LES HABITANTS DES ÎLES OCÉANIQUES.

Nous arrivons maintenant à la dernière des trois classes de faits

que j'ai choisis comme présentant les plus grandes difficultés,

relativement à la distribution, dans l'hypothèse que non seulement

tous les individus de la même espèce ont émigré d'un point unique,

mais encore que toutes les espèces alliées, bien qu'habitant

aujourd'hui les localités les plus éloignées, proviennent d'une

unique station -- berceau de leur premier ancêtre. J'ai déjà

indiqué les raisons qui me font repousser l'hypothèse de

l'extension des continents pendant la période des espaces

actuelles, ou, tout au moins, une extension telle que les

nombreuses îles des divers océans auraient reçu leurs habitants

terrestres par suite de leur union avec un continent. Cette

hypothèse lève bien des difficultés, mais elle n'explique aucun

des faits relatifs aux productions insulaires. Je ne m'en tiendrai

pas, dans les remarques qui vont suivre, à la seule question de la

dispersion, mais j'examinerai certains autres faits, qui ont

quelque portée sur la théorie des créations indépendantes ou sur

celle de la descendance avec modifications.

Les espèces de toutes sortes qui peuplent les îles océaniques sont

en petit nombre, si on les compare à celles habitant des espaces

continentaux d'égale étendue; Alph. de Candolle admet ce fait pour

les plantes, et Wollaston pour les insectes. La Nouvelle-Zélande,

par exemple, avec ses montagnes élevées et ses stations variées,

qui couvre plus de 1250 kilomètres en latitude, jointe aux îles

voisines d'Auckland, de Campbell et de Chatham, ne renferme en

tout que 960 espèces de plantes à fleurs. Si nous comparons ce

chiffre modeste à celui des espèces qui fourmillent sur des

superficies égales dans le sud-ouest de l'Australie ou au cap de

Bonne-Espérance, nous devons reconnaître qu'une aussi grande

différence en nombre doit provenir de quelque cause tout à fait

indépendante d'une simple différence dans les conditions

physiques. Le comté de Cambridge, pourtant si uniforme, possède

847 espèces de plantes, et la petite île d'Anglesea, 764; il est

vrai que quelques fougères et, une petite quantité de plantes

introduites par l'homme sont comprises dans ces chiffres, et que,

sous plusieurs rapports, la comparaison n'est pas très juste. Nous

avons la preuve que l'île de l'Ascension, si stérile, ne possédait

pas primitivement plus d'une demi-douzaine d'espèces de plantes à

fleurs; cependant, il en est un grand nombre qui s'y sont

acclimatées, comme à la Nouvelle-Zélande, ainsi que dans toutes

les îles océaniques connues. À Sainte-Hélène, il y a toute raison

de croire que les plantes et les animaux acclimatés ont exterminé,

ou à peu près, un grand nombre de productions indigènes. Quiconque

admet la doctrine des créations séparées pour chaque espèce devra

donc admettre aussi que le nombre suffisant des plantes et des

animaux les mieux adaptés n'a pas été créé pour les îles

océaniques, puisque l'homme les a involontairement peuplées plus

parfaitement et plus richement que ne l'a fait la nature.

Bien que, dans les îles océaniques, les espèces soient peu

nombreuses, la proportion des espèces endémiques, c'est-à-dire qui

ne se trouvent nulle part ailleurs sur le globe, y est souvent

très grande. On peut établir la vérité de cette assertion en

comparant, par exemple, le rapport entre la superficie des

terrains et le nombre des coquillages terrestres spéciaux à l'île

de Madère, ou le nombre des oiseaux endémiques de l'archipel des

Galapagos avec le nombre de ceux habitant un continent quelconque.

Du reste, ce fait pouvait être théoriquement prévu car, comme nous

l'avons déjà expliqué, des espèces arrivant de loin en loin dans

un district isolé et nouveau, et ayant à entrer en lutte avec de

nouveaux concurrents, doivent être, éminemment sujettes à se

modifier et doivent souvent produire des groupes de descendants

modifiés. Mais de ce que, dans une île, presque toutes les espèces

d'une classe sont particulières à cette station, il n'en résulte

pas nécessairement que celles d'une autre classe ou d'une autre

section de la même classe doivent l'être aussi; cette différence

semble provenir en partie de ce que les espèces non modifiées ont

émigré en troupe, de sorte que leurs rapports réciproques n'ont

subi que peu de perturbation, et, en partie, de l'arrivée

fréquente d'immigrants non modifiés, venant de la même patrie,

avec lesquels les formes insulaires se sont croisées.

Il ne faut pas oublier que les descendants de semblables

croisements doivent presque certainement gagner en vigueur; de

telle sorte qu'un croisement accidentel suffirait pour produire

des effets plus considérables qu'on ne pourrait s'y attendre.

Voici quelques exemples à l'appui des remarques qui précèdent.

