LETTRE II

Le lendemain matin, Jane et moi reprîmes notre conversation et en voici

à peu près les termes:

_Rosa._--Alors, Jane, vous avez été fouettée? Et pour quel motif?

_Jane._--La première fois, ce fut pour avoir été vue marchant à côté

d'un jeune homme en revenant de l'église. Le général prétendit que je

n'étais pas du tout pieuse et que ma dévotion n'était qu'un prétexte à

me promener avec des jeunes gens et qu'il fallait me guérir de cela sous

peine de perdition.

_Rosa._--Eh bien! N'avez-vous éprouvé aucune idée de vengeance après

avoir été fouettée pour ce motif?

_Jane._--Oh! si! Mais j'oubliai tout après avoir eu la joie de voir

Jemima bien fessée à son tour. Elle en eut son compte, je vous le

garantis; mais elle est solide et dure comme du cuir!

_Rosa._--Peut-être pourrais-je oublier de même si j'avais le plaisir de

vous voir toutes solidement fouettées, et j'ai grande envie de commencer

par vous, Jane, dès que je ne serai plus aussi meurtrie.

_Jane._--Mais puisque vous haïssez Jemima, je le sais, n'auriez-vous pas

plus de plaisir à la voir juchée sur le cheval? Peut-être

pourrions-nous, en nous entendant bien, la faire tomber dans un piège?

_Rosa._--Voyez-vous la bonne pièce? Pensez-vous que je vous tienne

quitte jusqu'à temps que je me sois vengée des autres? Attendez que je

me sente suffisamment bien et vous verrez si je ne règle pas votre

compte en premier! Je ne manquerai pas d'occasions puisque vous devez

coucher toutes les nuits dans ma chambre. Je n'ai pas oublié que vous

m'avez persuadée de m'habiller pour le dîner alors que vous saviez

parfaitement ce qui m'attendait.

_Jane._--Mlle Rosa, je ne pouvais pas faire autrement; Mme Mansell

m'avait envoyée pour vous habiller. Le vieux général avait remis la

chose après le dîner, car il aime voir les pénitentes en grande

toilette. Lorsqu'il corrige l'une de nous, il faut qu'elle soit habillée

de son mieux, et si pendant la correction un vêtement se trouve abîmé,

Mme Mansell nous le remplace; si bien qu'une bonne fessée ne nous cause

pas grand dommage. Jemima a même fait plusieurs fois exprès d'abîmer ses

affaires. Il est vrai que si on les lui a payées, le général s'est bien

remboursé sur ses fesses.

Je fus encore bien endolorie durant plusieurs jours pendant lesquels je

confectionnai une jolie verge que je dissimulai pour en faire tâter à

Jane quand elle s'y attendrait le moins. Elle ne savait pas, d'ailleurs,

si j'étais allée dans le jardin ou hors de la maison. Comme elle était

naturellement plus âgée et beaucoup plus forte que moi, il me fallait la

maîtriser par quelque stratagème. Je lui laissai croire que j'avais

complètement oublié mes griefs, mais un soir, comme nous étions

déshabillées pour nous mettre au lit, je lui dis: «Jane, est-ce que Mme

Mansell ou Jemima vous ont déjà fouettée sans que Grand-Père le sache?

_Jane._--Oh! oui! mademoiselle, plus d'une fois, et elles m'ont même

rudement étrillée.

_Rosa._--Comment ont-elles fait?

_Jane._--Parbleu, j'étais attachée par les mains aux montants du lit.

_Rosa._--Oh! montrez-moi cela, et laissez-moi vous attacher pour que je

me rende compte.

_Jane._--Volontiers, si cela peut vous faire plaisir, mademoiselle.

_Rosa._--Avec quoi pourrai-je bien vous attacher, vous êtes forte comme

Samson?

_Jane._--Une paire de mouchoirs fera très bien l'affaire et voici des

serviettes pour me ficeler les jambes.

Selon ses indications, je lui eus vite ficelé les poignets aux deux

pommeaux du pied du lit, puis je fixai ses jambes largement écartées aux

pieds de la table.

--Oh! sapristi, fit alors Jane, vous avez rudement serré! Pourquoi

diable m'attacher de la sorte, je ne pourrai plus m'en aller si vous ne

me délivrez pas vous-même.

