quelques minutes de divertissement, les soldats

se mirent au lit et tout rentra dans le silence.

Vers les neuf heures, le réveil sonna. A dix heures et demie, l'on passa

à Pembrooke. Des soldats du 42e vinrent nous rendre visite et nous

firent plusieurs dons de tabac, etc. En cet endroit le colonel reçut une

lettre de Sa Grandeur Mgr Lorrain, vicaire apostolique de Pontiac. Le

saint évêque nous souhaitait beaucoup de succès dans notre entreprise et

terminait par ces paroles: "N. Z. Lorrain, ancien volontaire de l'armée

des hommes maintenant officier dans la paisible armée du Seigneur."

A une heure de l'après-midi, nous descendions à Mattawa, L'appétit avait

eu tout le temps de se faire ressentir chez les soldats, et ce fut

avec joie qu'on se hâta de descendre des chars pour aller dîner. Mais

bernique! plusieurs furent désappointés; malgré que ce fût le Vendredi

Saint et qu'il y eût de la viande, le repas fut court; chacun se

contenta de dévorer en imagination les mets qu'il s'était promis de

manger. Ici, l'on se procura des bas, etc., crainte d'en manquer plus

tard; car plus on avançait, plus le froid augmentait. Le train continua

sans arrêt jusqu'à Scully's Junction, où l'on devait avoir à souper;

mais par malheur on n'avait pas été averti à temps et l'on n'avait que

des cigares pour les officiers.

Vers trois heures du matin, samedi, le train arrêta. Tout le monde fut

bientôt sur pied et le nom harmonieux de Biscotasing sonna comme une

trompette aux oreilles à moitié ouvertes des volontaires affamés par

le fameux repas de Mattawa. Si le nom fit une mauvaise impression sur

l'esprit déjà préjugé des soldats, l'apparition de grands vaisseaux

remplis de pruneaux confits, de fèves rôties, etc., leur remit le moral

en ordre.

Après un bon repas dont chacun se déclara satisfait, l'on continua. La

journée parut longue. Quelques-uns passèrent le temps à confesse ou

ailleurs, chacun suivant ses goûts. On arrêta quelques minutes à

Nemagosenda, puis le train se remit en marche et arriva à Dalton à neuf

heures et demie le soir. L'on s'attendait à descendre des chars en cet

endroit, mais le chemin de fer avait été continué avec beaucoup de

vitesse depuis deux jours et l'on se rendit jusqu'à Algoma, où l'on

arriva vers les dix heures.

Ici, un spectacle des plus gais s'offre à nos yeux. Des feux de bois

d'épinette ont été préparés d'avance et éclairent notre route jusqu'à

une certaine distance. Tous descendent des chars avec joie, car la

monotonie du voyage commençait à ennuyer les esprits des soldats.

Que de fois ne regretta-t-on pas plus tard les bons chars qui nous

avaient portés pendant deux jours et deux nuits à travers un pays

civilisé!

En voyant les traîneaux en attente les soldats poussent des cris de

joie, on veut changer de transport à tout prix et la nuit parait si

belle que tous ont hâte de s'enfoncer dans les profondeurs mystérieuses

des bois que les feux de joie leur font apercevoir dans le lointain.

L'on part en chantant et bientôt les échos de la forêt, répètent les

gais refrains des chansons canadiennes.

La nouveauté des paysages et le violent contraste des grands bois

silencieux avec le va-et-vient et le vacarme des villes excitent

l'imagination des esprits les moins poétiques. Il était curieux de voir

les charretiers s'enfoncer sans hésiter à travers ces arbres touffus,

dans des bois où le chemin était disparu, enfoui sous la neige, et où

les moins braves voyaient surgir de temps à autres d'énormes têtes de

Sauvages indomptés.

Vers minuit le silence commence à régner parmi les promeneurs déjà

fatigués de la marche et c'est avec une satisfaction prononcée qu'on

arrive à "l'hôtel de la Forêt" vers une heure du matin. Ici on nous sert

à manger, mais les hommes encore peu habitués à la nourriture qui fut

distribuée, préfèrent s'en passer et choisissent leurs places autour

d'un feu de camp.