Dans les îles Galapagos, on trouve vingt-six espèces d'oiseaux

terrestres, dont vingt et une, ou peut-être même vingt-trois, sont

particulières à ces îles, tandis que, sur onze espèces marines,

deux seulement sont propres à l'archipel; il est évident, en

effet, que les oiseaux marins peuvent arriver dans ces îles

beaucoup plus facilement et beaucoup plus souvent que les oiseaux

terrestres. Les Bermudes, au contraire, qui sont situées à peu

près à la même distance de l'Amérique du Nord que les îles

Galapagos de l'Amérique du Sud, et qui ont un sol tout

particulier, ne possèdent pas un seul oiseau terrestre endémique;

mais nous savons, par la belle description des Bermudes que nous

devons à M. J -M. Jones, qu'un très grand nombre d'oiseaux de

l'Amérique du Nord visitent fréquemment cette île. M. E.-V.

Harcourt m'apprend que, presque tous les ans, les vents emportent

jusqu'à Madère beaucoup d'oiseaux d'Europe et d'Afrique. Cette île

est habitée par quatre-vingt-dix-neuf espèces d'oiseaux, dont une

seule lui est propre, bien que très étroitement alliée à une

espèce européenne; trois ou quatre autres espèces sont confinées à

Madère et aux Canaries. Les Bermudes et Madère ont donc été

peuplées, par les continents voisins, d'oiseaux qui, pendant de

longs siècles, avaient déjà lutté les uns avec les autres dans

leurs patries respectives, et qui s'étaient mutuellement adaptés

les uns aux autres. Une fois établie dans sa nouvelle station,

chaque espèce a dû être maintenue par les autres dans ses propres

limites et dans ses anciennes habitudes, sans présenter beaucoup

de tendance à des modifications, que le croisement avec les formes

non modifiées, venant de temps à autre de la mère patrie, devait

contribuer d'ailleurs à réprimer. Madère est, en outre, habitée

par un nombre considérable de coquillages terrestres qui lui sont

propres, tandis que pas une seule espèce de coquillages marins

n'est particulière à ses côtes; or, bien que nous ne connaissions

pas le mode de dispersion des coquillages marins, il est cependant

facile de comprendre que leurs oeufs ou leurs larves adhérant

peut-être à des plantes marines ou à des bois flottants ou bien

aux pattes des échassiers, pourraient être transportés bien plus

facilement que des coquillages terrestres, à travers 400 ou 500

kilomètres de pleine mer. Les divers ordres d'insectes habitant

Madère présentent des cas presque analogues.

Les îles océaniques sont quelquefois dépourvues de certaines

classes entières d'animaux dont la place est occupée par d'autres

classes; ainsi, des reptiles dans les îles Galapagos, et des

oiseaux aptères gigantesques à la Nouvelle-Zélande, prennent la

place des mammifères. Il est peut-être douteux qu'on doive

considérer la Nouvelle-Zélande comme une île océanique, car elle

est très grande et n'est séparée de l'Australie que par une mer

peu profonde; le révérend W.-B. Clarke, se fondant sur les

caractères géologiques de cette île et sur la direction des

chaînes de montagnes, a récemment soutenu l'opinion qu'elle

devait, ainsi que la Nouvelle-Calédonie, être considérée comme une

dépendance de l'Australie. Quant aux plantes, le docteur Hooker a

démontré que, dans les îles Galapagos, les nombres proportionnels

des divers ordres sont très différents de ce qu'ils sont ailleurs.

On explique généralement toutes ces différences en nombre, et

l'absence de groupes entiers de plantes et d'animaux sur les îles,

par des différences supposées dans les conditions physiques; mais

l'explication me paraît peu satisfaisante, et je crois que les

facilités d'immigration ont dû jouer un rôle au moins aussi

important que la nature des conditions physiques.

On pourrait signaler bien des faits remarquables relatifs aux

habitants des îles océaniques. Par exemple, dans quelques îles où

il n'y a pas un seul mammifère, certaines plantes indigènes ont de

magnifiques graines à crochets; or, il y a peu de rapports plus

évidents que l'adaptation des graines à crochets avec un transport

opéré au moyen de la laine ou de la fourrure des quadrupèdes. Mais

une graine armée de crochets peut être portée dans une autre île

par d'autres moyens, et la plante, en se modifiant, devient une

espèce endémique conservant ses crochets, qui ne constituent pas

un appendice plus inutile que ne le sont les ailes rabougries qui,

chez beaucoup de coléoptères insulaires, se cachent sous leurs

élytres soudées. On trouve souvent encore dans les îles, des

arbres ou des arbrisseaux appartenant à des ordres qui, ailleurs,

ne contiennent que des plantes herbacées; or, les arbres, ainsi

que l'a démontré A. de Candolle, ont généralement, quelles qu'en

puissent être les causes, une distribution limitée. Il en résulte

que les arbres ne pourraient guère atteindre les îles océaniques

éloignées. Une plante herbacée qui, sur un continent, n'aurait que

peu de chances de pouvoir soutenir la concurrence avec les grands

arbres bien développés qui occupent le terrain, pourrait,

transplantée dans une île, l'emporter sur les autres plantes

herbacées en devenant toujours plus grande et en les dépassant. La

sélection naturelle, dans ce cas, tendrait à augmenter la stature

de la plante, à quelque ordre qu'elle appartienne, et par

conséquent à la convertir en un arbuste d'abord et en un arbre

ensuite.

