NOTICE HISTORIQUE SUR LES PROGRÈS DE L'OPINION RELATIVE À
L'ORIGINE DES ESPÈCES AVANT LA PUBLICATION DE LA PREMIÈRE ÉDITION
ANGLAISE DU PRÉSENT OUVRAGE.
INTRODUCTION
CHAPITRE I DE LA VARIATION DES ESPÈCES À L'ÉTAT DOMESTIQUE
CAUSES DE LA VARIABILITÉ.
EFFETS DES HABITUDES ET DE L'USAGE OU DU NON-USAGE DES PARTIES;
VARIATION PAR CORRELATION; HÉRÉDITÉ.
CARACTÈRES DES VARIÉTÉS DOMESTIQUES; DIFFICULTÉ DE DISTINGUER
ENTRE LES VARIÉTÉS ET LES ESPÈCES; ORIGINE DES VARIÉTÉS
DOMESTIQUES ATTRIBUÉE À UNE OU À PLUSIEURS ESPÈCE.
RACES DU PIGEON DOMESTIQUE, LEURS DIFFERENCES ET LEUR ORIGINE.
PRINCIPES DE SÉLECTION ANCIENNEMENT APPLIQUÉS ET LEURS EFFETS.
SÉLECTION INCONSCIENTE.
CIRCONSTANCES FAVORABLES À LA SÉLECTION OPERÉE PAR L'HOMME.
CHAPITRE II. DE LA VARIATION À L'ÉTAT DE NATURE.
VARIABILITÉ.
DIFFÉRENCES INDIVIDUELLES.
ESPÈCES DOUTEUSES.
LES ESPÈCES COMMUNES ET TRÈS RÉPANDUES SONT CELLES QUI VARIENT LE
PLUS.
LES ESPÈCES DES GENRES LES PLUS RICHES DANS CHAQUE PAYS VARIENT
PLUS FRÉQUEMMENT QUE LES ESPÈCES DES GENRES MOINS RICHES.
BEAUCOUP D'ESPÈCES COMPRISES DANS LES GENRES LES PLUS RICHES
RESSEMBLENT À DES VARIÉTÉS EN CE QU'ELLES SONT TRÈS ÉTROITEMENT,
MAIS INÉGALEMENT VOISINES LES UNES DES AUTRES, ET EN CE QU'ELLES
ONT UN HABITAT TRES LIMITÉ.
RÉSUMÉ.
CHAPITRE III. LA LUTTE POUR L'EXISTENCE.
L'EXPRESSION: LUTTE POUR L'EXISTENCE, EMPLOYÉE DANS LE SENS
FIGURÉ.
PROGRESSION GÉOMÉTRIQUE DE L'AUGMENTATION DES INDIVIDUS.
DE LA NATURE DES OBSTACLES À LA MULTIPLICATION.
RAPPORTS COMPLEXES QU'ONT ENTRE EUX LES ANIMAUX ET LES PLANTES
DANS LA LUTTE POUR L'EXISTENCE.
LA LUTTE POUR L'EXISTENCE EST PLUS ACHARNÉE QUAND ELLE A LIEU
ENTRE DES INDIVIDUS ET DES VARIÉTÉS APPARTENANT À LA MÊME ESPÈCE.
CHAPITRE IV. LA SÉLECTION NATURELLE OU LA PERSISTANCE DU PLUS
APTE.
SÉLECTION SEXUELLE.
EXEMPLES DE L'ACTION DE LA SÉLECTION NATURELLE OU DE LA
PERSISTANCE DU PLUS APTE.
DU CROISEMENT DES INDIVIDUS.
CIRCONSTANCES FAVORABLES À LA PRODUCTION DE NOUVELLES FORMES PAR
LA SÉLECTION NATURELLE.
LA SÉLECTION NATURELLE AMÈNE CERTAINES EXTINCTIONS.
DIVERGENCE DES CARACTÈRES.
EFFETS PROBABLES DE L'ACTION DE LA SÉLECTION NATURELLE, PAR SUITE
DE LA DIVERGENCE DES CARACTÈRES ET DE L'EXTINCTION, SUR LES
DESCENDANTS D'UN ANCÊTRE COMMUN.
DU PROGRÈS POSSIBLE DE L'ORGANISATION.
CONVERGENCE DES CARACTÈRES.
RÉSUMÉ DU CHAPITRE.
CHAPITRE V. DES LOIS DE LA VARIATION.
EFFETS PRODUITS PAR LA SÉLECTION NATURELLE SUR L'ACCROISSEMENT DE
L'USAGE ET DU NON-USAGE DES PARTIES.
ACCLIMATATION.
VARIATIONS CORRÉLATIVES.
COMPENSATION ET ÉCONOMIE DE CROISSANCE.
LES CONFORMATIONS MULTIPLES, RUDIMENTAIRES ET D'ORGANISATION
INFÉRIEURE SONT VARIABLES.