Après une heure de halte au camp, on remonte en "sleighs" et la marche

se continue à travers les bois. A neuf heures du matin, le jour de

Pâques, on atteignit la fin de notre pénible voyage en traîneaux. Deux

tentes furent levées à la hâte en cet endroit appelé vulgairement "Lac

aux Chiens."

Ici, un accident des plus déplorables arriva à un des hommes de la

compagnie No. 2, nommé Boucher. Cet individu, fatigué sans doute par la

longueur et les misères de la route et découragé de la vie militaire,

se jeta sur le chemin de fer au moment où notre train reculait, mais

perdant tout à coup courage devant la mort cruelle qu'il s'était

choisie, il essaya au dernier moment de se sauver. Il était trop tard.

Les roues lui passèrent sur le pied et le blessèrent douloureusement.

Il fut immédiatement transporté sous la grande tente sur l'ordre du

chirurgien Simard en attendant l'arrivée du chirurgien major.

Cet accident, bien qu'il fût l'acte d'un insensé, jeta la consternation

parmi le camp. C'était; le premier accident sérieux qui arrivait à un

membre du bataillon, et sa nature était loin de compenser la peine que

son état de priorité lui donnait.

Toute la journée se passa à attendre le colonel qui s'était attardé à

Algoma, et la marche forcée qu'on avait faite pendant la nuit devint

inutile. Enfin, vers quatre heures de l'après-midi, on nous servit nos

rations, puis on nous fit monter dans de mauvais chars plates-formes

dont quelques-uns même étaient découverts. On s'installa du mieux que

l'on pût le long des bancs de bois brut en attendant l'heure du coucher.

On nous distribua des couvertes de laine; chaque homme en avait une.

Elles furent bientôt étendues sur le plancher du char et les soldats se

placèrent comme ils purent sous les bancs. On nous donna en même temps

des tuques en laine; il était temps! car notre figure était des plus

comiques avec nos petits képis sur le coin, de l'oreille.

Tout alla assez bien pendant une demi-heure mais bientôt la fraîcheur

des glaçons transperce les couvertes et le sommeil devient impossible.

Plusieurs, Pour ne pas dire tous, se lèvent et passent le reste de la

nuit, collés les uns contre les autres le long des bancs. La nuit était

des plus froides et le vent qui s'engouffrait par les fentes du char

rendait la situation des soldats intolérable. Avec quelle anxiété

chacun attendait en silence le premier village où l'on pourrait enfin

descendre!

Enfin à six heures du matin le train arrêta à la Baie du Héron, En moins

de cinq minutes tout le bataillon était descendu en ligne. Pour la

première fois une pauvre ration de rhum fut donnée à chaque homme, et

sans rien exagérer, elle avait été richement gagnée. Bientôt après

on nous servit à déjeuner dans les chantiers du Pacifique. Certains

journaux anglais, entr'autres le News de Toronto, ont rapporté qu'en cet

endroit les soldats avaient dévalisé les magasins de la compagnie et

bien d'autres histoires toutes aussi mensongères et infâmes les unes que

les autres. C'est ici l'endroit de réfuter ces sots rapports et de

leur donner un démenti formel. Jamais un régiment dans de pareilles

circonstances ne s'est aussi bien comporté et c'est même étonnant

qu'aucun des mauvais rapports qui ont été faits n'ait le moindre

fondement de vérité.

Après un copieux déjeuner, le bataillon remonta à bord et l'on continua

dans les mêmes chars jusqu'à Port Munroe, où l'on arriva vers neuf

heures de l'avant midi. Ici, on laissa les chars et la marche à pied

commença. Chaque soldat portait sur lui, outre sa carabine et ses

munitions, toutes les parties de son accoutrement, havresac et autres.

Après une aussi mauvaise nuit, la marche le long de la rive nord du Lac

Supérieur, vingt-cinq milles, faite en moins de dix heures, tient du

prodige.

