Nicet. Thes. orth. fid. l. 5, c. 30.]

Les maîtres chrétiens placés autrefois auprès de lui par la main

de Constance, étaient sans doute des Ariens qui avaient versé dans

son cœur le poison de l'hérésie. Il fut confirmé dans l'erreur par

les insinuations d'Aëtius. Cet impie, après avoir long-temps rampé

dans la poussière où il était né, s'éleva jusqu'à devenir l'oracle

du prince, et le chef d'un parti. Il était d'Antioche, fils d'un

soldat qui fut condamné à mort, et dont les biens furent confisqués.

Réduit dès l'enfance à une extrême misère, il fut d'abord ouvrier en

cuivre, ensuite orfèvre. Une fraude reconnue l'obligea de quitter

cette profession. Son impudence trouva une ressource dans le métier

de charlatan. Après y avoir amassé quelque argent, il se crut du

talent pour les sciences, et s'attacha à Paulin évêque d'Antioche.

Eulalius successeur de Paulin l'ayant chassé de la ville, il se retira

à Anazarbe en Cilicie, où l'indigence le contraignit de se mettre au

service d'un grammairien, qui lui apprit ce qu'il savait. Il se fit

encore de mauvaises affaires en cette ville; mais il trouva un asyle

dans la maison de l'évêque Athanase, Arien déclaré, qui l'initia dans

les matières de théologie. Il prit les leçons de plusieurs autres

Ariens, et revint à Antioche, où l'évêque Léonce après l'avoir fait

diacre, fut presque aussitôt forcé de l'interdire. Retourné en Cilicie

il entra en dispute contre un Gnostique, qui remporta publiquement

sur lui un tel avantage, que ce sophiste orgueilleux en pensa mourir

de honte et de douleur. Aëtius crut avoir besoin d'un renfort de

dialectique; il alla l'étudier dans l'école d'Alexandrie; et dès qu'il

fut instruit des catégories d'Aristote, il se crut invulnérable. Il

était subtil, opiniâtre, effronté, et la force de sa voix suppléait à

son ignorance. Il prit dans cette ville contre un Manichéen la revanche

de l'affront qu'il avait reçu du Gnostique: son adversaire confondu

mourut de chagrin. Fier de cette victoire et tout hérissé de sophismes,

il courut quelque temps de ville en ville, disputant toute la journée,

et travaillant pendant la nuit à son métier d'orfèvre pour subsister.

Plus hardi que les autres Ariens, il enchérit sur Arius lui-même,

qui avait, disait-il, trahi la foi par une lâche condescendance.

Il soutenait que le fils était créé, et d'une substance absolument

différente de celle du père. Il donna naissance à la plus détestable de

toutes les branches de l'arianisme; qu'on appela tantôt les _Aëtiens_,

tantôt les _Anoméens_. Son sécrétaire Eunomius, imbu de sa doctrine,

lui succéda et donna aussi son nom à cette secte. Les blasphèmes

d'Aëtius le firent surnommer l'_Athée_. Les autres Ariens l'avaient en

horreur; et d'abord quelques-uns d'entre eux le rendirent si odieux à

Gallus, que ce prince donna ordre qu'on le cherchât et qu'on lui rompît

les jambes. Léontius vint à bout de faire révoquer cette sentence;

et peu de temps après, Aëtius sut si adroitement s'insinuer dans la

confiance du César, qu'il devint son Théologien, et le missionnaire

qu'il employait auprès de Julien, pour le retenir sur le penchant qui

l'entraînait à l'idolâtrie.

[Note latérale: AN 354.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 77 / 331 题