ABSENCE DE BATRACIENS ET DE MAMMIFÈRES TERRESTRES DANS LES ÎLES

OCÉANIQUES.

Quant à l'absence d'ordres entiers d'animaux dans les îles

océaniques, Bory Saint-Vincent a fait remarquer, il y a longtemps

déjà, qu'on ne trouve jamais de batraciens (grenouilles, crapauds,

salamandres) dans les nombreuses îles dont les grands océans sont

parsemés. Les recherches que j'ai faites pour vérifier cette

assertion en ont confirmé l'exactitude, si l'on excepte la

Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie, les îles Andaman et peut-

être les îles Salomon et les îles Seychelles. Mais, j'ai déjà fait

remarquer combien il est douteux qu'on puisse compter la Nouvelle-

Zélande et la Nouvelle-Calédonie au nombre des îles océaniques et

les doutes sont encore plus grands quand il s'agit des îles

Andaman, des îles Salomon et des Seychelles. Ce n'est pas aux

conditions physiques qu'on peut attribuer cette absence générale

de batraciens dans un si grand nombre d'îles océaniques, car elles

paraissent particulièrement propres à l'existence de ces animaux,

et, la preuve, c'est que des grenouilles introduites à Madère, aux

Açores et à l'île Maurice s'y sont multipliées au point de devenir

un fléau. Mais, comme ces animaux ainsi que leur frai sont

immédiatement tués par le contact de l'eau de mer, à l'exception

toutefois d'une espèce indienne, leur transport par cette voie

serait très difficile, et, en conséquence, nous pouvons comprendre

pourquoi ils n'existent sur aucune île océanique. Il serait, par

contre, bien difficile d'expliquer pourquoi, dans la théorie des

créations indépendantes, il n'en aurait pas été créé dans ces

localités.

Les mammifères offrent un autre cas analogue. Après avoir compulsé

avec soin les récits des plus anciens voyageurs, je n'ai pas

trouvé un seul témoignage certain de l'existence d'un mammifère

terrestre, à l'exception des animaux domestiques que possédaient

les indigènes, habitant une île éloignée de plus de 500 kilomètres

d'un continent ou d'une grande île continentale, et bon nombre

d'îles plus rapprochées de la terre ferme en sont égaiement

dépourvues. Les îles Falkland, qu'habite un renard ressemblant au

loup, semblent faire exception à cette règle; mais ce groupe ne

peut pas être considéré comme océanique, car il repose sur un banc

qui se rattache à la terre ferme, distante de 450 kilomètres

seulement; de plus, comme les glaces flottantes ont autrefois

charrié des blocs erratiques sur sa côte occidentale, il se peut

que des renards aient été transportés de la même manière, comme

cela a encore lieu actuellement dans les régions arctiques. On ne

saurait soutenir, cependant, que les petites îles ne sont pas

propres à l'existence au moins des petits mammifères, car on en

rencontre sur diverses parties du globe dans de très petites îles,

lorsqu'elles se trouvent, dans le voisinage d'un continent. On ne

saurait, d'ailleurs, citer une seule île dans laquelle nos petits

mammifères ne se soient naturalisés et abondamment multipliés. On

ne saurait alléguer non plus, d'après la théorie des créations

indépendantes, que le temps n'a pas été suffisant pour la création

des mammifères; car un grand nombre d'îles volcaniques sont d'une

antiquité très reculée, comme le prouvent les immenses

dégradations qu'elles ont subies et les gisements tertiaires qu'on

y rencontre; d'ailleurs, le temps a été suffisant pour la

production d'espèces endémiques appartenant à d'autres classes; or

on sait que, sur les continents, les mammifères apparaissent et

disparaissent plus rapidement que les animaux inférieurs. Si les

mammifères terrestres font défaut aux îles océaniques presque

toutes ont des mammifères aériens. La Nouvelle-Zélande possède

deux chauves-souris qu'on ne rencontre nulle part ailleurs dans le

monde; l'île Norfolk, l'archipel Fidji, les îles Bonin, les

archipels des Carolines et des îles Mariannes, et l'île Maurice,

possèdent tous leurs chauves-souris particulières. Pourquoi la

force créatrice n'a-t-elle donc produit que des chauves-souris, à

l'exclusion de tous les autres mammifères, dans les îles écartées?

