Salutations que nul ne peut compter! Vénérable Dom Maître, vous m'avez
promis autrefois de me prêter assistance autant que besoin serait et de
me promouvoir avant tous les autres. Vous avez ajouté qu'il me fallait
hardiment avoir recours à vous et qu'alors vous me suppéditeriez comme
un frère, car vous n'entendiez pas m'abandonner dans mes angoisses. Je
vous implore donc, et pour l'amour de Dieu, parce que la chose est
grandement nécessaire. Daignez subvenir à mes besoins, puisque cela est
en vos pouvoirs. Le Recteur ici a congédié un collaborateur; il en veut
prendre un autre. Qu'il vous plaise donc écrire pour moi une lettre de
recommandation afin qu'il acquiesce et vienne à m'accepter. Je n'ai plus
le sou, car j'ai tout dépendu pour acheter des livres et des bottes.
Vous connaissez bien ma suffisance, par la gloire de Dieu! puisque
j'étais en seconde quand vous professiez à Deventer. Ensuite je suis
resté un an à Cologne pour me préparer au degré de Bachelier, où j'eusse
été promu vers la Saint-Michaël, si j'avais eu de l'argent. Je sais
résumer pour les élèves l'_Exercice des enfants_ ou l'_Œuvre mineure_ en
la seconde partie. Je sais encore: l'art de scander, tel que vous me
l'enseignâtes, Petrus Hispanus dans tous ses traités, enfin, quelque peu
de philosophie naturelle. De plus, je suis chantre. Je sais la musique
chorale et figurée. Avec cela j'ai une voix de basse; je peux chanter
une note au-dessous de la gamme. Je ne vous écris pas ces choses par
jactance. Excusez-moi donc. Je vous recommande à l'Omnipotent.
Portez-vous bien.
_De Zwoll._