UNE PARTIE EXTRAORDINAIREMENT DÉVELOPPÉE CHEZ UNE ESPÈCE
QUELCONQUE COMPARATIVEMENT À L'ÉTAT DE LA MÊME PARTIE CHEZ LES
ESPÈCES VOISINES, TEND À VARIER BEAUCOUP.
LES CARACTÈRES SPÉCIFIQUES SONT PLUS VARIABLES QUE LES CARACTÈRES
GÉNÉRIQUES.
LES CARACTÈRES SEXUELS SECONDAIRES SONT VARIABLES.
LES ESPÈCES DISTINCTES PRÉSENTENT DES VARIATIONS ANALOGUES, DE
TELLE SORTE QU'UNE VARIÉTÉ D'UNE ESPÈCE REVÊT SOUVENT UN CARACTÈRE
PROPRE À UNE ESPÈCE VOISINE, OU FAIT RETOUR À QUELQUES-UNS DES
CARACTÈRES D'UN ANCÊTRE ÉLOIGNÉ.
RÉSUMÉ.
CHAPITRE VI. DIFFICULTÉS SOULEVÉES CONTRE L'HYPOTHÈSE DE LA
DESCENDANCE AVEC MODIFICATIONS.
DU MANQUE OU DE LA RARETÉ DES VARIÉTÉS DE TRANSITION.
DE L'ORIGINE ET DES TRANSITIONS DES ÊTRES ORGANISÉS AYANT UNE
CONFORMATION ET DES HABITUDES PARTICULIÈRES.
ORGANES TRÈS PARFAITS ET TRÈS COMPLEXES.
MODES DE TRANSITIONS.
DIFFICULTÉS SPÉCIALES DE LA THÉORIE DE LA SÉLECTION NATURELLE.
ACTION DE LA SÉLECTION NATURELLE SUR LES ORGANES PEU IMPORTANTS EN
APPARENCE.
JUSQU'À QUEL POINT EST VRAIE LA DOCTRINE UTILITAIRE; COMMENT
S'ACQUIERT LA BEAUTÉ.
RÉSUMÉ: LA THÉORIE DE LA SÉLECTION NATURELLE COMPREND LA LOI DE
L'UNITÉ DE TYPE ET DES CONDITIONS D'EXISTENCE.
CHAPITRE VII. OBJECTIONS DIVERSES FAITES À LA THÉORIE DE LA
SÉLECTION NATURELLE.
CHAPITRE VIII. INSTINCT.
LES CHANGEMENTS D'HABITUDES OU D'INSTINCT SE TRANSMETTENT PAR
HÉRÉDITÉ CHEZ LES ANIMAUX DOMESTIQUES.
INSTINCTS SPÉCIAUX.
OBJECTIONS CONTRE L'APPLICATION DE LA THÉORIE DE LA SÉLECTION
NATURELLE AUX INSTINCTS: INSECTES NEUTRES ET STÉRILES.
RÉSUMÉ
CHAPITRE IX. HYBRIDITÉ.
DEGRÉS DE STÉRILITÉ.
LOIS QUI RÉGISSENT LA STÉRILITÉ DES PREMIERS CROISEMENTS ET DES
HYBRIDES.
ORIGINE ET CAUSES DE LA STÉRILITÉ DES PREMIERS CROISEMENTS ET DES
HYBRIDES.
DIMORPHISME ET TRIMORPHISME RÉCIPROQUES.
LA FÉCONDITE DES VARIÉTÉS CROISÉES ET DE LEURS DESCENDANTS MÉTIS
N'EST PAS UNIVERSELLE.
COMPARAISON ENTRE LES HYBRIDES ET LES MÉTIS, INDÉPENDAMMENT DE
LEUR FÉCONDITÉ.
RÉSUMÉ.
CHAPITRE X INSUFFISANCE DES DOCUMENTS GÉOLOGIQUES
DU LAPS DE TEMPS ÉCOULÉ, DÉDUIT DE L'APPRÉCIATION DE LA RAPIDITÉ
DES DÉPOTS ET DE L'ÉTENDUE DES DÉNUDATIONS.
PAUVRETÉ DE NOS COLLECTIONS PALÉONTOLOGIQUES.
DE L'ABSENCE DE NOMBREUSES VARIÉTÉS INTERMÉDIAIRES DANS UNE
FORMATION QUELCONQUE.
APPARITION SOUDAINE DE GROUPES ENTIERS D'ESPÈCES ALLIÉES.
DE L'APPARITION SOUDAINE DE GROUPES D'ESPÈCES ALLIÉES DANS LES
COUCHES FOSSILIFÈRES LES PLUS ANCIENNES.
RÉSUMÉ.
CHAPITRE XI. DE LA SUCCESSION GÉOLOGIQUE DES ÊTRES ORGANISÉS.
