Tel est le portrait que les histoires les plus détaillées nous ont
laissé du gouvernement de Gallus. Julien l'excuse; il attribue la
dureté de son caractère aux mauvais traitements qu'il avait essuyés
pendant sa première jeunesse. Zosime est trop zélé partisan de Julien
pour le démentir: il prétend que la disgrace de Gallus ne fut qu'un
effet de la malice des courtisans et des eunuques. Les écrivains
ecclésiastiques s'accordent presque tous sur les louanges de ce prince;
ils lui font honneur de plusieurs succès qu'il eut contre les Perses,
dont ils ne donnent cependant aucun détail; ils lui supposent une
ame vraiment royale; ils relèvent sa piété. Mais quelque respectable
que soit le témoignage de quelques-uns de ces auteurs, des éloges
vagues et destitués de preuves, ne me semblent pas devoir l'emporter
sur l'autorité d'Ammien Marcellin, historien fidèle, désintéressé,
témoin lui-même de tout ce qu'il raconte, et qui peint le caractère de
Gallus par des faits circonstanciés. La translation des reliques de
saint Babylas, la destruction de l'idolâtrie à Daphné, le contraste
qu'on était bien aise de faire valoir entre Gallus et Julien, lorsque
celui-ci eut renoncé à la religion chrétienne un extérieur de piété et
quelques pratiques religieuses, qui ne sont vraiment louables que quand
elles sont le fruit et non pas seulement l'écorce de la vertu, n'ont
pas manqué de prévenir les auteurs chrétiens en faveur de ce prince.
C'est pour les mêmes raisons qu'ils prodiguent quelquefois les plus
grands éloges à Constance. Il est vrai que Gallus malgré tant de vices
resta toujours attaché au christianisme. Nous avons la lettre qu'il
écrivit à Julien pour le détourner de l'apostasie: elle respire le zèle
et l'amour de la religion; mais elle porte l'empreinte de l'arianisme.
[Note latérale: XIV. Histoire d'Aëtius.
Epiph. hær. 76, t. 1, p. 192-193.
Greg. Nyss. l. 1, contra Eunom. t. 2, p. 292.