--Restez, ne bougez pas! criai-je, je veux vous voir tout à fait en

tenue, à présent que vous voilà bien attachée,--et rapidement je

retroussai sa chemise de nuit bien au-dessus de sa taille, de façon à

exposer son postérieur joufflu et son ventre joliment ombragé à mes

regards surpris.

--Oh! comme vous êtes belle, Jane, dis-je en l'embrassant, vous savez

que je vous aime bien, seulement votre gros cucul a mérité d'être puni.

C'est un devoir pénible pour moi, mais vous allez voir que ce n'est pas

pour rire, mademoiselle, regardez quelle bonne grosse verge je vous

destine, fis-je en lui montrant l'instrument.

--Grâce! Grâce! Mlle Rosa, s'écria-t-elle, vous ne voudrez pas me faire

de mal, j'ai toujours été si bonne pour vous!

--Ce n'est pas par plaisir, Jane, c'est par devoir. Vous étiez avec les

autres contre moi, vous êtes la première que j'attrape, tant pis pour

vous. Je ne pourrai peut-être pas me venger des autres d'ici longtemps.

La vue de ses fesses rebondies me transportait du désir d'exercer mon

habileté sur elle et de contempler ce spectacle que j'avais offert

moi-même. Saisissant nerveusement la verge, sans plus tarder, je

commençai l'attaque par quelques coups cinglants qui changèrent en rouge

foncé la teinte rose des deux globes.

--Ah! Ah! C'est une honte! Vous êtes aussi méchante que le vieux

général, petite sournoise! Vous m'avez tendu un piège!

--Vous n'en avez pas l'air bien fâchée, mademoiselle, lui criai-je, mais

je vais faire en sorte de vous rabattre le caquet; d'ailleurs, je

commence à croire que vous êtes la pire du quatuor et que votre

prétendue compassion n'était que pure hypocrisie. Mais, c'est mon tour à

présent. Bien entendu, vous étiez trop forte pour moi, si je n'avais pas

agi de ruse avec vous! Que dites-vous de cela, mademoiselle Jane? Et

tout en parlant, Vzz, Vzz, Vzz, je cinglais de la verge son gros

postérieur qui prit bientôt un aspect fort curieux.

--Petite scélérate! Petite vipère! criait Jane. Votre grand-père saura

tout cela.

--C'est votre intention, mademoiselle la rapporteuse. Eh bien! alors je

vais vous faire payer cela d'avance, répliquai-je. La vue de sa croupe

ne faisait qu'accentuer mon excitation, et ce fut avec un frisson de

plaisir que j'aperçus de petites gouttes de sang. Elle se démenait et se

tortillait avec des cris et des soupirs étouffés, mais chaque fois

qu'elle prononçait quelques mots il semblait que c'était dans le dessein

de m'irriter davantage. Ma surexcitation croissait en intensité; ce

sauvage exercice me causait un immense plaisir, et dans ma fureur

irréfléchie, je mis réellement ses fesses en piteux état. A la fin,

essoufflée, épuisée, je dus laisser tomber la verge et ma frénésie se

changea en compassion lorsque je vis qu'elle paraissait inanimée,

inerte, la tête renversée, les yeux fermés, les doigts crispés.

L'embrassant tendrement: «Jane, Jane!», lui criai-je d'une voix émue, je

vous aime et vous pardonne, et maintenant, je veux être aussi bonne pour

vous que vous l'avez été pour moi après ma punition.

Ses mains et ses pieds furent bientôt déliés; alors, à mon vif

étonnement, elle jeta ses deux bras autour de mon cou, et, m'embrassant

passionnément, elle me dit, les yeux brillants: «Et moi aussi, je vous

pardonne, mademoiselle Rosa, car vous ne vous imaginez pas quel plaisir

vous m'avez procuré, les derniers instants, surtout, ont été exquis.

Sur le moment, tout cela était pour moi une énigme que je ne compris que

plus tard. Elle ne se préoccupa guère de son postérieur marbré. «Ce qui

a été terrible pour vous, mademoiselle Rosa, me dit-elle, n'a rien été

pour moi, je suis plus âgée et plus endurcie que vous, en outre, c'est

toujours la première fois qui est la plus pénible. Sir Eyre a été

réellement barbare de vous écorcher comme il l'a fait, mais c'est votre

obstination qui l'y a conduit. Vous verrez que vous aimerez bientôt cela

ainsi que moi.»