EXTINCTION.
DES CHANGEMENTS PRESQUE INSTANTANÉS DES FORMES VIVANTES DANS LE
MONDE.
DES AFFINITÉS DES ESPÈCES ÉTEINTES LES UNES AVEC LES AUTRES ET
AVEC LES FORMES VIVANTES.
DU DEGRÉ DE DEVELOPPEMENT DES FORMES ANCIENNES COMPARÉ À CELUI DES
FORMES VIVANTES.
DE LA SUCCESSION DES MÊMES TYPES DANS LES MÊMES ZONES PENDANT LES
DERNIÈRES PÉRIODES TERTIAIRES.
RÉSUMÉ DE CE CHAPITRE ET DU CHAPITRE PRÉCÉDENT.
CHAPITRE XII. DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE.
CENTRES UNIQUES DE CRÉATION.
MOYENS DE DISPERSION.
DISPERSION PENDANT LA PÉRIODE GLACIAIRE.
PÉRIODES GLACIAIRES ALTERNANTES AU NORD ET AU MIDI.
CHAPITRE XIII. DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE (SUITE).
PRODUCTIONS D'EAU DOUCE.
LES HABITANTS DES ÎLES OCÉANIQUES.
ABSENCE DE BATRACIENS ET DE MAMMIFÈRES TERRESTRES DANS LES ÎLES
OCÉANIQUES.
SUR LES RAPPORTS ENTRE LES HABITANTS DES ÎLES ET CEUX DU CONTINENT
LE PLUS RAPPROCHÉ.
RÉSUMÉ DE CE CHAPITRE ET DU CHAPITRE PRÉCÉDENT.
CHAPITRE XIV. AFFINITÉS MUTUELLES DES ÊTRES ORGANISÉS;
MORPHOLOGIE; EMBRYOLOGIE; ORGANES RUDIMENTAIRES.
CLASSIFICATION.
RESSEMBLANCES ANALOGUES.
SUR LA NATURE DES AFFINITÉS RELIANT LES ÊTRES ORGANISÉS.
MORPHOLOGIE.
DÉVELOPPEMENT ET EMBRYOLOGIE.
ORGANES RUDIMENTAIRES, ATROPHIÉS ET AVORTÉS.
RÉSUMÉ.
CHAPITRE XV. RÉCAPITULATION ET CONCLUSIONS.
GLOSSAIRE DES PRINCIPAUX TERMES SCIENTIFIQUES EMPLOYÉS DANS LE
PRESENT VOLUME.
NOTICE HISTORIQUE SUR LES PROGRÈS DE L'OPINION RELATIVE À
L'ORIGINE DES ESPÈCES AVANT LA PUBLICATION DE LA PREMIÈRE ÉDITION
ANGLAISE DU PRÉSENT OUVRAGE.
Je me propose de passer brièvement en revue les progrès de
l'opinion relativement à l'origine des espèces. Jusque tout
récemment, la plupart des naturalistes croyaient que les espèces
sont des productions immuables créées séparément. De nombreux
savants ont habilement soutenu cette hypothèse. Quelques autres,
au contraire, ont admis que les espèces éprouvent des
modifications et que les formes actuelles descendent de formes
préexistantes par voie de génération régulière. Si on laisse de
côté les allusions qu'on trouve à cet égard dans les auteurs de
l'antiquité, [Aristote, dans ses _Physicoe Auscultationes_ (lib.
II, cap. VIII, § 2), après avoir remarqué que la pluie ne tombe
pas plus pour faire croître le blé qu'elle ne tombe pour l'avarier
lorsque le fermier le bat en plein air, applique le même argument
aux organismes et ajoute (M. Clair Grece m'a le premier signalé ce
passage): «Pourquoi les différentes parties (du corps) n'auraient-
elles pas dans la nature ces rapports purement accidentels? Les
dents, par exemple, croissent nécessairement tranchantes sur le
devant de la bouche, pour diviser les aliments les molaires plates
servent à mastiquer; pourtant elles n'ont pas été faites dans ce
but, et cette forme est le résultat d'un accident. Il en est de
même pour les autres parties qui paraissent adaptées à un but.
Partout donc, toutes choses réunies (c'est-à-dire l'ensemble des
parties d'un tout) se sont constituées comme si elles avaient été
faites en vue de quelque chose; celles façonnées d'une manière
appropriée par une spontanéité interne se sont conservées, tandis
que, dans le cas contraire, elles ont péri et périssent encore.»
On trouve là une ébauche des principes de la sélection naturelle;
mais les observations sur la conformation des dents indiquent
combien peu Aristote comprenait ces principes.] Buffon est le
premier qui, dans les temps modernes, a traité ce sujet au point
de vue essentiellement scientifique. Toutefois, comme ses opinions
ont beaucoup varié à diverses époques, et qu'il n'aborde ni les
causes ni les moyens de la transformation de l'espèce, il est
inutile d'entrer ici dans de plus amples détails sur ses travaux.