D'après ma théorie, il est facile de répondre à cette question;

aucun mammifère terrestre, en effet, ne peut être transporté à

travers un large bras de mer, mais les chauves-souris peuvent

franchir la distance au vol. On a vu des chauves-souris errer de

jour sur l'océan Atlantique à de grandes distances de la terre, et

deux espèces de l'Amérique du Nord visitent régulièrement, ou

accidentellement les Bermudes, à 1000 kilomètres de la terre

ferme. M. Tomes, qui a étudié spécialement cette famille,

m'apprend que plusieurs espèces ont une distribution considérable,

et se rencontrent sur les continents et dans des îles très

éloignées. Il suffit donc de supposer que des espèces errantes se

sont modifiées dans leurs nouvelles stations pour se mettre en

rapport avec les nouveaux milieux dans lesquels elles se trouvent,

et nous pouvons alors comprendre pourquoi il peut y avoir, dans

les îles océaniques, des chauves-souris endémiques, en l'absence

de tout autre mammifère terrestre.

Il y a encore d'autres rapports intéressants à constater entre la

profondeur des bras de mer qui séparent les îles, soit les unes

des autres, soit des continents les plus voisins, et le degré

d'affinité des mammifères qui les habitent. M. Windsor Earl a fait

sur ce point quelques observations remarquables, observations

considérablement développées depuis par les belles recherches de

M. Wallace sur le grand archipel malais, lequel est traversé, près

des Célèbes, par un bras de mer profond, qui marque une séparation

complète entre deux faunes très distinctes de mammifères. De

chaque côté de ce bras de mer, les îles reposent sur un banc sous-

marin ayant une profondeur moyenne, et sont peuplées de mammifères

identiques ou très étroitement alliés. Je n'ai pas encore eu le

temps d'étudier ce sujet pour toutes les parties du globe, mais

jusqu'à présent j'ai trouvé que le rapport est assez général.

Ainsi, les mammifères sont les mêmes en Angleterre que dans le

reste de l'Europe, dont elle n'est séparée que par un détroit peu

profond; il en est de même pour toutes les îles situées près des

côtes de l'Australie. D'autre part, les îles formant les Indes

occidentales sont situées sur un banc submergé à une profondeur

d'environ 1 000 brasses; nous y trouvons les formes américaines,

mais les espèces et même les genres sont tout à fait distincts.

Or, comme la somme des modifications que les animaux de tous

genres peuvent éprouver dépend surtout du laps de temps écoulé, et

que les îles séparées du continent ou des îles voisines par des

eaux peu profondes ont dû probablement former une région continue

à une époque plus récente que celles qui sont séparées par des

détroits d'une grande profondeur, il est facile de comprendre

qu'il doive exister un rapport entre la profondeur de la mer

séparant deux faunes de mammifères, et le degré de leurs

affinités; -- rapport qui, dans la théorie des créations

indépendantes, demeure inexplicable.

Les faits qui précèdent relativement aux habitants des îles

océaniques, c'est-à-dire: le petit nombre des espèces, joint à la

forte proportion des formes endémiques, -- les modifications

qu'ont subies les membres de certains groupes, sans que d'autres

groupes appartenant à la même classe aient été modifiés, --

l'absence d'ordres entiers tels que les batraciens et les

mammifères terrestres, malgré la présence de chauves-souris

aériennes, -- les proportions singulières de certains ordres de

plantes, -- le développement des formes herbacées en arbres, etc.,

-- me paraissent s'accorder beaucoup mieux avec l'opinion que les

moyens occasionnels de transport ont une efficacité suffisante

pour peupler les îles, à condition qu'ils se continuent pendant de

longues périodes, plutôt qu'avec la supposition que toutes les

îles océaniques ont été autrefois rattachées au continent le plus

rapproché. Dans cette dernière hypothèse, en effet, il est

probable que les diverses classes auraient immigré d'une manière

plus uniforme, et qu'alors, les relations mutuelles des espèces

introduites en grandes quantités étant peu troublées, elles ne se

seraient pas modifiées ou l'auraient fait d'une manière plus

égale.

Je ne prétends pas dire qu'il ne reste pas encore beaucoup de

sérieuses difficultés pour expliquer comment la plupart des

habitants des îles les plus éloignées ont atteint leur patrie

actuelle, comment il se fait qu'ils aient conservé leurs formes

spécifiques ou qu'ils se soient ultérieurement modifiés. Il faut

tenir compte ici de la probabilité de l'existence d'îles

intermédiaires, qui ont pu servir de point de relâche, mais qui,

depuis, ont disparu. Je me contenterai de citer un des cas les

plus difficiles. Presque toutes les îles océaniques, même les plus

petites et les plus écartées, sont habitées par des coquillages

terrestres appartenant généralement à des espèces endémiques, mais

quelquefois aussi par des espèces qui se trouvent ailleurs -- fait

dont le docteur A. -A. Gould a observé des exemples frappants dans

le Pacifique. Or, on sait que les coquillages terrestres sont

facilement tués par l'eau de mer; leurs oeufs, tout au moins ceux

que j'ai pu soumettre à l'expérience, tombent au fond et

périssent. Il faut cependant qu'il y ait eu quelque moyen de

transport inconnu, mais efficace. Serait-ce peut-être par

l'adhérence des jeunes nouvellement éclos aux pattes des oiseaux?

