Tandis que Constant, emporté par le plaisir de la chasse, passe
son temps dans les forêts, Marcellinus intendant des finances, et
Chrestus un des plus distingués entre les commandants des troupes, se
liguent avec Magnence. Ils gagnent plusieurs officiers du palais et de
l'armée, mécontents du peu de considération qu'ils avaient dans une
cour voluptueuse. Marcellinus était le chef de l'intrigue; il aurait
pu travailler pour lui-même; mais dans ces entreprises hasardeuses
le second rôle est toujours moins dangereux: il aima mieux être le
maître de l'empereur que de l'empire. Il fixa le jour de l'exécution
au 18 janvier, sous le consulat de Sergius et de Nigrinianus. C'était
l'anniversaire de la naissance de son fils, et les pères de famille
célébraient ce jour-là par un grand festin. La cour était alors à Autun
[_Augustodunum_]. Il invita Magnence avec les premiers de la ville, et
les principaux officiers de l'armée. Quelques-uns des conviés étaient
du complot. La joie de la fête prolongea le repas fort avant dans la
nuit. Magnence, étant sorti de la salle sans qu'on y fît attention, y
rentre un moment après, comme dans une scène de théâtre, escorté de
gardes, avec tout l'appareil de la dignité impériale. Les conjurés le
saluent du nom d'empereur: les autres restent interdits; il parle, et
ses paroles appuyées de menaces que l'effet allait suivre, déterminent
les plus difficiles à persuader: l'acclamation devient générale.
Accompagné de ce cortége, il marche au palais, s'empare des trésors, et
les prodigue à sa troupe. Il pose des gardes aux portes de la ville,
avec ordre de laisser entrer tous ceux qui se présenteraient, mais de
ne laisser sortir personne. Dès le point du jour tous les habitants
environnent le palais; le peuple des campagnes accourt à la ville; un
corps de cavalerie illyrienne, qui venait pour recruter les armées de
la Gaule, se joint à eux. Tous les officiers des troupes se réunissent;
et la plupart sans savoir la cause de ce tumulte, entraînés par
l'exemple des conjurés, reconnaissent à grands cris le nouvel Auguste.
[Note latérale: VII. Mort de Constant.
Vict. epit. p. 225 et 226.
Eutr. l. 10.
Amm. l. 15, c. 5.
Zos. l. 2, c. 42.
Zon. l. 13. t. 2, p. 13 et 14.
Hier. chron.
[Idat. chron.]]
Malgré les précautions de Magnence, Constant, qui s'occupait de la
chasse, dans un pays fort éloigné d'Autun, fut instruit de la révolte.
Il voulait se sauver en Espagne; mais Gaïson, envoyé par le tyran avec
une troupe d'élite, l'atteignit à Elne [_Helena_][1], au pied des
Pyrénées. L'infortuné prince, abandonné de tous, excepté d'un Franc
nommé Laniogaise, fut massacré la treizième année de son règne, et la
trentième de son âge. Quelques auteurs rapportent que se voyant sans
secours, il quitta les ornements de sa dignité, et qu'il se réfugia
dans une chapelle, d'où on l'arracha pour l'égorger.
[Note 1: Cette ville, appelée antérieurement _Illiberis_, est
à quelque distance de Perpignan, dans le Roussillon (Pyrénées
orientales).--S.-M.]
[Note latérale: VIII. Suites de la révolte de Magnence.
Jul. or. 1. p. 26, ed. Spanh.
Eutr. l. 10.
Zos. l. 2, c. 43.
Socr. l. 2, c. 25.
Zon. l. 13, t. 2, p. 14.