Romans.
On nous a conté souvent les exploits des «fils à papa». Ce sont des
«fils à maman» que M. René Boylesve, l'auteur de _l'Enfant à la
balustrade_, met en scène dans son nouveau et délicieux roman: _le Bel
Avenir_ (Calmann-Lévy, 3 fr. 50). Les «fils à maman» de l'ingénieux
écrivain ne sont pas de bien grands caractères. Mais leurs mères: Mme
Dieulefait d'Oudart, Mme Chef-Boutonne et Mme Lapoiroux, quelles
héroïnes! Quels efforts pour assurer à leurs fils le «bel avenir» de
tous les rêves maternels! Quel ressort, quels rebondissements après les
échecs! Et surtout quelles habiletés raffinées--chez les deux
premières--pour sauver la face dans les passes critiques! La fierté
spéciale, l'amour-propre indomptable des mères de fils unique ont été
finement observés par M. René Boylesve. Son livre est ironique sans
malveillance. Celui qui le lit se surprend à sourire aux bons passages:
et il y a de bons passages à tous les chapitres.
--M. Marcel Batilliat est de ceux qui poursuivent un dessein quand ils
l'ont formé. Matériellement, il avait entrepris d'écrire une série de
trois romans sous le titre général: _le Règne de la Beauté_. Après _la
Beauté_ et _Versailles-aux-Fantômes_, il nous donne aujourd'hui _la
Joie_ (Mercure ne France. 3 fr. 50). Il annonce maintenant le _Règne de
l'Action_ et _le Règne de la Sagesse_. C'est un beau programme
d'écrivain. Faut-il tenter de résumer en quelques mots le sujet de _la
Joie_? Ce serait aller contre le désir d'un auteur qui s'exprime ainsi
dans un curieux avant-propos: «Les jeunes femmes qui figurent, avec de
rares comparses volontairement effacés, les seuls personnages de _la
Beauté_, de _Versailles-aux-Fantômes_ et de _la Joie_, ne tiennent leur
raison d'être ni de leurs aventures, ni de leurs crises sentimentales.
Le milieu social où elles évoluent demeure strictement assez précis pour
qu'elles semblent vivre de notre vie et de notre temps; leurs actions,
dégagées de toute intrigue romanesque, se résument aux phases
essentielles et nécessaires de leur existence. Geneviève de Ceyneste,
Cillette Tynanges, Marie Nuaillère et leurs quelques amies ignorent des
contingences tout le relatif et le momentané: elles ne sont étudiées que
dans leurs rapports avec le cadre de nature qui les entoure et les
influence, et selon l'instinct éternel qui les émeut et les dirige...
Les romans du _Règne de la Beauté_, comme ceux du _Règne de l'Action_ et
du _Règne de la Sagesse_ qui paraîtront ensuite, ne prétendent ni
analyser ni décrire; mais concréter et résumer le plus d'humanité
possible dans les attitudes naturelles de quelques jeunes femmes
symboliques,--semblables pourtant, par leur mentalité et leur évolution,
à beaucoup de jeunes femmes de cette époque. Ces livres sont donc
l'essai et l'expression première d'un art qui veut s'efforcer avant tout
vers une interprétation _harmonieuse_ et _décorative_ de la nature, de
la pensée moderne et de la vie.» C'est un peu obscur, mais il n'y a
qu'en citant un écrivain que l'on soit sûr de ne pas le trahir.
_Questions d'actualité._ Après M. Gabriel Veyre, qui publiait récemment:
_Au Maroc: dans l'intimité du sultan_ (Librairie Universelle, 3 fr. 50),
voici qu'un autre collaborateur de _L'Illustration_, M. Jean du Taillis,
qui accompagna l'hiver dernier à Fez la mission Saint-René-Taillandier,
publie à son tour un volume très abondamment et luxueusement illustré
sur _le Maroc, pittoresque_ (Flammarion, 10 fr.). Dans une
lettre-préface, M. Marcel Saint-Germain, sénateur d'Oran, constate que
ce livre est fait «d'actualité, d'observations précises et judicieuses,
de choses vécues». C'est le plus bel éloge qu'on puisse adresser, en peu
de mots, à l'auteur d'un ouvrage de ce genre.
--Comme les livres sur le Maroc, les volumes sur les États-Unis se
multiplient. Viennent de paraître coup sur coup: _l'Empire du travail
(la vie aux États-Unis)_, par Anadoli (Plon-Nourrit, 3 fr. 50), et _le
Vol de l'aigle (de Monroe à Roosevelt)_, par Joseph Ribet (Flammarion, 3
Fr. 50). Tous deux étudient, l'immense développement économique et
politique de la grande république nord-américaine au dix-neuvième
siècle. Et tous deux se préoccupent de voir déborder sur notre vieux
continent cette force toujours croissante.