J'ai pensé que les coquillages terrestres, pendant la saison

d'hibernation et alors que l'ouverture de leur coquille est fermée

par un diaphragme membraneux, pourraient peut-être se conserver

dans les fentes de bois flottant et traverser ainsi des bras de

mer assez larges. J'ai constaté que plusieurs espèces peuvent,

dans cet état, résister à l'immersion dans l'eau de mer pendant

sept jours. Une _Helix pomatia_, après avoir subi ce traitement,

fut remise, lorsqu'elle hiverna de nouveau, pendant vingt jours

dans l'eau de mer, et résista parfaitement. Pendant ce laps de

temps, elle eût pu être transportée par un courant marin ayant une

vitesse moyenne à une distance de 660 milles géographiques. Comme

cette helix a un diaphragme calcaire très épais, je l'enlevai, et

lorsqu'il fut remplacé par un nouveau diaphragme membraneux, je la

replaçai dans l'eau de mer pendant quatorze jours, au bout

desquels l'animal, parfaitement intact, s'échappa. Des expériences

semblables ont été dernièrement entreprises par le baron

Aucapitaine; il mit, dans une boîte percée de trous, cent

coquillages terrestres, appartenant à dix espèces, et plongea le

tout dans la mer pendant quinze jours. Sur les cent coquillages,

vingt-sept se rétablirent. La présence du diaphragme paraît avoir

une grande importance, car, sur douze spécimens de _Cyclostoma

elegans_ qui en étaient pourvus, onze ont survécu. Il est

remarquable, vu la façon dont l'_Helix pomatia_ avait résisté dans

mes essais à l'action de l'eau salée, que pas un des cinquante-

quatre spécimens d'helix appartenant à quatre espèces, qui

servirent aux expériences du baron Aucapitaine, n'ait survécu. Il

est toutefois peu probable que les coquillages terrestres aient

été souvent transportés ainsi; le mode de transport par les pattes

des oiseaux est le plus vraisemblable.

SUR LES RAPPORTS ENTRE LES HABITANTS DES ÎLES ET CEUX DU CONTINENT

LE PLUS RAPPROCHÉ.

Le fait le plus important pour nous est l'affinité entre les

espèces qui habitent les îles et celles qui habitent le continent

le plus voisin, sans que ces espèces soient cependant identiques.

On pourrait citer de nombreux exemples de ce fait. L'archipel

Galapagos est situé sous l'équateur, à 800 ou 900 kilomètres des

côtes de l'Amérique du Sud. Tous les produits terrestres et

aquatiques de cet archipel portent l'incontestable cachet du type

continental américain. Sur vingt-six oiseaux terrestres, vingt et

un, ou peut-être même vingt-trois, sont considérés comme des

espèces si distinctes, qu'on les suppose créées dans le lieu même;

pourtant rien n'est plus manifeste que l'affinité étroite qu'ils

présentent avec les oiseaux américains par tous leurs caractères,

par leurs moeurs, leurs gestes et les intonations de leur voix. Il

en est de même pour les autres animaux et pour la majorité des

plantes, comme le prouve le docteur Hooker dans son admirable

ouvrage sur la flore de cet archipel. En contemplant les habitants

de ces îles volcaniques isolées dans le Pacifique, distantes du

continent de plusieurs centaines de kilomètres, le naturaliste

sent cependant qu'il est encore sur une terre américaine. Pourquoi

en est-il ainsi? pourquoi ces espèces, qu'on suppose avoir été

créées dans l'archipel Galapagos, et nulle part ailleurs, portent-

elles si évidemment cette empreinte d'affinité avec les espèces

créées en Amérique? Il n'y a rien, dans les conditions

d'existence, dans la nature géologique de ces îles, dans leur

altitude ou leur climat, ni dans les proportions suivant

lesquelles les diverses classes y sont associées, qui ressemble

aux conditions de la côte américaine; en fait, il y a même une

assez grande dissemblance sous tous les rapports. D'autre part, il

y a dans la nature volcanique du sol, dans le climat, l'altitude

et la superficie de ces îles, une grande analogie entre elles et

les îles de l'archipel du Cap-Vert; mais quelle différence

complète et absolue au point de vue des habitants! La population

de ces dernières a les mêmes rapports avec les habitants de

l'Afrique que les habitants des Galapagos avec les formes

américaines. La théorie des créations indépendantes ne peut

fournir aucune explication de faits de cette nature. Il est

évident, au contraire, d'après la théorie que nous soutenons, que

les îles Galapagos, soit par suite d'une ancienne continuité avec

la terre ferme (bien que je ne partage pas cette opinion), soit

par des moyens de transport éventuels, ont dû recevoir leurs

habitants d'Amérique, de même que les îles du Cap-Vert ont reçu

les leurs de l'Afrique; les uns et les autres ont dû subir des

modifications, mais ils trahissent toujours leur lieu d'origine en

vertu du principe d'hérédité.

