POUR QUELQUES AFFLICTIONS DE LA VIE.

_Pour la perte d'une personne qui nous était chère._

J'ai senti que mon âme s'ennuyait de la vie, parce qu'il s'y est

formé un grand vide, et que la créature qui remplissait mes jours

a passé.

Mon Dieu! pourquoi m'avez-vous enlevé _celui_ ou celle qui

m'était chère?

Heureux celui qui n'est jamais né, car il n'a pas connu les

brisements du coeur et les défaillances de l'âme. Que vous ai-je

fait, ô Seigneur, pour me traiter ainsi? Notre amitié, nos

entretiens, l'échange mutuel de nos coeurs, n'étaient-ils pas

pleins d'innocence? Et pourquoi appesantir ainsi votre main

puissante sur un vermisseau? Ô mon Dieu! pardonnez à ma douleur

insensée! Je sens que je me plains injustement de votre rigueur.

Ne vous avais-je pas oublié pendant le cours de cette amitié

trompeuse; ne portais-je pas à la créature un amour qui n'est dû

qu'au créateur? Votre colère s'est animée en me voyant épris

d'une poussière périssable; vous avez vu que j'avais embarqué mon

coeur sur les flots, que les flots, en s'écoulant, le

déposeraient au fond de l'abîme.

Être éternel, objet qui ne finit point et devant qui tout

s'écroule, seule réalité permanente et stable, vous seul méritez

qu'on s'attache à vous; vous seul comblez les insatiables désirs

de l'homme que vous portez dans vos mains. En vous aimant, plus

d'inquiétudes, plus de crainte de perdre ce qu'on a choisi. Cet

amour réunit l'ardeur, la force, la douceur et une espérance

infinie. En vous contemplant, ô beauté divine! on sent avec

transport que la mort n'étendra jamais ses horribles ombres sur

vos traits divins.

Mais, ô miracle de bonté! je retrouverai dans votre sein l'ami

vertueux que j'ai perdu! Je l'aimerai de nouveau par vous et en

vous, et mon âme entière, en se donnant, se retrouvera unie à

celle de mon ami. Notre attachement divin partagera alors votre

éternité.

Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 4 · 第 67 / 83 题