J’ai pris ma tête entre mes mains,
Et maintenant je me souviens;
Oui, maintenant je me rappelle
Tant d’anecdotes spirituelles,
Les réparties toujours nouvelles,
Où notre esprit jadis brillait
A propos des gens mariés;
Maintenant je me les rappelle,
Je m’en souviens:
Comme c’est malin, comme c’était fin,
Crétins!
Lorsque nous irons au café,
Les gens prendront un air rusé:
--Eh! bien, cette fois, ça y est,
Hé! hé!
Alors vous êtes marié?
Hé! hé!--
Ils nous taperont dans le dos:
--Parbleu! des maris, il en faut!
Et comment va le conjungo?
Oh! oh!
Oh! ces yeux-là en disent gros!
Oh! oh!--
--Mais ce n’est que le premier pas,
Hein? heureux gaillard, hardi, là!
Hardi! ne nous endormons pas,
Ha! ha!
Vous n’êtes pas encor papa?
Ha! ha!--
--Aussi bien, c’est le bon parti,
Croyez-moi, que vous avez pris!
Ne vous l’ai-je pas cent fois dit?
Hi! hi!
Votre tête était d’un mari,
Hi! hi!--
--Puis, quoi, vous n’êtes pas perdu:
Car en somme il n’y a pas plus
De raisons pour être cocu,
Hu! hu!
En ménage qu’avec des grues...
Hu! hu!--
Et voilà, voilà la charmante perspective,
Voilà les bonnes plaisanteries, les joyeux mots,
Dont les délicieux échos
Jusques à mon oreille arrivent,
Et dont j’entends déjà les bribes:
Ah! ah! hé! hé! hi! hi! ho! ho!
Chameaux!
Mais nous ferons bonne contenance,
Nous sourirons d’un air jaune, mais entendu;
Hé! hé! hi! hi! ho! ho! hu! hu!
Le ridicule tue
En France!
Nous ferons bonne contenance.
Et vous, chère, faites-vous belle,
Et ne craignez pas de montrer,
Jamais, jamais trop à mon gré,
Tout ce que vous pourrez
Montrer
De particulièrement sensationnel:
Car c’est là mon petit profit,
Par qui se pallient
Mes soucis,
Qui, lorsque nous serons ensemble,--
Comme je tendrai,
Guilleret,
Comme je tendrai le jarret!--
Qui seul peut augmenter la beauté de ma jambe:
Il faut qu’en me voyant marcher à vos côtés,
Moi, le mari, reconnaissable
A ces façons de discrète fierté,
Qui sont la marque véritable
D’un sentiment rassis de la propriété,--
Puisse le peuple dire en son rude langage:
--Cré nom d’un chien! Bon Dieu de santé!
Tu parles de quelqu’un qui doit pas s’embêter!...--
Et cet ingénieux hommage
A mon bonheur, à ta beauté,
Ne nous paiera-t-il pas des soucis du ménage?