On pourrait citer bien des faits analogues; c'est, en effet, une

loi presque universelle que les productions indigènes d'une île

soient en rapport de parenté étroite avec celles des continents ou

des îles les plus rapprochées. Les exceptions sont rares et

s'expliquent pour la plupart. Ainsi, bien que l'île de Kerguelen

soit plus rapprochée de l'Afrique que de l'Amérique, les plantes

qui l'habitent sont, d'après la description qu'en a faite le

docteur Hooker, en relation très étroite avec les formes

américaines; mais cette anomalie disparaît, car il faut admettre

que cette île a dû être principalement peuplée par les graines

charriées avec de la terre et des pierres par les glaces

flottantes poussées par les courants dominants. Par ses plantes

indigènes, la Nouvelle-Zélande a, comme on pouvait s'y attendre,

des rapports beaucoup plus étroits avec l'Australie, la terre

ferme la plus voisine, qu'avec aucune autre région; mais elle

présente aussi avec l'Amérique du Sud des rapports marqués, et ce

continent, bien que venant immédiatement après l'Australie sous le

rapport de la distance, est si éloigné, que le fait paraît presque

anormal. La difficulté disparaît, toutefois, dans l'hypothèse que

la Nouvelle-Zélande, l'Amérique du Sud et d'autres régions

méridionales ont été peuplées en partie par des formes venues d'un

point intermédiaire, quoique éloigné, les îles antarctiques, alors

que, pendant une période tertiaire chaude, antérieure à la

dernière période glaciaire, elles étaient recouvertes de

végétation. L'affinité, faible sans doute, mais dont le docteur

Hooker affirme la réalité, qui se remarque entre la flore de la

partie sud-ouest de l'Australie et celle du cap de Bonne-

Espérance, est un cas encore bien plus remarquable; cette

affinité, toutefois, est limitée aux plantes, et sera sans doute

expliquée quelque jour.

La loi qui détermine la parenté entre les habitants des îles et

ceux de la terre ferme la plus voisine se manifeste parfois sur

une petite échelle, mais d'une manière très intéressante dans les

limites d'un même archipel. Ainsi, chaque île de l'archipel

Galapagos est habitée, et le fait est merveilleux, par plusieurs

espèces distinctes, mais qui ont des rapports beaucoup plus

étroits les unes avec les autres qu'avec les habitants du

continent américain ou d'aucune autre partie du monde. C'est bien

ce à quoi on devait s'attendre, car des îles aussi rapprochées

doivent nécessairement avoir reçu des émigrants soit de la même

source originaire, soit les unes des autres. Mais comment se fait-

il que ces émigrants ont été différemment modifiés, quoiqu'à un

faible degré, dans les îles si rapprochées les unes des autres,

ayant la même nature géologique, la même altitude, le même climat,

etc.? Ceci m'a longtemps embarrassé; mais la difficulté provient

surtout de la tendance erronée, mais profondément enracinée dans

notre esprit, qui nous porte à toujours regarder les conditions

physiques d'un pays comme le point le plus essentiel; tandis qu'il

est incontestable que la nature des autres habitants, avec

lesquels chacun est en lutte, constitue un point tout aussi

essentiel, et qui est généralement un élément de succès beaucoup

plus important. Or, si nous examinons les espèces qui habitent les

îles Galapagos, et qui se trouvent également dans d'autres parties

du monde, nous trouvons qu'elles diffèrent beaucoup dans les

diverses îles. Cette différence était à prévoir, si l'on admet que

les îles ont été peuplées par des moyens accidentels de transport,

une graine d'une plante ayant pu être apportée dans une île, par

exemple, et celle d'une plante différente dans une autre, bien que

toutes deux aient une même origine générale. Il en résulte que,

lorsque autrefois un immigrant aura pris pied sur une des îles, ou

aura ultérieurement passé de l'une à l'autre, il aura sans doute

été exposé dans les diverses îles à des conditions différentes;

car il aura eu à lutter contre des ensembles d'organismes

différents; une plante, par exemple trouvant le terrain qui lui

est le plus favorable occupé par des formes un peu diverses

suivant les îles, aura eu à résister aux attaques d'ennemis

différents. Si cette plante s'est alors mise à varier, la

sélection naturelle aura probablement favorisé dans chaque île des

variétés également un peu différentes. Toutefois, quelques espèces

auront pu se répandre et conserver leurs mêmes caractères dans

tout l'archipel, de même que nous voyons quelques espèces

largement disséminées sur un continent rester partout les mêmes.