Lamarck est le premier qui éveilla par ses conclusions une
attention sérieuse sur ce sujet. Ce savant, justement célèbre,
publia pour la première fois ses opinions en 1801; il les
développa considérablement, en 1809, dans sa _Philosophie
zoologique_, et subséquemment, en 1815, dans l'introduction à son
_Histoire naturelle des animaux sans vertèbres_. Il soutint dans
ces ouvrages la doctrine que toutes les espèces, l'homme compris,
descendent d'autres espèces. Le premier, il rendit à la science
l'éminent service de déclarer que tout changement dans le monde
organique, aussi bien que dans le monde inorganique, est le
résultat d'une loi, et non d'une intervention miraculeuse.
L'impossibilité d'établir une distinction entre les espèces et les
variétés, la gradation si parfaite des formes dans certains
groupes, et l'analogie des productions domestiques, paraissent
avoir conduit Lamarck à ses conclusions sur les changements
graduels des espèces. Quant aux causes de la modification, il les
chercha en partie dans l'action directe des conditions physiques
d'existence, dans le croisement des formes déjà existantes, et
surtout dans l'usage et le défaut d'usage, c'est-à-dire dans les
effets de l'habitude. C'est à cette dernière cause qu'il semble
rattacher toutes les admirables adaptations de la nature, telles
que le long cou de la girafe, qui lui permet de brouter les
feuilles des arbres. Il admet également une loi de développement
progressif; or, comme toutes les formes de la vie tendent ainsi au
perfectionnement, il explique l'existence actuelle d'organismes
très simples par la génération spontanée. [C'est à l'excellente
histoire d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (_Hist. nat. générale_,
1859, t. II, p. 405) que j'ai emprunté la date de la première
publication de Lamarck; cet ouvrage contient aussi un résumé des
conclusions de Buffon sur le même sujet. Il est curieux de voir
combien le docteur Erasme Darwin, mon grand-père, dans sa
_Zoonomia_ (vol. I, p. 500-510), publiée en 1794, a devancé
Lamarck dans ses idées et ses erreurs. D'après Isidore Geoffroy,
Goethe partageait complètement les mêmes idées, comme le prouve
l'introduction d'un ouvrage écrit en 1794 et 1795, mais publié
beaucoup plus tard. Il a insisté sur ce point (_Goethe als
Naturforscher_, par le docteur Karl Meding, p. 34), que les
naturalistes auront à rechercher, par exemple, comment le bétail a
acquis ses cornes, et non à quoi elles servent. C'est là un cas
assez singulier de l'apparition à peu près simultanée d'opinions
semblables, car il se trouve que Goethe en Allemagne, le docteur
Darwin en Angleterre, et Geoffroy Saint-Hilaire en France
arrivent, dans les années 1794-95, à la même conclusion sur
l'origine des espèces.]
Geoffroy Saint-Hilaire, ainsi qu'on peut le voir dans l'histoire
de sa vie, écrite par son fils, avait déjà, en 1795, soupçonné que
ce que nous appelons les _espèces_ ne sont que des déviations
variées d'un même type. Ce fut seulement en 1828 qu'il se déclara
convaincu que les mêmes formes ne se sont pas perpétuées depuis
l'origine de toutes choses; il semble avoir regardé les conditions
d'existence ou le _monde ambiant_ comme la cause principale de
chaque transformation. Un peu timide dans ses conclusions, il ne
croyait pas que les espèces existantes fussent en voie de
modification; et, comme l'ajoute son fils, «c'est donc un problème
à réserver entièrement à l'avenir, à supposer même que l'avenir
doive avoir prise sur lui.»
Le docteur W.-C. Wells, en 1813, adressa à la Société royale un
mémoire sur une «femme blanche, dont la peau, dans certaines
parties, ressemblait à celle d'un nègre», mémoire qui ne fut
publié qu'en 1818 avec ses fameux _Two Essays upon Dew and Single
Vision_. Il admet distinctement dans ce mémoire le principe de la
sélection naturelle, et c'est la première fois qu'il a été
publiquement soutenu; mais il ne l'applique qu'aux races humaines,
et à certains caractères seulement. Après avoir remarqué que les
nègres et les mulâtres échappent à certaines maladies tropicales,
il constate premièrement que tous les animaux tendent à varier
dans une certaine mesure, et secondement que les agriculteurs
améliorent leurs animaux domestiques par la sélection. Puis il
ajoute que ce qui, dans ce dernier cas, est effectué par «l'art
paraît l'être également, mais plus lentement, par la nature, pour
la production des variétés humaines adaptées aux régions qu'elles
habitent: ainsi, parmi les variétés accidentelles qui ont pu
surgir chez les quelques habitants disséminés dans les parties
centrales de l'Afrique, quelques-unes étaient sans doute plus
aptes que les autres à supporter les maladies du pays. Cette race
a dû, par conséquent, se multiplier, pendant que les autres
dépérissaient, non seulement parce qu'elles ne pouvaient résister
aux maladies, mais aussi parce qu'il leur était impossible de
lutter contre leurs vigoureux voisins. D'après mes remarques
précédentes, il n'y a pas à douter que cette race énergique ne fût
une race brune. Or, la même tendance à la formation de variétés
persistant toujours, il a dû surgir, dans le cours des temps, des
races de plus en plus noires; et la race la plus noire étant la
plus propre à s'adapter au climat, elle a dû devenir la race
prépondérante, sinon la seule, dans le pays particulier où elle a
pris naissance.» L'auteur étend ensuite ces mêmes considérations
aux habitants blancs des climats plus froids. Je dois remercier
M. Rowley, des États-Unis, d'avoir, par l'entremise de M. Brace,
appelé mon attention sur ce passage du mémoire du docteur Wells.
