LE PRÉTENDU TRAITÉ SECRET DE VÉRONE[413].

[Note 413: Ci-dessus, p. 241.]

Le _Constitutionnel_, dans son numéro du 5 avril 1831, rendant compte

de la brochure de Chateaubriand sur _la Restauration et la Monarchie

élective_, fit allusion à un soi-disant _traité secret_, conclu à

Vérone le 22 novembre 1822 et portant la signature de _Chateaubriand_.

Aux termes de ce traité, la France, l'Autriche, la Prusse et la Russie

s'engageaient mutuellement à faire tous leurs efforts pour anéantir le

système représentatif dans toutes les contrées de l'Europe où il

pourrait exister.

Chateaubriand adressa immédiatement au _Constitutionnel_ la lettre

suivante:

_Paris, 6 avril 1831._

Monsieur,

Je viens de lire dans votre journal l'article obligeant que vous

avez bien voulu publier sur ma brochure de _la Restauration et de

la Monarchie élective_. J'y ai remarqué une phrase qui me force à

vous importuner; cette phrase est celle-ci: «Ce sont vos anciens

amis qui ont souvent dit et toujours pensé _ce que vous avez eu

le malheur de signer au congrès de Vérone contre le gouvernement

constitutionnel_.»

Permettez-moi, Monsieur, de m'étonner qu'un journal aussi

accrédité et aussi bien informé des affaires du monde que le

vôtre, ait jamais pu croire à l'authenticité de la misérable

pièce, que l'on a donnée comme un traité signé par moi au congrès

de Vérone. On oublie que je n'assistais à ce congrès que comme

ambassadeur de France à Londres, que j'avais pour collègues M. le

comte de la Ferronnays, ambassadeur de France en Russie; M. le

marquis de Caraman, ambassadeur de France à Vienne; M. le comte

de Serre, ambassadeur de France à Naples; et qu'enfin M. le duc

(alors vicomte) Mathieu de Montmorency, MINISTRE DES AFFAIRES

ÉTRANGÈRES DE FRANCE, était le véritable représentant de la cour

de France au congrès.

Et ce serait moi, dont les opinions libérales me rendaient si

suspect au cabinet de Vienne; moi que ce cabinet voyait d'un si

mauvais oeil à Vérone; ce serait moi, _simple ambassadeur_, qu'on

aurait choisi pour signer avec les _ministres des affaires

étrangères de Russie, d'Autriche et de Prusse_, un traité contre

les gouvernements constitutionnels lorsque le _ministre des

affaires étrangères de France_, mon propre ministre, était là

auprès de moi!

La supposition est trop absurde: il a fallu toute l'autorité dont

jouit votre journal pour que j'aie daigné la relever. Je l'avais

vu traîner ailleurs avec tout le mépris qu'elle méritait de ma

part. Je dois ajouter, pour l'honneur de la mémoire de M. de

Montmorency et la justification des ambassadeurs français, mes

collègues à Vérone, que jamais le prétendu traité, publié comme

pièce officielle, n'a existé, que c'est une grossière invention,

aussi dénuée de vraisemblance que de vérité.

J'ose croire. Monsieur, que cette lettre suffira pour tirer

d'erreur les journaux de bonne foi qui ont fait mention de cette

pièce: je renonce d'avance à convaincre ceux qu'animeraient

l'esprit de parti et des inimitiés personnelles.

J'ai l'honneur, etc.

Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 4 · 第 58 / 83 题