OU LA GUERRE CIVILE

[Illustration]

Ed ei s'ergea col petto e con la fronte.

Corne avesse lo inferno in gran dispitto.

_Inferno,_ c. 10e.

Assis sur la terrasse de sa tour, le vieux Farinata degli Uberti

enfonçait son regard aigu dans la ville hérissée de créneaux. Debout

près de lui, Fra Ambrogio regardait le ciel où foisonnaient les roses

du soir et qui couronnait de ses fleurs ardentes les collines enlacées

en cercle autour de Florence. Des berges prochaines de l'Arno le parfum

des myrtes montait dans l'air paisible. Les derniers cris des oiseaux

avaient jailli du toit clair de San-Giovanni. Soudain, le pas de deux

chevaux sonna sur les cailloux aigus qu'on avait arrachés au lit du

fleuve pour en paver les chaussées, et deux jeunes cavaliers, beaux

comme deux saint Georges, débouchant d'une rue étroite, passèrent

devant le palais sans fenêtres des Uberti. Quand ils furent au pied de

la tour gibeline, l'un cracha en signe de mépris, et l'autre, levant

le bras, mit le pouce entre l'index et le doigt du milieu. Puis tous

deux, éperonnant leurs chevaux, gagnèrent au galop le pont de bois.

Spectateur de l'outrage fait à son nom, Farinata demeura tranquille et

muet. Ses joues desséchées tressaillirent et une larme de plus de sel

que d'eau vint lentement couvrir ses prunelles jaunes. Enfin il secoua

par trois fois la tête et dit:

--Pourquoi ce peuple me hait-il?

Fra Ambrogio ne répondit point. Et Farinata continua de regarder

la ville, qu'il ne voyait plus qu'à travers l'Acre nuage qui lui

brûlait les paupières. Puis tournant vers le moine sa maigre face

où s'attachaient fortement un nez en bec d'aigle et des mâchoires

menaçantes, il demanda encore:

--Pourquoi ce peuple me hait-il?

Le moine fit le geste de chasser une mouche.

--Que vous importe, messer Farinata, l'insolence obscène de deux

jouvenceaux nourris dans les tours guelfes d'Oltarno?

Clio(#50664) · 第 16 / 42 题