Malheur au rat qui, pour se cacher, ne possède qu'un trou!
Moi aussi pourrai-je dire, sauf le respect qui vous est dû, homme
vénérable, que je serais non moins pauvre, n'ayant qu'un seul ami, si,
quand il cogne sur moi, un autre ne survenait pour me traiter
affablement.
Témoin ce quidam poète, nommé Georgius Sibutus, lequel est un poète
séculier donnant des lectures publiques dans les parlottes et, d'autre
part, le meilleur fils du monde. Mais, comme vous ne l'ignorez pas, ces
poètes, quand ils n'ont pas comme vous leurs grades en Théologie,
s'ingèrent, à tout coup, redresser les autres, font maigre estime des
théologiens. Une fois, dans un _symposium_ qu'il donnait chez lui, nous
bûmes de la cervoise de Thourgau et restâmes attablés jusqu'à la
troisième heure. J'étais un peu saoul, parce que la bière m'avait tapé
sur la coloquinte. Il se trouva là un personnage qui se comporta fort
mal à mon endroit. Je lui offris un demi-verre qu'il accepta; par la
suite, il refusa de me tenir tête. Je l'attaquai trois fois, mais il ne
voulut répondre. Il prit un siège en silence et ne dit plus un mot.
Alors, celui-ci, pensai-je, te méprise; c'est un superbe qui te veut
molester. Et je fus remué dans ma colère. Je pris le gobelet puis, à
tour de bras, lui cognai son viédaze.
Là-dessus, notre poète Sibutus, irrité contre moi, de dire que j'avais
fait du boucan chez lui et que je n'avais qu'à foutre le camp au nom du
Diable.
A quoi je répondis: «Que m'importe à moi que vous me soyez ennemi? j'en
ai d'autres aussi méchants que vous et cependant je leur ai tenu tête.
Que m'importe que vous soyez poète? j'ai pour camarades force poètes qui
vous valent bien. Je vous estronte, vous et votre poésie. Que
croyez-vous donc? Pensez-vous que je sois un sot, né comme une pomme sur
un arbre?» Alors il m'a traité d'âne, me criant que je n'avais jamais
fréquenté de poètes. «L'âne est dans ta peau, lui repartis-je. Quant aux
poètes, j'en ai vu plus que toi.» Je vous nommai, puis nos Maîtres,
Sotphi du collège de Kneck, qui composa une glose notable, et Rutgerus,
licencié en Théologie du collège de Mons. Enfin, je gagnai la porte et,
depuis, nous n'avons cessé d'être ennemis.
C'est pourquoi je vous demande très cordialement de vouloir bien me
favoriser d'un _dictamen_ que j'ostenterai au Sibutus et à ses
compagnons, me voulant glorifier que vous êtes mon ami, autrement bon
poète que ce paltoquet. Écrivez-moi surtout les comportements du docteur
Joannes Pffefferkorn, s'il est encore en bisbille avec le docteur
Reuchlin, si vous le défendez encore comme par le passé; enfin
donnez-moi des nouvelles. Bonne santé dans le Christus.