Hautes montagnes qui bordent la baie de Honduras; plateau élevé
en arrière des montagnes; délicieuse situation de la ville de
Guatimala; dangers que lui font courir les volcans.--Les
montagnes s'abaissent sur le bord méridional de la baie.--Trouée
que fait le Golfo Dulce; cette trouée se prolonge par le fleuve
Polochic; mais les montagnes viennent ensuite.--Plus au sud-est,
vallée de Comayagua, où coulent le Jagua et le Sirano; il n'y a
pas d'espoir non plus de pratiquer par là un canal
maritime.--Vallée du Motagua; le cours du fleuve franchit la plus
grande partie de la distance des deux océans, mais il serait
impossible de descendre dans l'Océan Pacifique; élévation du sol
sur les bords du haut Motagua.--Terre _froide_; sens qu'il faut
attacher à ce mot.--Partage des eaux à Chimaltenango.--Il n'y a
rien à espérer pour un canal maritime de l'isthme de Honduras.
À l'est de l'isthme de Tehuantepec, la chaussée placée entre les deux
océans se flanque du contre-fort massif de la péninsule du Yucatan et
s'élève dans la même proportion. Les montagnes sont hautes, serrées
les unes contre les autres, et présentent un obstacle continu. Il en
est d'abord de même de l'autre côté de la presqu'île. Autour de la
baie de Honduras, elles forment une muraille à pic qui semble se
dresser subitement du sein des flots; car, suivant l'historien
Juarros, le nom de Honduras fut donné à la baie parce que les sondages
ne trouvaient pas le fond de la mer, et qu'on n'y pouvait jeter
l'ancre. Sur tout le pourtour de la baie, depuis le méridien de l'île
d'Utilla jusqu'au cercle de latitude de Balise, c'est un cirque, à
deux étages, de cimes dont l'élévation mal déterminée est de plus de
2,000 mètres[37]. La Balise, sur les rives de laquelle les Anglais se
sont donné un établissement qui, avec l'île voisine de Roatan, les
rend les maîtres de la baie, s'échappe en bondissant, de cataracte en
cataracte, du sein de ces montagnes. À mesure qu'on s'éloigne de
l'Atlantique, la surface générale du terrain, abstraction faite même
des sommets qui s'y dressent comme sur un piédestal, va en montant
sans cesse jusqu'à une faible distance du Pacifique. En arrière des
cimes étalées en double rideau sur le pourtour de la baie, se déploie
un plateau qui reproduit sur une moindre échelle l'imposante majesté
de celui d'Anahuac[38], mais qui en égale, sous un ciel plus délicieux
encore, les plus rares magnificences. Il est surmonté de montagnes
volcaniques dont la hauteur est évaluée par un observateur exact, le
capitaine Basil Hall, à 4,000 mètres. Presque tout droit derrière la
tête de la baie de Honduras, sur ce plateau enchanté, lorsque déjà il
s'est beaucoup rabaissé, est située, à 500 ou 600 mètres au-dessus de
la mer, non loin du Pacifique, la belle cité de Guatimala, au pied de
deux volcans les plus beaux à contempler et les plus magnifiquement
réguliers dans leur forme élancée qu'il y ait dans l'univers, mais
aussi les plus formidables en leur colère. Sans cesse ils menacent la
ville: trois fois déjà elle a dû être transportée en masse d'un point
à un autre, et jamais les populations n'ont pu consentir à s'éloigner
de cette plaine tiède, salubre, admirablement arrosée, où la nature
étale toutes les richesses de la végétation, toutes les splendeurs et
tous les charmes dont peut être orné un paysage; elles semblent
éperdument amoureuses de ces sites ravissants.
[Note 37: D'après la dernière carte de l'Amirauté
anglaise, le pic d'Omoa, qui est situé derrière le port du
même nom sur la baie de Honduras, a environ 7,000 pieds
anglais (2,130 mètres), et le pic de Congrehoy (ou
Congrejal), placé 150 kilomètres plus à l'est, 7,500 pieds
(2,290 mètres). Ces deux montagnes sont sur le bord
méridional de la baie, là où la chaîne qui la borde cesse
d'être continue et laisse des ouvertures.]
[Note 38: C'est le nom du Mexique dans la langue des
Aztèques.]