Peu d'hommes, même de vieux militaires auraient pu résister aussi

bravement à une aussi forte étape, et chose plus étonnante encore,

pas un seul homme ne fut malade. Une seule halte fut faite pendant la

marche, à Little Peak, où l'on fit une distribution de rations,

fromage et "hard tacks." Si la fatigue fut grande, on eut une faible

compensation par le magnifique coup d'oeil présenté par le coucher du

soleil sur le lac. L'astre du jour tomba comme un immense globe d'or

dans le rideau, aux couleurs variées, que lui tendait l'Occident et qui

semblait plier sous la masse qui s'y engouffrait; au fur et à mesure que

l'astre disparaissait à l'horizon, chaque nuage se nuançait d'une façon

grandiose. Que de poëtes auraient fait deux fois la même route pour

contempler un pareil spectacle!

Vers huit heures du soir tout le bataillon était remonté dans: de

nouveaux chars, pires que ceux qu'on venait de laisser. Ceux-ci

n'étaient formés que de plates-formes simples avec une planche chaque

côté pour servir de garde-fou.

Sur ces planches d'autres plus minces étaient posées aussi près que

possible les unes des autres et servaient de sièges aux soldats

fatigués. L'on marcha ainsi tout le reste de la nuit et il était une

heure du matin quand on descendit à Jackfish Syndicate.

A peine les soldats étaient-ils descendus des chars que la, pluie

commença à tomber. Malheureusement il n'y avait aucun abri pour recevoir

tous les soldats et plusieurs compagnies attendirent au-delà d'une

demi-heure exposées à l'intempérie de la saison. Quelques murmures

se firent entendre, mais ça ne dura pas longtemps, car comme en bien

d'autres circonstances semblables plus tard, le bon esprit des soldats

reprit le dessus et bientôt des chante joyeux se firent entendre.

Quelques-uns, chantèrent à contre-coeur, mais tout le monde chanta.

A deux heures du matin, après avoir bien mangé, les compagnies 2, 3,

4, 5 et 6 se retirèrent dans les hangars de la compagnie du Pacifique,

situés aux environs, tandis que les autres, 1, 7 et 8, remontèrent en

chars et furent conduites au village de Jackfish, où un grand hangar

avait été préparé pour elles. Un bon feu fut entretenu toute la nuit

dans les deux poêles de l'habitation et pour la première fois depuis

leur départ de Montréal, les volontaires dormirent bien et se

reposèrent.

À dix heures l'on se réveilla et les compagnies qui avaient couché au

village retournèrent en chars au Syndical pour y prendre le déjeuner.

La maison où se servaient les repas était encore remplie, les autres

compagnies qui avaient couché au Syndicat n'ayant pas encore fini leur

déjeuner. La pluie continuait à tomber de plus belle et les soldats

furent forcés de s'entasser les uns sur les autres dans les hangars.

Pendant l'après-midi, les volontaires se réfugièrent sous des tentes et

l'on s'amusa à chanter pour passer le temps, car la pluie ne cessait

pas. Quelques-uns se dirigèrent vers une vieille masure dont l'enseigne

moins prétentieuse par la forme que par le nom qu'elle portait avait

attiré leur attention. On vendait de la boisson dans ce chantier, la

bière s'y débitait, à 15 contins, et ce qu'on était convenu d'appeler du

"whiskey" à 25 contins le verre.

A quatre heures, le repas du soir fut servi à tout le monde, puis chaque

compagnie rentra dans ses quartiers.

A sept heures, le coucher fut sonné et à huit heures, tout le monde

reposait.

Dès quatre heures, le lendemain matin, les trois compagnies qui avaient

passé la nuit au village, se levèrent et les chars n'arrivant pas, elles

se mirent en marche et traversèrent le lac à pied jusqu'au Syndicat.

Après une heure de marche, ces soldats n'eurent pour tout déjeuner

qu'une tranche de lard entre deux morceaux de pain.