Nous continuâmes à bavarder ainsi pendant que je baignais et pansais les

parties meurtries, et finalement nous nous endormîmes après qu'il eut

été convenu entre nous qu'elle me donnerait, dans un jour ou deux, une

agréable leçon.

Quelques jours se passèrent tranquillement; mon châtiment avait été trop

sévère pour que je risquasse à la légère un nouveau conflit avec le

général. Cependant j'attendais avec impatience l'occasion de me venger

de toute la bande, excepté de Jane qui était devenue mon amie de coeur.

Nous examinions, sans succès, d'ailleurs, toutes sortes de plans pour

faire mettre soit l'une soit l'autre dans un mauvais cas. Le vieux

général me conseillait souvent de prendre garde à moi, car il ne

manquerait pas la première occasion de me faire danser sans musique.

Un jour, cependant, étant dans le jardin avec la gouvernante, je lui fis

remarquer que le général était réellement bizarre de laisser les

brugnons tomber et se perdre plutôt que de nous les laisser manger.

--Ma chérie, dit Mme Mansell, si vous en prenez deux ou trois, il ne le

remarquera pas, en tous cas, ne dites pas que je vous l'ai conseillé,

c'est, en effet, absurde de les laisser pourrir.

--Mais, mademoiselle Mansell, répliquai-je, ce serait un vol?

--Ce n'est pas un vol de prendre ce qui aurait été perdu, répondit-elle,

vous n'avez pas la notion exacte de l'honnêteté, d'ailleurs n'êtes-vous

pas un peu la maîtresse de la maison.

--Vous me faites l'effet du serpent et moi d'Ève; c'est vrai qu'ils ont

l'air délicieux; vous ne me trahirez pas, au moins? lui dis-je avec

candeur. Sur ce je cueillis un des fruits et Mme Mansell le partagea

avec moi, ce qui me mit tout à fait à l'aise.

Le lendemain, juste avant le dîner, nous entendîmes la voix du général

nous appelant tous brusquement dans sa chambre. «Comment se fait-il, Mme

Mansell, dit-il, l'air furibond, que je ne puisse laisser mes clés dans

la serrure de cette étagère sans que quelqu'un goûte à mon rhum? Comme

je soupçonnais depuis longtemps qu'il y avait dans mon entourage un

dégustateur trop rusé, j'ai usé de ruse à mon tour. Voyant que le rhum

semblait à son goût, la dernière fois que le flacon a été rempli, j'ai

fait une petite raie avec mon diamant pour marquer la hauteur du liquide

dans la bouteille, et depuis, je me suis contenté de boire du brandy. Eh

bien! regardez! En trois ou quatre jours, il n'en a pas filé moins d'une

demi-pinte. Venez ici, Rosa... et vous Mme Mansell... à votre tour,

Jemima!» et ce disant, il sentit notre haleine à tour de rôle.

--Femme, dit-il à celle-ci comme elle se troublait et hésitait à se

soumettre à cette épreuve, je n'aurais pas cru que vous étiez une

sournoise et une voleuse; si vous avez réellement besoin d'un peu

d'alcool, Mme Mansell, j'en suis certain, vous eût permis d'en prendre.

Comme vous êtes ici depuis plusieurs années et que nous n'aimons pas le

changement, on ne vous mettra pas à la porte, mais on vous guérira

demain de l'envie de voler; vous auriez dû être fouettée sur le champ,

mais comme j'ai un ami à dîner ce soir, cela vous fera du bien

d'attendre et de réfléchir à ce que vous allez recevoir. Filez,

maintenant, et que le dîner soit servi correctement, ou je vous réserve

quelque chose à la mode hindoue dont vous me direz des nouvelles.

Nôtre visiteur était notre plus proche voisin, ancien colonel et grand

chasseur de renards, et pourtant mes idées étaient si surexcitées par la

perspective du châtiment de Jemima que la soirée me parut fort agréable.

Le lendemain, grand-père passa toute la journée à inspecter le jardin et

j'eus le pressentiment qu'il remarquerait la disparition des brugnons.