Sur le côté méridional de la baie, les montagnes s'interrompent çà et
là. Le Golfo Dulce (ou lac d'Yzabal), baie close qui communique avec
la baie ouverte de Honduras, pénètre dans les terres à 80 kilomètres,
et de son extrémité la plus avancée dans l'intérieur jusqu'au
Pacifique, il y en a, d'après les dernières cartes de l'amirauté
anglaise, près de 200. Le Polochic, qui s'y jette et qu'on dit
praticable pour des bateaux à vapeur, pourrait servir à franchir une
partie de ce dernier intervalle; malheureusement, derrière le Polochic
et les autres cours d'eau qui se déchargent dans le Golfo Dulce,
l'élévation générale du sol présente à tout projet de canal une
barrière insurmontable. Mais plus au sud-est, une vallée transversale
fait brèche dans l'arête de partage; c'est la _Llanura_ de Comayagua
(ainsi nommée d'après la capitale de l'État de Honduras qu'on y
rencontre) allant d'une mer à l'autre, et débouchant dans le golfe de
la Conchagua (ou Fonseca) sur le Pacifique; elle a été reconnue, il y
a sept ou huit ans, par don Juan Galindo. Cette vallée, réellement
située dans l'hémicycle de l'Amérique Centrale, est arrosée sur le
versant de l'Atlantique par le Jagua, sur celui du Pacifique par le
Sirano (ou San-Miguel), l'un et l'autre navigables. Mais jusqu'à
quelle distance de leurs mers respectives le sont-ils? combien de mois
chaque année? quel moyen aurait-on de les joindre l'un à l'autre par
un canal à point de partage? C'est ce que nous ne saurions dire. On
peut cependant tenir pour certain, dès à présent, qu'il n'y a pas de
canal maritime possible par cette direction, à moins de frais infinis.
La distance est grande, elle dépasse 300 kilomètres, et l'art aurait
trop à faire pour suppléer à l'insuffisance des facilités naturelles.
Ces belles contrées sont encore très mal connues. On n'en trouve pas
deux cartes qui se ressemblent. Tous les géographes s'accordent
cependant à signaler quelques fleuves qui prennent leurs sources près
de l'un des océans pour aller de là se décharger dans l'autre. Le plus
remarquable est le Motagua, qui, sortant d'un petit lac, se jette dans
l'Atlantique après avoir parcouru plus des cinq sixièmes de l'espace
qui sépare les deux mers. Les tributaires du Pacifique qui offrent ce
caractère sont très peu nombreux. Même dans l'isthme, depuis
Tehuantepec jusqu'au golfe de Darien, on voit persévérer la loi de la
nature qui, dans le nouveau continent, a accordé un cours beaucoup
plus long aux tributaires de l'Atlantique qu'à ceux de l'autre océan
dont les sources s'entrelacent avec les leurs[39]. Le Camaluzon (ou
Camaleçon), l'Ulua et quelques autres paraissent aussi être navigables
assez avant dans les terres. Mais tous ces cours d'eau partent de
points très élevés d'où il serait impossible de conduire un canal dans
l'océan opposé. Le Motagua, par exemple, naît sur un plateau en cela
remarquable. La province de Quesaltenango, qu'il traverse, donne
toutes les productions des pays tempérés de l'Europe, ce qui, par 15
degrés de latitude, suppose une grande élévation. Les écrivains
espagnols, et entre autres Juarros, disent que c'est un climat
_froid_; on sait que c'est le même terme qu'on applique à la vallée de
Mexico, où l'on se passe de feu toute l'année. L'expression n'a donc
point le sens que nous pourrions lui attribuer; elle comporte pourtant
un niveau de plus de 2,000 mètres au-dessus de la mer, sans préjudice
d'une plus grande hauteur pour les cimes qui dominent le pays.
[Note 39: Le Sirano, que nous citions tout-à-l'heure, y
fait cependant exception.]
À Chimaltenango, qui est dans le même bassin, les eaux se séparent
entre les deux Océans. L'eau des gouttières du côté droit de la
cathédrale se rend dans l'Atlantique, celle du côté gauche va dans le
Pacifique; mais il ne s'ensuit absolument rien pour la possibilité
d'une communication navigable entre les deux mers.
Nous tiendrons pour constant que, derrière la baie de Honduras, et
même dans la région attenante, jusqu'au coeur de l'Amérique Centrale,
il peut y avoir place tout au plus pour des canaux de petite
navigation entre les deux océans. Allons donc plus loin à l'est,
c'est-à-dire de l'autre côté de l'Amérique Centrale, au lac de
Nicaragua.