Les batailles de Marathon et de Platée délivrèrent le Péloponèse et
chassèrent les Perses. Hérodote s'arrête après la libération de sa
patrie.
On voit qu'Hérodote est le premier des historiens, fort remarquables
et fort éclairés, que la Grèce nous a donnés comme les sources de
l'histoire; mais ce n'est point un historien primitif, tels que les
grands ancêtres de l'esprit humain aux Indes, en Chine et en Judée
nous ont apparu. Il écrivait bien des siècles après eux et dans un
style fort différent. Il ne croyait pas aux fables qu'il racontait: le
monde n'était plus assez jeune pour conserver la naïveté de son
enfance. L'âge de la critique était venu: son livre en est plein.
L'histoire est la foi des peuples: il n'y en avait plus que dans les
sanctuaires ou dans les colléges des prêtres: aussi c'était là qu'il
cherchait ses traditions pour les discuter. Il écrivit après les
Indes, après la Chine, dont il ne connaissait pas même le nom; après
Homère, prodige insondable d'histoire, de poésie, de philosophie et de
langue pour la Grèce; après la Sicile et la Grande Grèce italique, où
Pythagore avait enseigné; tout cela était vieux, lui seul était jeune.
Il vaudrait autant prendre aujourd'hui Voltaire pour le père de
l'histoire moderne. Excepté qu'il est plus sérieux, Hérodote a
beaucoup de rapport avec l'auteur du _Siècle de Louis XIV_. Il est le
père du bon sens dans l'histoire; mais de l'histoire, non; il faut
aller aux Indes, il faut aller à Moïse, pour trouver les historiens
sans critique, les historiens primitifs et miraculeux, miraculeux de
style comme de traditions; l'époque critique naît longtemps après; la
raison éclaire, mais elle n'impressionne pas. J'aime mieux le _Fiat
lux_ de Moïse que tout le sens commun d'Hérodote; mais Hérodote sert à
prouver aussi que le sens commun est très-vieux.
FIN DE CLIXe ENTRETIEN.