A huit heures a.m. les premiers traîneaux, chargés de soldats, se mirent

en marche et les autres ne tardèrent pas à les suivre. Ce nouveau trajet

le long du lac Supérieur, malgré qu'il se fît en voiture, ne fut guère

plus plaisant que le premier. Le froid était très-grand et les soldats

entassés dans les voitures furent souvent obligés de descendre pour ne

pas geler des pieds. Enfin, vers deux heures de l'après-midi, le premier

traîneau entra dans une baie profonde dont on ne put connaître le nom.

Après une halte d'une heure et demie en cet endroit, le bataillon

remonta en chars plates-formes et continua jusqu'à McKay Harbour où il y

avait un hôpital. Ici, on laissa notre invalide Boucher, en même temps

que l'on prenait à bord le sergent Nelson devenu si fameux depuis

l'affaire du "Toronto News." Il fut installé dans notre char, le premier

du train, et ne connaissant l'individu que par ce qu'il voulait bien

nous dire de lui-même, chacun l'entoura de soins et le traita avec

une hospitalité toute canadienne. Après que les soldats eussent mangé

quelques galettes et de la viande, le train se mit en mouvement et

continua jusqu'à la fin de la ligne du chemin de fer à Michipicoten.

Arrivés ici a sept heures et demie, les soldats durent traverser de

nouveau à pied une longueur de onze milles sur la Baie du Tonnerre et

arrivèrent à Red Rock à onze heures du soir.

Ici des chars à passagers attendaient le régiment, et vers minuit le

train partait.

Cette journée fut une des plus rudes pour les soldats. De quatre heures

du matin à onze heures du soir, on n'avait pas cessé de marcher un seul

moment. Quatorze milles à pied, vingt-deux en traîneaux et plus de cent

milles en mauvais chars découverts, en tout près de cent cinquante

milles parcourus dans la journée.

Vers six heures, jeudi matin, l'on entra dans Port Arthur. Les soldats

furent bientôt éveillés par les cris de la foule qui les attendait à la

gare. Pendant que les compagnies s'éloignaient, chacune de son côté,

pour déjeuner dans les différents hôtels de la ville, les officiers se

rendirent à l'hôtel Brunswick. sur l'invitation du maire de la localité.

Après déjeuner, profitant d'un congé de quelques heures, les soldats

visitèrent les environs de la ville et s'amusèrent beaucoup, étant

royalement reçus partout où ils allaient. Enfin, l'heure du départ

sonna. Les différentes compagnies remontèrent chacune dans son char et

le train quitta la gare au milieu des acclamations de la foule. De dix

heures jusqu'à minuit, la route se continua en chars. Chacun se mit ù

tuer le temps du mieux qu'il pût et n'y réussissait qu'à demi.

De minuit à six heures du matin, la route se continua sans incident

remarquable. A six heures le réveil sonna, et chacun se mit à nettoyer

ses armes et à brosser ses habits pour obéir aux instructions reçues.

Enfin, quelques minutes avant sept heures, les premières maisons de

Winnipeg parurent dans le lointain et furent saluées par des cris de

joie. Bientôt le train entra dans la gare. La ville avait revêtu sa

toilette de fête; les pavillons flottaient partout, et les jeunes filles

avaient mis leurs robes des dimanches pour recevoir le bataillon. Parmi

la foule qui se pressait dans la gare, on remarqua le juge Dubuc, le

Col. Lamontagne, les Messieurs Royal, fils de l'hon. Royal, M. P., et

M. Pilet. Le déjeuner fut aussitôt servi dans la gare même et fut aussi

vite dévoré que servi, car tous avaient hâte de visiter la reine de

l'Ouest. On nous en avait tant raconté sur les merveilles qui ont

entouré la naissance de cette fille des Plaines et sur les spéculations

gigantesques qui s'y étaient faites, que l'empressement des volontaires,

à se répandre dans les rues de la ville ne surprendra personne.

