La guerre allumée dans le sein de l'église, jetait dans tout l'empire
plus de trouble et de désordre, que n'en avaient causé les fureurs
de l'idolâtrie. Ceux qu'on cherchait à détruire étaient en plus
grand nombre, et la cause n'était pas moins importante: le paganisme
avait attaqué Dieu; la doctrine d'Arius attaquait le fils de Dieu
consubstantiel à son père; et la persécution, quoique moins sanglante,
ne marchait pas avec moins de fracas et d'appareil. Athanase plus
brillant encore par les outrages dont on l'accablait, que par l'éclat
de ses vertus, avait l'honneur de voir sa cause unie avec celle de
Jésus-Christ: on demandait à la fois aux fidèles de souscrire à la
condamnation d'Athanase, et d'entrer dans la communion des Ariens. On
n'entendait parler que de nouvelles ordonnances: on voyait courir de
ville en ville des soldats, des greffiers, des officiers du palais,
portant des menaces pour les évêques et les magistrats, des sentences
et des fers pour les peuples. Ils étaient accompagnés d'ecclésiastiques
ariens qui leur servaient d'espions et de satellites. Par-tout on
criait aux évêques: _Signez, ou sortez de vos églises_. On les traînait
à la cour; on les enfermait sans leur permettre de voir l'empereur: ils
ne sortaient qu'après avoir signé, ou pour aller en exil. Constance
s'efforçait de grossir la liste des souscripteurs, afin de donner de la
considération à l'hérésie dont il était le chef, s'imaginant que ces
noms multipliés étaient pour l'arianisme autant de titres de noblesse.
_Il espérait apparemment_, dit saint Athanase, _changer la vérité en
changeant les hommes; mais_, ajoute-t-il, _quoiqu'il fût déshonorant
aux évêques de succomber à la crainte, il l'était encore plus aux
Ariens d'employer la terreur: c'était une preuve de la faiblesse de
leur doctrine; car ce n'est ni par les épées ni par les soldats qu'on
prêche la vérité; elle ne connaît d'autres armes que la persuasion_.
[Note latérale: AN 356.