L'honorable et révérend W. Hebert, plus tard doyen de Manchester,
écrivait en 1822, dans le quatrième volume des _Horticultural
Transactions_, et dans son ouvrage sur les _Amarylliadacées_
(1837, p. 19, 339), que «les expériences d'horticulture ont
établi, sans réfutation possible, que les espèces botaniques ne
sont qu'une classe supérieure de variétés plus permanentes.» Il
étend la même opinion aux animaux, et croit que des espèces
uniques de chaque genre ont été créées dans un état primitif très
plastique, et que ces types ont produit ultérieurement,
principalement par entre-croisement et aussi par variation, toutes
nos espèces existantes.
En 1826, le professeur Grant, dans le dernier paragraphe de son
mémoire bien connu sur les spongilles (_Edinburg Philos. Journal_,
1826, t. XIV, p. 283), déclare nettement qu'il croit que les
espèces descendent d'autres espèces, et qu'elles se perfectionnent
dans le cours des modifications qu'elles subissent. Il a appuyé
sur cette même opinion dans sa cinquante-cinquième conférence,
publiée en 1834 dans _the Lancet_.
En 1831, M. Patrick Matthew a publié un traité intitulé _Naval
Timber and Arboriculture_, dans lequel il émet exactement la même
opinion que celle que M. Wallace et moi avons exposée dans le
_Linnean Journal_, et que je développe dans le présent ouvrage.
Malheureusement, M. Matthew avait énoncé ses opinions très
brièvement et par passages disséminés dans un appendice à un
ouvrage traitant un sujet tout différent; elles passèrent donc
inaperçues jusqu'à ce que M. Matthew lui-même ait attiré
l'attention sur elles dans le _Gardener's Chronicle_ (7 avril
1860). Les différences entre nos manières de voir n'ont pas grande
importance.
Il semble croire que le monde a été presque dépeuplé à des
périodes successives, puis repeuplé de nouveau; il admet, à titre
d'alternative, que de nouvelles formes peuvent se produire «sans
l'aide d'aucun moule ou germe antérieur». Je crois ne pas bien
comprendre quelques passages, mais il me semble qu'il accorde
beaucoup d'influence à l'action directe des conditions
d'existence. Il a toutefois établi clairement toute la puissance
du principe de la sélection naturelle.
Dans sa _Description physique des îles Canaries_ (1836, p.147), le
célèbre géologue et naturaliste von Buch exprime nettement
l'opinion que les variétés se modifient peu à peu et deviennent
des espèces permanentes, qui ne sont plus capables de
s'entrecroiser.
Dans la _Nouvelle Flore de l'Amérique du Nord_ (1836, p. 6),
Rafinesque s'exprimait comme suit: «Toutes les espèces ont pu
autrefois être des variétés, et beaucoup de variétés deviennent
graduellement des espèces en acquérant des caractères permanents
et particuliers;» et, un peu plus loin, il ajoute (p. 18): «les
types primitifs ou ancêtres du genre exceptés.»
En 1843-44, dans le _Boston Journal of Nat. Hist. U. S._ (t.1V, p.
468), le professeur Haldeman a exposé avec talent les arguments
pour et contre l'hypothèse du développement et de la modification
de l'espèce; il paraît pencher du côté de la variabilité.