Ayant été si méfiant pour le rhum, il pourrait l'être de même pour les

fruits.

Mes craintes n'étaient que trop fondées, m'ayant aperçue avec Mme

Mansell cueillant un gros bouquet pour mettre à la coupable, il s'écria:

«Mme Mansell pendant que vous y êtes, faites donc un second bouquet,

quelqu'un a rendu visite aux brugnons. Ne sauriez-vous pas qui, Rosa?»

--Oh! grand-père, vous savez bien qu'on m'a formellement défendu de

toucher aux fruits, dis-je, l'air aussi innocent que possible.

--Et vous, madame Mansell, savez-vous quelque chose à ce sujet? Rosa me

répond à côté de la question, reprit-il en me regardant sévèrement.

J'étais très embarrassée, et, pour comble, Mme Mansell, affectant une

profonde répugnance à dire un mensonge confessa toute la vérité.

--Ma parole, j'ai affaire à une jolie bande, car Jane ne vaut pas mieux

que les autres. Madame Mansell, votre conduite m'étonne et vous serez

assez punie en considérant quelle gravité j'attache à ce cas, et quant à

Rosa, une telle duplicité, chez une enfant si jeune, me fait frémir;

mais occupons-nous d'abord de Jemima, et nous verrons ensuite ce qu'il y

aura lieu de faire.

Dans l'état d'incertitude où j'étais, je courus vers Jane pour lui

confier mes angoisses; c'était, selon elle, une heureuse circonstance

que Jemima passât la première, car le vieillard serait fatigué, et, sans

doute, me tiendrait quitte à bon compte, surtout si je criais et

implorais grâce.

Ainsi réconfortée, je m'arrangeai pour dîner copieusement et pris un

verre de vin en plus (j'étais supposée n'en prendre qu'un) puis, je me

rendis à la salle des corrections, à peu près rassurée, d'autant plus

que j'étais fort désireuse de voir Jemima bien fouettée.

Quand je jetai les yeux sur elle, elle faisait une révérence au général,

assis dans son fauteuil, verge en main. Son apparence me frappa

d'admiration. Sa taille était au-dessus de la moyenne, elle avait de

beaux cheveux châtains, un teint éclatant, de grands yeux bleus très

vifs, elle portait une robe de soie bleus échancrée très bas, qui

révélait les trésors de sa poitrine bombée, son gros bouquet était fixé

de côté, elle avait des souliers de satin rose à hauts talons avec des

boucles d'argent; son corsage était à manches courtes, mais des gants de

chevreau de couleur fauve montant au-dessus du coude dissimulaient la

rudesse de sa peau et la rougeur de ses mains.

--Préparez-la immédiatement, dit le général, elle sait trop bien ce qui

l'amène ici pour qu'il soit utile de le lui dire. Tenez, Rosa,

passez-moi cette grosse poignée de verges, la petite ne serait qu'un

joujou pour son gros cul, Ha! Ha! celle-ci fera bien l'affaire!

ajouta-t-il en la faisant siffler dans l'air.

Jane et la gouvernante l'avaient déjà dépouillée de la robe bleue, et

étaient en train de lui enlever le jupon blanc bordé de dentelle; le

bouquet, tombé sur le parquet, la victime se trouva en chemise et

pantalon, et je pus admirer sa poitrine bien prise, son cou harmonieux

et surtout ses jambes pleines et rondes dans leurs bas de soie rouge,

retenus par d'élégantes jarretières (le général était très exigeant sur

la toilette de ses pénitentes).

J'aidai à l'attacher et à dénouer son pantalon que Jane rabattit

complètement, tandis que Mme Mansell retroussait et épinglait sa

chemise, étalant dans leur magnifique plénitude ses fesses glorieusement

charnues, dont la peau blanche resplendissait sous la clarté des

flambeaux.

Je lui donnai quelques bonnes tapes pour lui montrer que je n'avais pas

oublié celles qu'elle m'avait données, puis je m'écartai pour laisser la

place à Sir Eyre.

J'étais si absorbée par ce fascinant spectacle que j'en oubliai

totalement ce qui m'attendait moi-même.

