Ce nouveau député ne trouva plus Julien à Paris. Il en était parti
après avoir congédié Léonas; et pour tenir ses soldats en haleine,
autant que pour maintenir sa réputation, il marchait à la tête de
toutes ses forces vers la seconde Germanie, et s'approchait du pays
de Clèves[297]. Ayant pour la quatrième fois passé le Rhin, il tomba
tout à coup sur le pays des Attuariens, nation de Francs, naturellement
inquiète, et qui ravageait alors plus hardiment que jamais les
frontières de la Gaule. Ce peuple habitait les bords de la Lippe,
vers les pays de Clèves et de Munster[298]. Comme ils n'étaient pas
sur leurs gardes, parce qu'ils croyaient les chemins impraticables, et
qu'ils ne se souvenaient pas qu'aucun prince eût jamais pénétré dans
leur pays, ils ne firent pas longue résistance. On en massacra, on en
prit un grand nombre: les autres demandèrent la paix. Julien, pour la
procurer aux Gaulois voisins, l'accorda à ces Barbares aux conditions
qu'il voulut. Cette expédition dura trois mois. Le vainqueur revint le
long du Rhin jusqu'à Bâle [_Rauracos_], visitant avec soin toutes les
places de la frontière et les mettant en état de défense. Il en reprit
plusieurs dont les Barbares étaient encore les maîtres, en sorte qu'il
ne leur resta pas un pouce de terrain dans toute l'étendue de la Gaule.
Julien passa par Besançon [_Vesuntio_[299]]. Ce n'était en ce temps-là
qu'une petite ville, nouvellement rebâtie sur la pointe d'un rocher
presque inaccessible, défendue d'une bonne muraille, et environnée de
la rivière du Doubs [_Dubis_]. Au temps de César c'était une ville
considérable; elle avait subsisté dans sa splendeur jusqu'au règne
d'Aurélien, après lequel elle avait été détruite par les Allemans. De
Besançon, Julien vint passer l'hiver à Vienne. Il y prit le diadème
orné de pierreries, s'étant contenté jusqu'alors d'une simple couronne,
ou plutôt d'un bandeau sans aucun ornement. Il célébra par des actes
publics la fin de la cinquième année depuis qu'il avait été nommé César.
[Note 297: _Tricensimæ oppido propinquabat._ La position de cette
ville est inconnue; on prétend qu'elle fut d'abord appelée _Colonia
Trajana et Castra Ulpia_. Tel est au moins le sentiment d'Hadrien
Valois (_Not. Gall._ p. 150). Selon lui, elle aurait dû son troisième
nom à ce qu'elle était le cantonnement ordinaire de la 30e légion. Il
paraît qu'elle était vers le pays de Clèves; mais on varie beaucoup sur
le lieu moderne qu'il faut lui assigner.--S.-M.]
[Note 298: Les Attuariens occupaient alors la partie de la
Westphalie comprise entre le Rhin et la Lippe, c'est-à-dire le duché
de Berg. Leur nom s'y conservait encore long-temps après cette époque.
Plusieurs branches de cette nation étaient établies en-deçà du Rhin,
dans la Gaule, où les empereurs leur avaient accordé des concessions
de terre. On peut voir le curieux article que le savant Hadrien Valois
leur a consacré dans la _Notitia Galliarum_.--S.-M.]
[Note 299: Ἐπεὶ δὲ περὶ τὸν Βικεντίωνα· πολίχνιον δὲ νῦν.... πάλαι
δὲ μεγάλη, ἦν. Jul. ep. 38. C'est sans doute par une faute de copiste
que dans cette lettre le Doubs est appelé le Danube, Δάνουβις.--S.-M.]
[Note latérale: XVIII. Mort d'Hélène, femme de Julien.
Amm. l. 21, c. 1, et ibi Vales. et l. 25. c. 4.