Les _Vestiges of Creation_ ont paru en 1844. Dans la dixième
édition, fort améliorée (1853), l'auteur anonyme dit (p. 155): «La
proposition à laquelle on peut s'arrêter après de nombreuses
considérations est que les diverses séries d'êtres animés, depuis
les plus simples et les plus anciens jusqu'aux plus élevés et aux
plus récents, sont, sous la providence de Dieu, le résultat de
deux causes: _premièrement_, d'une impulsion communiquée aux
formes de la vie; impulsion qui les pousse en un temps donné, par
voie de génération régulière, à travers tous les degrés
d'organisation, jusqu'aux Dicotylédonées et aux vertébrés
supérieurs; ces degrés sont, d'ailleurs, peu nombreux et
généralement marqués par des intervalles dans leur caractère
organique, ce qui nous rend si difficile dans la pratique
l'appréciation des affinités; _secondement_, d'une autre impulsion
en rapport avec les forces vitales, tendant, dans la série des
générations, à approprier, en les modifiant, les conformations
organiques aux circonstances extérieures, comme la nourriture, la
localité et les influences météoriques; ce sont là les
_adaptations_ du théologien naturel.» L'auteur paraît croire que
l'organisation progresse par soubresauts, mais que les effets
produits par les conditions d'existence sont graduels. Il soutient
avec assez de force, en se basant sur des raisons générales, que
les espèces ne sont pas des productions immuables. Mais je ne vois
pas comment les deux «impulsions» supposées peuvent expliquer
scientifiquement les nombreuses et admirables coadaptations que
l'on remarque dans la nature; comment, par exemple, nous pouvons
ainsi nous rendre compte de la marche qu'a dû suivre le pic pour
s'adapter à ses habitudes particulières. Le style brillant et
énergique de ce livre, quoique présentant dans les premières
éditions peu de connaissances exactes et une grande absence de
prudence scientifique, lui assura aussitôt un grand succès; et, à
mon avis, il a rendu service en appelant l'attention sur le sujet,
en combattant les préjugés et en préparant les esprits à
l'adoption d'idées analogues.
En 1846, le vétéran de la zoologie, M. J. d'Omalius d'Halloy, a
publié (_Bull. de l'Acad. roy. de Bruxelles_, vol. XIII, p.581) un
mémoire excellent, bien que court, dans lequel il émet l'opinion
qu'il est plus probable que les espèces nouvelles ont été
produites par descendance avec modifications plutôt que créées
séparément; l'auteur avait déjà exprimé cette opinion en 1831.
Dans son ouvrage _Nature of Limbs_, p. 86, le professeur Owen
écrivait en 1849: «L'idée archétype s'est manifestée dans la chair
sur notre planète, avec des modifications diverses, longtemps
avant l'existence des espèces animales qui en sont actuellement
l'expression. Mais jusqu'à présent nous ignorons entièrement à
quelles lois naturelles ou à quelles causes secondaires la
succession régulière et la progression de ces phénomènes
organiques ont pu être soumises.» Dans son discours à
l'Association britannique, en 1858, il parle (p. 51) de «l'axiome
de la puissance créatrice continue, ou de la destinée préordonnée
des choses vivantes.» Plus loin (p. 90), à propos de la
distribution géographique, il ajoute: «Ces phénomènes ébranlent la
croyance où nous étions que l'aptéryx de la Nouvelle-Zélande et le
coq de bruyère rouge de l'Angleterre aient été des créations
distinctes faites dans une île et pour elle. Il est utile,
d'ailleurs de se rappeler toujours aussi que le zoologiste
attribue le mot de _création_ a un procédé sur lequel il ne
connaît rien.» Il développe cette idée en ajoutant que toutes les
fois qu'un «zoologiste cite des exemples tels que le précédent,
comme preuve d'une création distincte dans une île et pour elle,
il veut dire seulement qu'il ne sait pas comment le coq de bruyère
rouge se trouve exclusivement dans ce lieu, et que cette manière
d'exprimer son ignorance implique en même temps la croyance à une
grande cause créatrice primitive, à laquelle l'oiseau aussi bien
que les îles doivent leur origine.» Si nous rapprochons les unes
des autres les phrases prononcées dans ce discours, il semble que,
en 1858, le célèbre naturaliste n'était pas convaincu que
l'aptéryx et le coq de bruyère rouge aient apparu pour la première
fois dans leurs contrées respectives, sans qu'il puisse expliquer
comment, pas plus qu'il ne saurait expliquer pourquoi.
