--D'autant mieux que Térii, parmi les nombreuses lignées conservées dans
la mémoire des prêtres, avait habilement choisi la plus flatteuse, par
laquelle s'affiliait le chef au façonneur des cieux, de la mer et des
terres, par laquelle il se reliait, en quatorze générations, à l'origine
des êtres.
«_Dormait Téü avec la femme Tétupaïa du maraè Raïatéa:
De ceux-là naquit Vaïraatoa, qui est dit Pomaré.
Dormait Vaïraatoa avec la femme Tétua-nui Réia, du maraè Raïatéa:
De ceux-là naquirent Térii Navahoroa vahiné, puis Tunui é aï i té
Atua, qui est dit aussi Pomaré, qui est l'Arii-rahi._»
Le dernier de ces noms, il le prononça en regardant le chef. L'Arii,
ennobli de la sorte, ne cachait pas son agrément. Cette ascendance
affirmait ses droits sur les îles Paümotu, dont son ancêtre Taároa
Manahuné avait été possesseur.
Térii poursuivait. Afin d'étaler toutes les prérogatives, il dénombrait
les genèses, fort douteuses, à dire vrai, qui rattachaient Pomaré aux
Arii de Papara:
«_Dormait le chef Tavi, du maraè Taütira, avec la femme Taürua,
puis avec la femme Tüitéraï du maraè Papara:
De ceux-là naquit Tériitahia i Marama.
Dormait Téritahia i Marama avec la femme Tétuaü Méritini, du
maraè Vaïrao..._»
Il disait tout d'une haleine les beaux noms ancestraux, marquant d'un
geste mesuré du bras chacun des accouplements éternels. Un bruissement
montait de la foule emmenée par le rythme, par le balancement des mots,
et qui récitait, elle aussi, les séries originelles interminablement
redoublées.
«... _De ceux-là naquirent Aromaïtéraï, du maraè Papara; et
Tuitéraï, qui dormait avec Téroro.
Dormait Aromaïtéraï, avec Téraha-Tétua: