LE MÊME.

«Rome, samedi 9 mai 1829.

«J'ai pris congé du pape avant-hier. Je comptais pouvoir me mettre

en route mardi soir 12, mais quand il faut mener une femme et des

gens avec soi, les choses ne vont pas si vite. Les voitures ne

seront pas prêtes mardi, et Mme de Chateaubriand a une violente

attaque de ses maux. Nous serons retardés de quelques jours. Je

vous ai écrit que je serais à Paris du 20 au 25: ne m'attendez que

du 25 au 30, mais songez que, quand vous recevrez ce billet, je

serai parti de Rome, et que j'aurai déjà franchi la moitié de ce

terrible espace qui m'a si longtemps séparé de vous!

«Vous croyez que je m'entendrai avec M. de Laval; j'en doute. Je

suis disposé à ne m'entendre avec personne, étant mécontent de tout

le monde, et ne demandant que le repos et l'oubli. J'arrivais dans

les dispositions les plus pacifiques, et les gens s'avisent de me

chercher querelle. Tandis que j'ai eu des chances de ministère, il

n'y avait pas assez d'éloges et de flatteries pour moi dans les

dépêches; le jour où la place a été prise, on m'annonce sèchement

la nomination de M. de Laval dans la dépêche la plus rude et la

plus bête à la fois. Mais pour devenir si plat et si insolent d'une

poste à l'autre, il fallait un peu songer à qui l'on s'adressait,

et M. Portalis en aura été averti par deux mots de réponse. Il est

possible qu'il n'ait fait que signer sans lire, et cela peut être

l'oeuvre de Bourgeot ou de Rayneval! N'importe, je les retrouverai.»

LA REINE HORTENSE À Mme RÉCAMIER.

«Rome, ce 10 mai 1829.

«Chère Madame, je ne veux pas qu'un de vos amis[79] quitte le lieu

que j'habite, et où j'ai été heureuse de vous retrouver, sans vous

porter une marque de mon souvenir; je désire aussi que vous soyez

auprès de lui l'interprète de mes sentiments. Les aimables procédés

se montrent dans les plus petites choses et se sentent aussi par

ceux qui en sont l'objet, sans pouvoir bien les exprimer; mais la

bienveillance qui a pu percer jusqu'à moi m'a laissé le regret de

n'avoir pu connaître celui que j'ai su apprécier, et qui, sur une

terre étrangère, me représentait si bien la patrie, du moins comme

j'aimerais toujours à la voir, amie et protectrice. Je vais bientôt

retourner dans mes montagnes, j'espère avoir là de vos nouvelles.

Ne m'oubliez pas tout à fait; songez que je vous aime et que votre

amitié a contribué à calmer une des plus vives douleurs de ma vie.

Ce sont deux souvenirs inséparables: aussi ne doutez jamais des

tendres sentiments dont il m'est doux de vous renouveler

l'assurance.

«HORTENSE.»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (2/2) · 第 142 / 214 题