Ce discours a été prononcé après la lecture du mémoire de
M. Wallace et du mien sur l'origine des espèces devant la _Société
Linnéenne_. Lors de la publication de la première édition du
présent ouvrage, je fus, comme beaucoup d'autres avec moi, si
complètement trompé par des expressions telles que «l'action
continue de la puissance créatrice», que je rangeai le professeur
Owen, avec d'autres paléontologistes, parmi les partisans
convaincus de l'immutabilité de l'espèce; mais il paraît que
c'était de ma part une grave erreur (_Anatomy of Vertebrates_,
vol. III, p. 796). Dans les précédentes éditions de mon ouvrage je
conclus, et je maintiens encore ma conclusion, d'après un passage
commençant (_ibid_., vol. I, p. 35) par les mots: «Sans doute la
forme type, etc.», que le professeur Owen admettait la sélection
naturelle comme pouvant avoir contribué en quelque chose à la
formation de nouvelles espèces; mais il paraît, d'après un autre
passage (_ibid_., vol. III, p. 798), que ceci est inexact et non
démontré. Je donnai aussi quelques extraits d'une correspondance
entre le professeur Owen et le rédacteur en chef de la _London
Review_, qui paraissaient prouver à ce dernier, comme à moi-même,
que le professeur Owen prétendait avoir émis avant moi la théorie
de la sélection naturelle. J'exprimai une grande surprise et une
grande satisfaction en apprenant cette nouvelle; mais, autant
qu'il est possible de comprendre certains passages récemment
publiés (_Anat. of Vertebrates_, III, p. 798), je suis encore en
tout ou en partie retombé dans l'erreur. Mais je me rassure en
voyant d'autres que moi trouver aussi difficiles à comprendre et à
concilier entre eux les travaux de controverse du professeur Owen.
Quant à la simple énonciation du principe de la sélection
naturelle, il est tout à fait indifférent que le professeur Owen
m'ait devancé ou non, car tous deux, comme le prouve cette
esquisse historique, nous avons depuis longtemps eu le docteur
Wells et M. Matthew pour prédécesseurs.
M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, dans des conférences faites en
1850 (résumées dans _Revue et Mag. de zoologie_, janvier 1851),
expose brièvement les raisons qui lui font croire que «les
caractères spécifiques sont fixés pour chaque espèce, tant qu'elle
se perpétue au milieu des mêmes circonstances; ils se modifient si
les conditions ambiantes viennent à changer». «En résumé,
_l'observation_ des animaux sauvages démontre déjà la variabilité
_limitée_ des espèces. Les _expériences_ sur les animaux sauvages
devenus domestiques, et sur les animaux domestiques redevenus
sauvages, la démontrent plus clairement encore. Ces mêmes
expériences prouvent, de plus, que les différences produites
peuvent être de _valeur générique_.» Dans son _Histoire naturelle
générale_ (vol. II, 1859, p. 430), il développe des conclusions
analogues.
Une circulaire récente affirme que, dès 1851 (_Dublin Médical
Press_, p. 322), le docteur Freke a émis l'opinion que tous les
êtres organisés descendent d'une seule forme primitive. Les bases
et le traitement du sujet diffèrent totalement des miens, et,
comme le docteur Freke a publié en 1861 son essai sur l'_Origine
des espèces par voie d'affinité organique_, il serait superflu de
ma part de donner un aperçu quelconque de son système.
M. Herbert Spencer, dans un mémoire (publié d'abord dans le
_Leader_, mars 1852, et reproduit dans ses _Essays_ en 1858), a
établi, avec un talent et une habileté remarquables, la
comparaison entre la théorie de la création et celle du
développement des êtres organiques. Il tire ses preuves de
l'analogie des productions domestiques, des changements que
subissent les embryons de beaucoup d'espèces, de la difficulté de
distinguer entre les espèces et les variétés, et du principe de
gradation générale; il conclut que les espèces ont éprouvé des
modifications qu'il attribue au changement des conditions.
L'auteur (1855) a aussi étudié la psychologie en partant du
principe de l'acquisition graduelle de chaque aptitude et de
chaque faculté mentale.
En 1852, M. Naudin, botaniste distingué, dans un travail
remarquable sur l'origine des espèces (_Revue horticole_, p. 102,
republié en partie dans les _Nouvelles Archives du Muséum_, vol.
I, p. 171), déclare que les espèces se forment de la même manière
que les variétés cultivées, ce qu'il attribue à la sélection
exercée par l'homme. Mais il n'explique pas comment agit la
sélection à l'état de nature. Il admet, comme le doyen Herbert,
que les espèces, à l'époque de leur apparition, étaient plus
plastiques qu'elles ne le sont aujourd'hui. Il appuie sur ce qu'il
appelle _le principe de finalité_, «puissance mystérieuse,
indéterminée, fatalité pour les uns, pour les autres volonté
providentielle, dont l'action incessante sur les êtres vivants
détermine, à toutes les époques de l'existence du monde, la forme,
le volume et la durée de chacun d'eux, en raison de sa destinée
dans l'ordre de choses dont il fait partie. C'est cette puissance
qui harmonise chaque membre à l'ensemble en l'appropriant à la
fonction qu'il doit remplir dans l'organisme général de la nature,
fonction qui est pour lui sa raison d'être» [Il paraît résulter de
citations faites dans _Untersuchungen über die Entwickelungs-
Gesetze_, de Bronn, que Unger, botaniste et paléontologiste
distingué, a publié en 1852 l'opinion que les espèces subissent un
développement et des modifications. D'Alton a exprimé la même
opinion en 1821, dans l'ouvrage sur les fossiles auquel il a
collaboré avec Pander. Oken, dans son ouvrage mystique _Natur --
Philosophie_, a soutenu des opinions analogues. Il paraît résulter
de renseignements contenus dans l'ouvrage _Sur l'Espèce_, de
Godron, que Bory Saint Vincent, Burdach, Poiret et Fries ont tous
admis la continuité de la production d'espèces nouvelles. -- Je
dois ajouter que sur trente-quatre auteurs cités dans cette notice
historique, qui admettent la modification des espèces, et qui
rejettent les actes de création séparés, il y en a vingt-sept qui
ont écrit sur des branches spéciales d'histoire naturelle et de
géologie.]
