LE ROI LOUIS-PHILIPPE AU DUC DE BROGLIE[272].

Valenciennes, à onze heures du soir. Mercredi, 9 janvier 1833.

Mon cher duc,

Je m'empresse de vous renvoyer, selon votre désir, les extraits des

dépêches des 7 et 8 janvier que vous m'avez envoyés et je vous

remercie bien de ceux que vous avez pris la peine de faire vous-même

avec tant de clarté et de précision...

...En rapprochant toutes les circonstances, je crois que notre

expédition d'Anvers produit, au dehors comme au dedans, une

sensation bien plus forte que celle dont nous pouvions nous flatter.

Le refus de La Haye a pour objet de ne pas avoir l'air de céder à

notre force et de voir si notre désir d'éviter la guerre ne nous

fera pas céder aux insinuations et aux vœux de la Prusse, et je

pense par là-même, qu'à présent que nous avons fait des propositions

et qu'elles sont rejetées, nous devons nous abstenir d'en faire de

nouvelles et attendre que le roi de Hollande daigne nous en faire.

Je ne crois pas que nous ayons longtemps à attendre; je vois

d'autant moins de raison de lui en faire, qu'il n'ose pas fermer

l'Escaut, et que l'opinion de son pays l'éloigne de son système de

résistance. Je crois donc que c'est à notre tour à faire _les

renchéris_. Nos deux administrations sont bien rassises en France et

en Angleterre, notre union est bien resserrée par notre victoire et

la loyauté de notre rentrée; ainsi, en langage de soldat, _restons

l'arme au bras_ et voyons venir...

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 206 / 313 题