Quoi! je ne l'ai pas aimée. Vivre de sa vie, ne vivre que pour elle,
souffrir la fatigue, la faim, la soif, la fièvre, l'insomnie, et la
peine sans pareille, l'exil; affronter la mort à toute heure et risquer
de tomber vivant aux mains de ceux qui ne se seraient point contentés
de ma mort; tout oser, tout endurer pour elle, pour son bien, pour
l'arracher à mes ennemis, qui étaient les siens, pour l'affranchir
de toute honte, pour l'amener de gré ou de force à suivre les avis
salutaires, à prendre le bon parti, à penser ce que je pensais moi-même
avec les plus nobles et les meilleurs, la vouloir toute belle et
subtile et généreuse, et sacrifier à cet unique vouloir mes biens, mes
fils, mes proches, mes amis; me faire selon ses seuls intérêts libéral,
avare, fidèle, perfide, magnanime, criminel, ce n'était pas aimer ma
ville! Mais qui donc l'aima, si je ne l'aimai pas?