«Rome, 4 avril 1829.
«Je reçois votre lettre du 23 mars. Je vois en même temps, dans le
_Constitutionnel_ toute sa bataille avec le _Messager_ sur mon
discours; puis sera survenue la réponse toute en louanges du
cardinal Castiglioni, puis la nomination de ce même cardinal pour
pape. Il ne s'agit pas de tout cela à présent, mais de vous voir.
Vous allez perdre votre nièce; vous me retrouverez: sera-ce une
compensation?
«Le congé est demandé. Quant aux projets de ministère, je n'y ai
pas du tout le coeur. Mon goût décidé est le repos, et s'il me passe
encore quelquefois des rêves de puissance par la tête, je ne les
dois qu'aux inspirations étrangères à mon état naturel. Laissons
tout cela. Je vous verrai bientôt; bientôt vous serez ici, ou je
serai à l'Abbaye-au-Bois.
«Ma santé n'est pas bonne: je ne me promène pas du tout le soir; je
me soigne comme si j'étais un autre; je prends deux fois le jour le
lait d'ânesse; je marche deux heures avant mon dîner par régime, je
ne veille qu'à mon corps défendant, et, malgré tout, je souffre.
Avant-hier, dans la nuit, j'ai cru que j'étoufferais; ma goutte ou
mon rhumatisme était remonté dans mon estomac et de là dans ma
tête. Je ne suis plus qu'un invalide dont le coeur reste tout entier
pour vous.
«Demain on couronne mon pape, mais le temps est affreux; il pleut à
verse depuis cinq ou six jours. Mercredi, je donne à dîner à tout
le conclave, et jeudi à la grande-duchesse Hélène de Russie.
«J'oubliais de vous dire que le cardinal Fesch s'étant très-bien
conduit dans le conclave et ayant voté avec nos cardinaux, j'ai
franchi le pas et je l'ai invité à dîner. Il a refusé par un billet
plein de mesure, auquel j'ai répondu par le billet ci joint.»