Un géologue célèbre, le comte Keyserling, a, en 1853 (_Bull. de la
Soc. géolog._, 2° série, vol. X, p. 357), suggéré que, de même que
de nouvelles maladies causées peut-être par quelque miasme ont
apparu et se sont répandues dans le monde, de même des germes
d'espèces existantes ont pu être, à certaines périodes,
chimiquement affectés par des molécules ambiantes de nature
particulière, et ont donné naissance à de nouvelles formes.
Cette même année 1853, le docteur Schaaffhausen a publié une
excellente brochure (_Verhandl. des naturhist. Vereins der Preuss.
Rheinlands_, etc.) dans laquelle il explique le développement
progressif des formes organiques sur la terre. Il croit que
beaucoup d'espèces ont persisté très longtemps, quelques-unes
seulement s'étant modifiées, et il explique les différences
actuelles par la destruction des formes intermédiaires. «Ainsi les
plantes et les animaux vivants ne sont pas séparés des espèces
éteintes par de nouvelles créations, mais doivent être regardés
comme leurs descendants par voie de génération régulière.»
M. Lecoq, botaniste français très connu, dans ses _Études sur la
géographie botanique_, vol. I, p. 250, écrit en 1854: «On voit que
nos recherches sur la fixité ou la variation de l'espèce nous
conduisent directement aux idées émises par deux hommes justement
célèbres, Geoffroy Saint-Hilaire et Goethe.» Quelques autres
passages épars dans l'ouvrage de M. Lecoq laissent quelques doutes
sur les limites qu'il assigne à ses opinions sur les modifications
des espèces.
Dans ses _Essays on the Unity of Worlds_, 1855, le révérend Baden
Powell a traité magistralement la philosophie de la création. On
ne peut démontrer d'une manière plus frappante comment
l'apparition d'une espèce nouvelle «est un phénomène régulier et
non casuel», ou, selon l'expression de sir John Herschell, «un
procédé naturel par opposition à un procédé miraculeux».
Le troisième volume du _Journal ot the Linnean Society_, publié le
1er juillet 1858, contient quelques mémoires de M. Wallace et de
moi, dans lesquels, comme je le constate dans l'introduction du
présent volume, M. Wallace énonce avec beaucoup de clarté et de
puissance la théorie de la sélection naturelle.
Von Baer, si respecté de tous les zoologistes, exprima, en 1859
(voir prof. Rud. Wagner, _Zoologische-anthropologische
Untersuchungen_, p. 51, 1861), sa conviction, fondée surtout sur
les lois de la distribution géographique, que des formes
actuellement distinctes au plus haut degré sont les descendants
d'un parent-type unique.
En juin 1859, le professeur Huxley, dans une conférence devant
l'Institution royale sur «les types persistants de la vie
animale», a fait les remarques suivantes: «Il est difficile de
comprendre la signification des faits de cette nature, si nous
supposons que chaque espèce d'animaux, ou de plantes, ou chaque
grand type d'organisation, a été formé et placé sur la terre, à de
longs intervalles, par un acte distinct de la puissance créatrice;
et il faut bien se rappeler qu'une supposition pareille est aussi
peu appuyée sur la tradition ou la révélation, qu'elle est
fortement opposée à l'analogie générale de la nature. Si, d'autre
part, nous regardons les _types persistants_ au point de vue de
l'hypothèse que les espèces, à chaque époque, sont le résultat de
la modification graduelle d'espèces préexistantes, hypothèse qui,
bien que non prouvée, et tristement compromise par quelques-uns de
ses adhérents, est encore la seule à laquelle la physiologie prête
un appui favorable, l'existence de ces types persistants
semblerait démontrer que l'étendue des modifications que les êtres
vivants ont dû subir pendant les temps géologiques n'a été que
faible relativement à la série totale des changements par lesquels
ils ont passé.»
En décembre 1859, le docteur Hooker a publié son _Introduction to
the Australian Flora_; dans la première partie de ce magnifique
ouvrage, il admet la vérité de la descendance et des modifications
des espèces, et il appuie cette doctrine par un grand nombre
d'observations originales.
La première édition anglaise du présent ouvrage a été publiée le
24 novembre 1859, et la seconde le 7 janvier 1860.