L'INTRONISATION DE YUAN-CHI-KAI

Moins d'un mois après son élection à la présidence définitive de la

République chinoise, on apprenait que Yuan-Chi-Kaï venait de se

débarrasser, par un coup d'État, de toute l'opposition parlementaire.

Les 300 députés appartenant au kouo-ming-tang, c'est-à-dire à

l'opposition radicale, étaient exclus du Parlement. Ce coup de force a

peu surpris.

Les Européens qui, comme notre confrère Jean Rodes, le distingué

correspondant du _Temps_, ont été témoins de l'élection présidentielle

et de l'installation--véritable intronisation--au Palais impérial du

président Yuan-Chi-Kaï, n'ont point, en effet, conservé de doutes sur le

caractère peu constitutionnel et quasi monarchique du régime que l'on

instaurait. A propos des opérations électorales qui durèrent, le 6

octobre, de 10 heures du matin à 7 heures du soir, M. Jean Rodes a noté

cet incident caractéristique:

«Plusieurs centaines d'habitants de Tien-Tsin, délégués par la Chambre

de commerce de cette ville et venus, le matin, en chemin de fer,

s'arrogèrent, avec évidemment l'acceptation de Yuan-Chi-Kaï, dont ils

étaient partisans, la police de la salle. Vers le milieu de la journée,

des parlementaires ayant voulu sortir pour manger, ces gardiens

improvisés les en empêchèrent absolument. Ils consentirent seulement à

leur faire parvenir quelques vivres. C'est donc pour ainsi dire à l'état

de prisonniers et surveillés par des gens sans mandat que les députés et

sénateurs procédèrent à l'élection...»

Quatre jours après, le 10 octobre, le président Yuan-Chi-Kaï recevait

solennellement l'investiture légale, en présence de tous les hauts

dignitaires des Chambres et des ministres étrangers.

«Affublé d'un costume de général moderne couleur bleu de ciel et coiffé

d'un haut képi surmonté d'un panache blanc, Yuan-Chi-Kaï, dit M. Jean

Rodes, était, d'une manière assez peu en harmonie avec cette tenue

militaire, porté en chaise. Une foule de dignitaires, vêtus du même

uniforme, se pressaient et trottinaient autour de lui, selon la plus

vieille coutume des cours orientales.»

1. Le président Yuan-Chi-Kaï.--2. S. E. Don Luis Pastor, doyen du corps

diplomatique, ministre d'Espagne.--3. S. E. M. Wallenberg, ministre de

Suède.--4. S. E. M. A. Conty, ministre de France.--5. S. E. M. de

Cartier de Marchienne, ministre de Belgique.--6. S. E. le comte

Aklefelt-Laurvig, ministre de Danemark.--7. S. E. M. Williams, chargé

d'affaires des États-Unis.--8. S. E. Lou-Tseng-Tsiang, ministre des

Affaires étrangères, Wai-Kiao-Pou.--9. S. E. H. Kroupensky, ministre de

Russie.--10. S. E. M. Yamaza, ministre du Japon.--11. S. E.

Tsao-Jou-Linn, vice-ministre des Affaires étrangères.--12. S. E. M.

Bathala de Freitas, ministre de Portugal.--13. S. E. le comte von

Limburg-Stirum, ministre des Pays-Bas.--14. S. E le baron von

Seckendorff, ministre d'Allemagne.--15. S. E. Leang-Cheu-Yi, secrétaire

général de la présidence.--16. M. le chevalier Daniel Varé, chargé

d'affaires d'Italie.--17. M. J. B. Alston, chargé d'affaires de

Grande-Bretagne.--18. Amiral Tsai-Ting-Kan, conseiller du

président.--19. le général Yin-Tchang, conseiller du président.--20. M.

Herrera de Huerta, ministre du Mexique.--21. M. Tang-Tsai-Fou,

conseiller au ministère des Affaires étrangères.--22. M. Tang-Hoa-Long,

président de la Chambre des députés, Tchong-Yi-Yuan.--23. M.

Wang-Chia-Siang, président du Sénat, Tsan-Yi-Yuan.--24. M. le comte des

Fours, chargé d'affaires d'Autriche-Hongrie.--25. Amiral Liou-Kuan-Hsun,

ministre de la Marine.

La solennité eut lieu dans la vaste salle où l'empereur se tenait

autrefois pour les grandes réceptions annuelles. Lorsque Yuan-Chi-Kaï

eut fait son entrée, il gravit la haute estrade impériale et s'installa

délibérément à la place du trône où des chambellans, les uns en habit,

les autres en redingote, l'entourèrent. Le président, dans ce décor et

avec ces formes monarchiques, lut un long discours. Puis, à un

commandement du maître des cérémonies, tous les Chinois présents

s'inclinèrent profondément trois fois. La réception diplomatique eut

lieu ensuite. Après quoi le prince Pou Loun, vêtu lui aussi en général

bleu, vint au nom de la famille impériale présenter ses voeux et offrir

un cadeau. Une grande parade militaire, le défilé de 18.000 hommes

devant les portes du palais, termina ces cérémonies qui devaient

marquer, pour l'histoire, les débuts pittoresques et un peu gauches de

la République chinoise dans le monde moderne.

Le lendemain, le président Yuan-Chi-Kaï réunissait dans un déjeuner

suivi d'une garden-party les chefs de mission et le personnel des

légations, et c'est au cours de cette fête, plus intime, que fut prise

la photographie ici reproduite de Yuan-Chi-Kaï, en son bel uniforme bleu

et archigalonné de président ou de généralissime, au milieu des

ministres accrédités en sa capitale.

[Illustration: Le président Yuan-Chi-Kaï, entouré des membres du corps

diplomatique à Pékin.--_Phot. Fu Sheng._]

[Illustration: APRÈS LA TEMPÊTE.--Les épaves du «Mesolonghion» jeté à la

côte près de Casablanca; à l'arrière-plan, le «Nana Martini» échoué.

_Photographie Ch. Ratet._]

_Le coup de vent qui, à la fin du mois dernier, a soufflé sur

l'Atlantique a sévi avec une violence particulière sur les côtes du

Maroc, où la mer est toujours si dure. Le 29 octobre, la tempête jetait

à la côte un voilier français, la_ Marguerite, _à Rabat, et trois autres

navires mouillés en rade de Casablanca, le_ Liria, _espagnol, le_

Mesolonghion; _battant pavillon hellénique, et le_ Nana Martini,

_allemand. Aux premières nouvelles de ces trois derniers sinistres, le

général Franchet d'Esperey et le général Ditte se portaient sur la

plage. Les secours furent organisés rapidement. Mais le_ Mesolonghion,

_le plus en danger et le premier secouru, fut vite mis en pièces par les

vagues furieuses. Quatorze de ses matelots disparurent. Le_ Nana

Martini, _échoué non loin de là, put débarquer sans pertes son équipage.

Quant au_ Liria, _le sauvetage des marins qui le montait fut long,

dangereux, fertile en péripéties. Il fut l'occasion de maints actes de

courage et de dévouement. Là encore tout le monde fut sauf, mais le

navire était perdu. Ce véritable raz de marée a été, pour le port de

Casablanca, en construction, une rude et excellente épreuve. On n'était

pas sans inquiétude quant aux fondations des môles, que les prophètes de

malheur disaient devoir être balayées comme des fétus. Elles ont, au

contraire, résisté admirablement_.

L'Illustration, No. 3690, 15 Novembre 1913 · 第 20 / 41 题