Flac! La grosse verge s'abattit avec une violence qui l'eût fait bondir

si elle n'eût été attachée. Elle poussa un «Ahhh!» étouffé et un large

sillon rouge apparut sur la chair. A chaque coup qui suivit, sa figure

s'empourpra davantage et elle sembla suffoquer, tout en s'efforçant de

ne pas hurler, mais la verge était si cinglante et le général frappait

si fort qu'en moins d'une douzaine de coups, les fesses blanches furent

tachées de sang et la verge volait dans toutes les directions. «Ah! Ah!

Oh!» hurla-t-elle enfin. «Assez! pitié, monsieur, je n'en puis plus,

c'est trop, je vous le jure!»

--Abominable voleuse, je vais vous fesser jusqu'à ce que mort s'ensuive;

si je ne vous guéris pas aujourd'hui à tout jamais, c'est une bonne

domestique que je perdrai, riposta Sir Eyre en la fouaillant de plus

belle.

Mon sang bouillait sous l'excitation voluptueuse, à laquelle j'étais en

proie, et jeune comme je l'étais, barbare comme je savais être la

correction, je n'éprouvais pas la moindre pitié pour la victime. C'est

un sentiment que, seuls, peuvent comprendre les fervents adorateurs de

la verge.

--Vous aimez le rhum, je crois mademoiselle, faisait le général, mais

c'est le payer un peu cher, n'est-ce pas, n'est-ce pas... n'est-ce

pas?...

Le pauvre vieux, hors d'haleine, ayant été obligé de s'asseoir, Mme

Mansell, devançant son désir, prit une verge neuve et, sans laisser

souffler la victime, se mit à la fouetter à son tour.

--Elle n'a pas volé sa punition, monsieur, car je ne lui refuse jamais

rien pourvu qu'elle se conduise bien, dit-elle, prenant son air le plus

pincé. Dans son ardeur à fouetter, sa coiffure s'étant dérangée et sa

physionomie s'animant, elle me fit l'effet de la déesse de la vengeance.

«Recommencerez-vous... dites... répondez... ingrate... voleuse...»

criait-elle, ponctuant chaque mot d'un furieux coup de verge.

La pauvre Jemima sanglotait et implorait grâce d'une voix brisée, tandis

que des gouttes de sang coulaient le long de ses cuisses, mais la

gouvernante semblait sourde et Sir Eyre paraissait en extase. Quelque

résistante que fût la victime, cela ne pouvait plus, néanmoins, durer

bien longtemps. Terrassée par l'acuité de ses souffrances, Jemima

s'évanouit et il nous fallut lui asperger la figure d'eau fraîche pour

la ranimer. On la couvrit d'un manteau et on la conduisit dans sa

chambre où on la laissa seule.

--A votre tour, Rosa, me dit alors le général tenant en mains une verge

fraîche et souple; embrassez la verge et apprêtez-vous.

Sachant à peine ce que je faisais, je m'inclinai et donnai le baiser

ordonné. En un rien de temps, Mme Mansell et Jane m'eurent préparée, car

je demeurais passive, et dès que je fus exposée en plein, les membres

bien écartés, le général reprit son rôle.

--Vous avez pu voir, me dit-il, par l'exemple de Jemima, comme je suis

sévère à l'occasion, peut-être n'avez-vous pas compris la gravité de la

réponse que vous m'avez faite aujourd'hui, aussi, suis-je enclin à être

indulgent pour cette fois; mais, souvenez-vous, pour l'avenir, si vous

vous en tirez à bon compte aujourd'hui, qu'un mensonge est préférable à

une réponse évasive. Je crois que la dernière fessée a produit son

effet, car vous vous comportez ce soir tout autrement. Ainsi,

souvenez-vous... souvenez-vous... Souvenez-vous...

Il me cinglait le derrière à chaque mot. J'implorais grâce, promettant

d'être sincère à l'avenir. Après une vingtaine de coups qui me mirent

les fesses en feu: «Je vous tiens quitte pour aujourd'hui, fit-il en

m'octroyant une dernière cinglade, mais si violente que, cette fois, le

sang se montra sur mes fesses déjà empourprées.

Je termine ici ma seconde lettre.

Croyez-moi votre amie dévouée.

Rosa BELINDA COOTE.

Mémoires de Miss Coote: Exploits d'une fouetteuse britannique racontés par elle-même · 第 3 / 14 题