C'est en 1895 que M. H. G. Wells a publié son premier ouvrage: _la
Machine à explorer le temps_. Il avait alors vingt-neuf ans et, depuis
cinq ans qu'il avait terminé ses études à l'Université de Londres, il
professait les sciences en divers établissements d'enseignement
secondaire de la capitale anglaise. Entre temps, il collaborait à des
publications scientifiques et littéraires, à des revues de tous genres
et même à des quotidiens. Encouragé par le succès de son premier roman,
il publia coup sur coup, la même année, un recueil de nouvelles qu'on
retrouve en partie dans le volume intitulé en français _les Pirates de
la mer_ et _la Merveilleuse Visite_; l'année suivante: _les Roues de la
Fortune_ et _l'Île du docteur Moreau_; en 1897, un recueil d'articles,
un recueil de nouvelles et _l'Homme invisible_; en 1898, _la Guerre des
mondes_; en 1899, _Quand le dormeur s'éveillera, Une Histoire des temps
à venir_ et _les Récits de l'âge de pierre_; en 1900, _l'Amour et M.
Lewisham_; en 1901, _Anticipations_ et _les Premiers Hommes dans la
Lune_; en 1902, _la Dame de la mer_ et _la Découverte de l'avenir_; en
1903, _l'Humanité en formation_ et _Douze Histoires et un Rêve_; en
1904, _Place aux géants_; en 1905, _Une Utopie moderne_; il a achevé
plusieurs romans, inédits encore, _Kips_, l'histoire d'un enfant; et un
autre, sans titre jusqu'ici et plus fantastique, paraît-il, qu'aucun des
précédents.
[Illustration: H. G. Wells.]
On a dit du fécond écrivain qu'il était le «Jules Verne anglais», mais
Jules Verne lui-même, qui avait une grande admiration pour son jeune
confrère, a fort bien marqué les différences qui les séparent et M.
Ch.-V. Langlois, de la Sorbonne, écrivait dans la _Revue de Paris_:
«Tout le monde a lu les livres de H. G. Wells, le nouveau Jules Verne
anglais, dit-on, mais un Jules Verne mieux informé, d'une fantaisie plus
puissante, et philosophe.» Et ce qui a assuré le grand succès de Wells,
en Angleterre et en Amérique comme sur le continent, c'est que tout le
monde peut le lire et que tout le monde le lit de plus en plus. Le
savant professeur qui discute les prestigieuses _Anticipations_ de Wells
prend un plaisir extrême à ses plus fantastiques récits; l'adolescent le
suit, l'imagination éblouie, dans les temps à venir et dans l'âge de
pierre, dans la lune ou à travers de plus lointains espaces; les
lectrices moins vagabondes sont émues par les amours de M. Lewisham ou
les tribulations de _la Merveilleuse Visite_, et les gens graves, les
sociologues, les hommes de science, ou de toutes les sciences,
s'émerveillent de ses audacieuses hypothèses, de ses prédictions
déconcertantes qui influencent puissamment le mouvement des idées
universelles. Et cet écrivain, ce penseur prodigieux a d'exquis moments
de gaieté souriante, pendant lesquels il révèle _la Vérité concernant
Pyecraft_ ou narre tel autre conte facétieux ou burlesque.