Le fait réellement surprenant dans l'archipel Galapagos, fait que

l'on remarque aussi à un moindre degré dans d'autres cas

analogues, c'est que les nouvelles espèces une fois formées dans

une île ne se sont pas répandues promptement dans les autres. Mais

les îles, bien qu'en vue les unes des autres, sont séparées par

des bras de mer très profonds, presque toujours plus larges que la

Manche, et rien ne fait, supposer qu'elles aient été autrefois

réunies. Les courants marins qui traversent l'archipel sont très

rapides, et les coups de vent extrêmement rares, de sorte que les

îles sont, en fait, beaucoup plus séparées les unes des autres

qu'elles ne le paraissent sur la carte. Cependant, quelques-unes

des espèces spéciales à l'archipel ou qui se trouvent dans

d'autres parties du globe, sont communes aux diverses îles, et

nous pouvons conclure de leur distribution actuelle qu'elles ont

dû passer d'une île à l'autre. Je crois, toutefois, que nous nous

trompons souvent en supposant que les espèces étroitement alliées

envahissent nécessairement le territoire les unes des autres,

lorsqu'elles peuvent librement communiquer entre elles. Il est

certain que, lorsqu'une espèce est douée de quelque supériorité

sur une autre, elle ne tarde pas à la supplanter en tout ou en

partie; mais il est probable que toutes deux conservent leur

position respective pendant très longtemps, si elles sont

également bien adaptées à la situation quelles occupent. Le fait

qu'un grand nombre d'espèces naturalisées par l'intervention de

l'homme, se sont répandues avec une étonnante rapidité sur de

vastes surfaces, nous porte à conclure que la plupart des espèces

ont dû se répandre de même; mais il faut se rappeler que les

espèces qui s'acclimatent dans des pays nouveaux ne sont

généralement pas étroitement alliées aux habitants indigènes; ce

sont, au contraire, des formes très distinctes, appartenant dans

la plupart des cas, comme l'a démontré Alph. de Candolle, à des

genres différents. Dans l'archipel Galapagos, un grand nombre

d'oiseaux, quoique si bien adaptés pour voler d'île en île, sont

distincts dans chacune d'elles; c'est ainsi qu'on trouve trois

espèces étroitement alliées de merles moqueurs, dont chacune est

confinée dans une île distincte. Supposons maintenant que le merle

moqueur de l'île Chatham soit emporté par le vent dans l'île

Charles, qui possède le sien; pourquoi réussirait-il à s'y

établir? Nous pouvons admettre que l'île Charles est suffisamment

peuplée par son espèce locale, car chaque année il se pond plus

d'oeufs et il s'élève plus de petits qu'il n'en peut survivre, et

nous devons également croire que l'espèce de l'île Charles est au

moins aussi bien adaptée à son milieu que l'est celle de l'île

Chatham. Je dois à sir C. Lyell et à M. Wollaston communication

d'un fait remarquable en rapport avec cette question: Madère et la

petite île adjacente de Porto Santo possèdent plusieurs espèces

distinctes, mais représentatives, de coquillages terrestres, parmi

lesquels il en est quelques-uns qui vivent dans les crevasses des

rochers; or, on transporte annuellement de Porto Santo à Madère de

grandes quantités de pierres, sans que l'espèce de la première île

se soit jamais introduite dans la seconde, bien que les deux îles

aient été colonisées par des coquillages terrestres européens,

doués sans doute de quelque supériorité sur les espèces indigènes.

Je pense donc qu'il n'y a pas lieu d'être surpris de ce que les

espèces indigènes qui habitent les diverses îles de l'archipel

Galapagos ne se soient pas répandues d'une île à l'autre.

L'occupation antérieure a probablement aussi contribué dans une

grande mesure, sur un même continent, à empêcher le mélange

d'espèces habitant des régions distinctes, bien qu'offrant des

conditions physiques semblables. C'est ainsi que les angles sud-

est et sud-ouest de l'Australie, bien que présentant des

conditions physiques à peu près analogues, et bien que formant un

tout continu, sont cependant peuplés par un grand nombre de

mammifères, d'oiseaux et de végétaux distincts; il en est de même,

selon M. Bates, pour les papillons et les autres animaux qui

habitent la grande vallée ouverte et continue des Amazones.

Le principe qui règle le caractère général des habitants des îles

océaniques, c'est-à-dire leurs rapports étroits avec la région qui

a pu le plus facilement leur envoyer des colons, ainsi que leur

modification ultérieure, est susceptible de nombreuses

applications dans la nature; on en voit la preuve sur chaque

montagne, dans chaque lac et dans chaque marais. Les espèces

alpines, en effet, si l'on en excepte celles qui, lors de la

dernière période glaciaire, se sont largement répandues, se

rattachent aux espèces habitant les basses terres environnantes

Ainsi, dans l'Amérique du Sud, on trouve des espèces alpines

d'oiseaux-mouches, de rongeurs, de plantes, etc., toutes formes

appartenant à des types strictement américains; il est évident, en

effet, qu'une montagne, pendant son lent soulèvement, a dû être

colonisée par les habitants des plaines adjacentes. Il en est de

même des habitants des lacs et des marais, avec cette réserve que

de plus grandes facilités de dispersion ont contribué à répandre

les mêmes formes dans plusieurs parties du monde. Les caractères

de la plupart des animaux aveugles qui peuplent les cavernes de

l'Amérique et de l'Europe, ainsi que d'autres cas analogues

offrent les exemples de l'application du même principe. Lorsque

dans deux régions, quelque éloignées qu'elles soient l'une de

l'autre, on rencontre beaucoup d'espèces étroitement alliées ou

représentatives, on y trouve également quelques espèces

identiques; partout où l'on rencontre beaucoup d'espèces

étroitement alliées, on rencontre aussi beaucoup de formes que

certains naturalistes classent comme des espèces distinctes et

d'autres comme de simples variétés; ce sont là deux points qui, à

mon avis, ne sauraient être contestés; or, ces formes douteuses

nous indiquent les degrés successifs de la marche progressive de

la modification.

