Ainsi que tous les bulletins quotidiens du séjour de M. Loubet en
Portugal se sont accordés à le constater, la réception faite au
président de la République française a été remarquablement cordiale et
brillante. Si, d'une part, la population, très démonstrative, n'a pas
ménagé ses chaleureuses ovations, d'autre part, les souverains n'ont
rien négligé pour rehausser l'éclat des fêtes données en l'honneur de
leur hôte. Celui-ci a, d'ailleurs, exprimé à plusieurs reprises son
impression personnelle en des termes significatifs, notamment le dernier
jour, lorsque, à l'occasion de sa visite à l'hôtel de ville de Lisbonne,
répondant au discours du président de la municipalité, il a dit: «Je vis
ici dans un enchantement perpétuel, De mon arrivée jusqu'à mon départ,
j'ai résidé dans un palais des _Mille et une Nuits._»
La mise en scène déployée fut, en effet, d'une magnificence
merveilleuse. On peut citer, comme exemple, les sept voitures de grand
gala de la cour, sorties pour la circonstance du musée de Belem,
superbes modèles de carrosserie et d'art décoratif des dix-septième et
dix-huitième siècles. Le plus beau carrosse, attelé de huit chevaux, où
les deux chefs d'État prirent place--les personnages de la suite
occupant les autres--a été construit sous le règne du fastueux Jean V:
surchargé d'ornements et d'ors, ses panneaux sont décorés de sujets
genre Watteau, exécutés par le peintre français Quillard; l'intérieur
est tendu de soie cramoisie.
A signaler encore la surprise finale d'une curieuse reconstitution:
trois vénérables reliques du dix-septième siècle, trois galères royales,
à la proue dorée en forme de chimère, à la vaste cabine d'arrière,
tirées exceptionnellement de l'arsenal et équipées de leurs rameurs, au
nombre de cent, quatre-vingts et quarante, revêtus du costume des
anciens galériens, vareuse rouge et bonnet rouge liséré de jaune aux
armes portugaises, maniant en cadence des avirons à manche rouge, à
palette blanche semée de dauphins bleus. C'est une de ces embarcations
historiques qui, le dimanche 29 octobre, transporta le roi, la reine et
M. Loubet à bord du cuirassé _Léon-Gambetta_, où, avant l'appareillage,
devait avoir lieu le déjeuner offert par le président.
[Illustration: En rade de Lisbonne, le 29 octobre, pendant le déjeuner
d'adieu offert par le président de la République au roi et à la reine de
Portugal, à bord du _Léon-Gambetta_: les galères royales accostées au
cuirassé français.]
[Illustration: De gauche à droite, au premier rang: MM. Jean Bonnenille,
président; Charles Rouvier, ministre de France; Max Doyan. Au deuxième
rang: MM. Lucien Lallemant; docteur Pompei; A. Leroux; Emile Lefrapper;
Fernand Pouget; Maurice Garrelon; Georges Chaigneau; Léon Lacombe. Les
délégués de la colonie française à Lisbonne chargés d'organiser les
fêtes en l'honneur du président de la République.--_Phot. Benoliel._]