Avant, de partir cependant, chacun signa la liste de paie pour une

semaine. Plusieurs officiers se rendirent à Saint-Boniface et payèrent

une visite à Sa Grandeur Mgr. Taché ainsi qu'à quelques amis. A midi, le

dîner fut pris à la gare. Dans l'après-midi, ayant obtenu un congé de

quatre heures, les soldats retournèrent à leurs places de prédilection,

les uns à l'hôtel, d'autres chez leurs amis, pendant que quelques-uns

allaient chez le photographe se procurer un souvenir qu'on se hâta

d'expédier à sa famille. A trois heures et demie une patrouille fut

organisée et visita tous les quartiers pour en ramener les malades.

Heureusement il n'y en avait que deux. Avant le départ, du tabac à fumer

fut distribué aux soldats; chacun en reçut une livre. Ce don était dû à

la générosité de la maison de Geo. E. Tucker & Son.

A quatre heures le train partit. Vers une heure du matin l'on arriva à

Brandon. Malgré l'heure avancée de la nuit, les dames de la ville nous

attendaient avec des provisions de bouche. Les soldats à peine éveillés

crurent continuer quelque beau rêve en voyant ces jolies jeunes filles

et ces bonnes dames leur distribuer à pleines mains des friandises et

des bonbons, sans compter les sourires, et les doux regards servis à

doubles rations. Tous étaient des plus joyeux excepté le quartier-maître

qui voyait d'un mauvais oeil une concurrence aussi dangereuse.

Après une heure bien passée, le train se remit en marche, emportant avec

lui les bons souhaits des habitants de Brandon. Quand les soldats se

réveillèrent, on arrivait à Broadview. La principale ressource de

cette place est le travail fourni aux habitants par les ateliers de la

compagnie du Pacifique. On ne la vit qu'en passant. Quelques heures plus

tard on arrêtait à Qu'Appelle, où était déjà rendue la Batterie B.

Qu'Appelle est située à quelques milles au sud du fort du même nom. La

place présente le plus beau coup-d'oeil possible. Les rues, larges et

bien entretenues, se perdent sous les peupliers et s'étendent sur un

parcours de plusieurs milles. C'est d'ici que partent les diligences

pour Prince-Albert et les villages du nord. Les bureaux d'immigration du

gouvernement y sont Situés. Après quelques minutes de halte, le

train partit de nouveau et l'on passa bientôt Régina, la capitale de

l'Assiniboine. Ses rues qui ont plusieurs milles de longueur sont larges

et bien droites. Ici sont les quartiers-généraux de la police à cheval

et des bureaux des Sauvages.

C'est ici que se trouve le plus grand réservoir de l'Ouest; nous n'y

vîmes que des Sauvages mal vêtus qui nous regardèrent passer de loin. On

nous avait promis un bon dîner en cet endroit, mais on dût le remplacer

par une ration de pain et de fromage, en attendant mieux.

Une heure plus tard, on arrêta à Moosejaw. Deux chefs sauvages vinrent à

notre rencontre et échangèrent des signes et des protestations d'amitié

contre des biscuits et du tabac. Aussitôt sortis de la gare, on nous

distribua dix rondes de cartouches et l'on nous donna l'ordre de dormir

sous les armes. Malgré tant de préparatifs, la nuit se passa sans

incident.

L'on arriva de bonne heure à Médecine Hat. Le Rév. Père Lacombe monta à

bord du train et passa de char en char, répandant partout la joie et la

consolation sur son passage. Ici l'on traversa le plus grand pont du

Nord-Ouest, au-dessus de la Saskatchewan. Puis le trajet se continua à

travers les prairies. De temps à autre, l'attention des soldats était

attirée par des bandes de chevaux sauvages ou des volées d'outardes et

chacun faisait des commentaires à sa façon.

Enfin, vers une heure de l'après-midi, le 12 Avril, l'on entra dans

Calgarry, le terme de notre long voyage, après avoir parcouru au-delà de

deux mille cinq cents milles.

Cent-vingt jours de service actif Récit Historique Très Complet de la Campagne du 65ème au Nord-Ouest · 第 17 / 83 题