LE MÊME.

«Rome, samedi 22 novembre 1828.

«Le courrier encore non arrivé! Et ce qui me fait le plus enrager,

c'est qu'apparemment vous éprouvez les mêmes retards, et vous vous

perdez dans mille _injustices_. Je vous l'ai dit et répété: je vous

écris trois fois par semaine, et mes lettres doivent vous arriver

par paquets. Jeudi dernier, 20, je vous ai parlé de _Moïse_ et de

Taylor, approuvant tout ce que vous avez fait et ferez. J'attends à

présent la nouvelle de la lecture au comité.

«Je continue dans la disposition où vous me trouvez dans toutes mes

lettres. Plus je vais, plus je suis déterminé à finir ma carrière

politique. Il est temps que je disparaisse de la scène du monde;

c'est auprès de vous que je trouverai, pour le peu de jours qui me

restent, le repos et le bonheur que, jusqu'à présent, j'ai en vain

demandés au ciel. Je ne fais presque rien ici. J'ai jeté sur le

papier quelques idées pour mes Mémoires. J'ai fait quelques

dépouillements historiques. Je viens d'achever, sur l'état actuel

des affaires en Europe, une note assez longue que La Ferronnays me

demandait.

«Je suis toujours extrêmement content du gouvernement romain; il

vient encore de m'accorder la liberté d'un Français, du reste assez

coupable, condamné à cinq ans de détention. Le cardinal Bernetti

est tout à fait un homme d'État, et la modération du souverain

pontife est admirable. Mais enfin, je ne suis ici que par accident;

ma présence y est tout à fait inutile au service du roi; tout autre

que moi et surtout l'excellent duc de Laval, fera, et beaucoup

mieux que moi, ce que j'ai à faire à Rome. Par mon absence, j'ai

donné la paix au ministère; par mon retour dans mon _infirmerie_,

je ne troublerai point cette paix. Je ne demande rien que la

retraite et l'oubli. Il est facile de s'entendre avec un homme

aussi accommodant. À vous pour la vie.»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (2/2) · 第 87 / 214 题