On peut démontrer d'une manière plus générale le rapport qui

existe entre l'énergie et l'étendue des migrations de certaines

espèces, soit dans les temps actuels, soit à une époque

antérieure, et l'existence d'espèces étroitement alliées sur des

points du globe très éloignés les uns des autres. M. Gould m'a

fait remarquer, il y a longtemps, que les genres d'oiseaux

répandus dans le monde entier comportent beaucoup d'espèces qui

ont une distribution très considérable. Je ne mets pas en doute la

vérité générale de cette assertion, qu'il serait toutefois

difficile de prouver. Les chauves-souris et, à un degré un peu

moindre, les félidés et les canidés nous en offrent chez les

mammifères un exemple frappant. La même loi gouverne la

distribution des papillons et des coléoptères, ainsi que celle de

la plupart des habitants des eaux douces, chez lesquels un grand

nombre de genres, appartenant aux classes les plus distinctes,

sont répandus dans le monde entier et renferment beaucoup

d'espèces présentant également une distribution très étendue. Ce

n'est pas que toutes les espèces des genres répandus dans le monde

entier, aient toujours une grande distribution ni qu'elles aient

même une distribution moyenne très considérable, car cette

distribution dépend beaucoup du degré de leurs modifications. Si,

par exemple, deux variétés d'une même espèce habitent, l'une

l'Amérique, l'autre l'Europe, l'espèce aura une vaste

distribution; mais, si la variation est poussée au point que l'on

considère les deux variétés comme des espèces, la distribution en

sera aussitôt réduite de beaucoup. Nous n'entendons pas dire non

plus que les espèces aptes à franchir les barrières et à se

répandre au loin, telles que certaines espèces d'oiseaux au vol

puissant, ont nécessairement une distribution très étendue, car il

faut toujours se rappeler que l'extension d'une espèce implique

non seulement l'aptitude à franchir les obstacles, mais la faculté

bien plus inopérante de pouvoir, sur un sol étranger, l'emporter

dans la lutte pour l'existence sur les formes qui l'habitent.

Mais, dans l'hypothèse que toutes les espèces d'un même genre,

bien qu'actuellement réparties sur divers points du globe souvent

très éloignés les uns des autres, descendent d'un unique ancêtre,

nous devions pouvoir constater, et nous constatons généralement en

effet, que quelques espèces au moins présentent une distribution

considérable.

Nous devons nous rappeler que beaucoup de genres dans toutes les

classes sont très anciens et que les espèces qu'ils comportent ont

eu, par conséquent, amplement le temps de se disséminer et

d'éprouver de grandes modifications ultérieures. Les documents

géologiques semblent prouver aussi que les organismes inférieurs,

à quelque classe qu'ils appartiennent, se modifient moins

rapidement que ceux qui sont plus élevés sur l'échelle; ces

organismes ont, par conséquent, plus de chances de se disperser

plus largement, tout en conservant les mêmes caractères

spécifiques. En outre, les graines et les oeufs de presque tous

les organismes inférieurs sont très petits, et par conséquent plus

propres à être transportés au loin; ces deux causes expliquent

probablement une loi formulée depuis longtemps et que Alph. de

Candolle a récemment discutée en ce qui concerne les plantes, à

savoir: que plus un groupe d'organismes est placé bas sur

l'échelle, plus sa distribution est considérable.

Tous les rapports que nous venons d'examiner, c'est-à-dire la plus

grande dissémination des formes inférieures, comparativement à

celle des formes supérieures; la distribution considérable des

espèces faisant partie de genres eux-mêmes très largement

répandus; les relations qui existent entre les productions

alpines, lacustres, etc., et celles qui habitent les régions

basses environnantes; l'étroite parenté qui unit les habitants des

îles à ceux de la terre ferme la plus rapprochée; la parenté plus

étroite encore entre les habitants distincts d'îles faisant partie

d'un même archipel, sont autant de faits que la théorie de la

création indépendante de chaque espèce ne permet pas d'expliquer;

il devient facile de les comprendre si l'on admet la colonisation

par la source la plus voisine ou la plus accessible, jointe à une

adaptation ultérieure des immigrants aux conditions de leur

nouvelle patrie.

De l'origine des espèces · 第 48 / 58 题