I.--CHANSON

Que l’époux fasse seller

Son cheval gris pommelé;

Ventre à terre, ventre à terre,

Qu’il galope, qu’il galope:

On attend la couturière

Qui n’apporte pas la robe.

Le groom, sur sa bicyclette,

Depuis une heure est parti;

Partie aussi la soubrette:

Aujourd’hui, avant midi,

La couturière a promis;

Et, délaissant œufs et bœuf,

La cuisinière, en teuf-teuf,

Vient de partir elle aussi.

Que l’époux fasse seller

Son cheval gris pommelé.

Madame sur sa tour monte,

Et compte

Les minutes, les secondes;

Et, ne voyant rien venir,

Commence à s’évanouir.

Avec de blancs gâte-sauce,

Dans sa livrée vert-espoir,

Le groom, au coin du trottoir,

Se repose

Et, tranquille,

Joue aux billes,

Dans sa livrée vert-espoir.

Sous le porche d’une porte,

La femme de chambre accorte,

A un garçon épicier

Du quartier,

La femme de chambre accorde

Un tendre et furtif baiser.

La cuisinière, pratique,

En quelque arrière-boutique,

La cuisinière,

La cuisinière pratique

Le rhum et le vulnéraire.

Madame à sa tour ne voit,

Voit que le groom qui verdoie,

La soubrette qui rougeoie,

La cuisinière qui boit.

Mais l’époux a fait seller

Son cheval gris pommelé.

Madame reprend espoir,

Du plus loin qu’elle peut voir,

Elle agite son mouchoir.

Monsieur n’a fait qu’une trotte,

Il a crevé son cheval,

Il a perdu une botte,

Tout bancal,

Couvert d’écume et de crotte,

A bas de cheval il saute:

--La couturière a promis

Pour demain, avant midi,

La nouvelle cuisinière bourgeoise: Plaisirs de la table et soucis du ménage · 第 93 / 126 题