Où Marcel éprouve plusieurs surprises plus agréables les unes que les
autres.
La soirée était sombre et sans lune. Au coucher du soleil, le temps
s’était mis à l’orage, le vent s’était levé et soufflait avec force.
--La nuit sera mauvaise, dit Marcel, qui était allé dans le hangar
chercher un bottillon de paille pour faire un lit à sa chienne.
Il étendit la paille au pied de l’espèce de coffre servant de lit et en
forma une litière moelleuse.
Puis il retira la marmite du feu et mit le couvert: une assiette creuse,
un verre, une écuelle de lait, un pot d’eau, sa marie-jeanne encore au
tiers pleine de vin, une cuiller, une fourchette. Il posa sur une
assiette le jambon qu’il avait avec lui, alla couper un triangle du
fromage fabriqué par son prédécesseur, prit dans la huche, qui en
renfermait deux, une miche à moitié entamée, plaça un escabeau près de
la table, et, cela fait, il revint à la marmite, qu’il découvrit.
Un flot de vapeur s’éleva aussitôt et parfuma la pièce d’une odeur des
plus appétissantes.
Ho! ho! si je ne m’en étais douté depuis longtemps, voilà un fumet qui
me dénoncerait les excitants méridionaux si en honneur à Tarbes et
autres lieux circonvoisins.
Il ne s’était pas trompé: la marmite contenait un ragoût de haute
saveur, fait d’un quartier de chevreau cuit avec des pommes de terre, de
l’ail et des oignons auxquels on avait ajouté force sel et poivre.
Il partageait ses mets fraternellement avec Petiote, qui, de son côté,
faisait disparaître les os de chevreau avec un entrain admirable. Après
le ragoût, Marcel passa au fromage, qu’il trouva d’un goût exquis, très
fin et très aromatisé.
--Aussitôt que je serai définitivement installé, dit-il, il faudra que
je fasse des fromages et du beurre; cela me sera facile, puisque voilà
une baratte. Mes chèvres me donnent beaucoup plus de lait qu’il ne m’en
faut pour ma consommation; je ne veux pas le laisser perdre. Je vois que
je ne manquerai pas d’occupations. De même que Robinson Crusoé, me voilà
à la tête de deux habitations, une grotte et une hutte, maison d’hiver
et maison d’été; mais toutes deux sont assez mal closes: elles réclament
de sérieuses réparations pour me mettre à l’abri du vent, de la pluie et
du froid. Demain, au lever du soleil, après avoir trait mes chèvres, je
retournerai à ma grotte, je rapporterai ici tous mes bagages, et je me
motivai sans retard à la besogne.
Il quitta alors la table, lava la vaisselle dont il s’était servi et
remit tout en place. Cela fait, il arrangea le feu de façon à le faire
durer toute la nuit.
--Faisons notre lit, maintenant, dit-il. Il commença par enlever les
couvertures et les jeta de côté.--Elles ne sont pas trop mauvaises,
dit-il; bien lavées, elles me seront très utiles. Couchons-nous.
Au même instant la porte s’ouvrit avec fracas; le vent s’engouffra avec
fureur dans la hutte, éteignit la lampe et dispersa les cendres et les
tisons du foyer çà et là à travers la pièce.--Voilà une rude bourrasque,
dit Marcel, sans autrement s’émouvoir. J’ai cru un instant que mon
prédécesseur revenait, et que c’était lui qui annonçait si bruyamment sa
présence. Il se hâta de fermer la porte et de rallumer la lampe.
--Ma foi, dit-il en assurant la barre de bois qui faisait une fermeture
solide, je me clos parce que j’y suis contraint; si par impossible le
maître de céans venait à rentrer, il en serait quitte pour frapper.
Grâce à Petiote, je ne serai pas long à m’éveiller et j’aurai bientôt
ouvert.
Après avoir rassemblé les débris épars de son feu et l’avoir
suffisamment garni pour le conserver toute la nuit, Marcel se décida
enfin à s’étendre sur la paillasse qui lui tenait lieu de lit; il
éteignit sa lampe, s’enveloppa du mieux qu’il put; il ferma les yeux et
s’endormit presque aussitôt. Lorsqu’il s’éveilla, il faisait grand jour.
Il se leva d’un bond, il était transi. Son premier soin fut de raviver
le feu, dont les flammes bienfaisantes l’eurent bien vite réchauffé.
Puis il ouvrit la porte et les volets. Le temps était magnifique; le
ciel était bleu, sans nuages: le soleil brillait et mettait une
étincelle à chaque goutte de rosée; les oiseaux chantaient à pleine
gorge sous les frondaisons. Tout était gai et riant autour de la petite
hutte champêtre.
Marcel ne tarda pas à subir l’influence de ce réveil joyeux de la
nature.
Les chèvres traites allèrent brouter dans les rochers ce chèvrefeuille
des Alpes dont elles sont si friandes. Marcel mangea un morceau, puis il
siffla sa chienne, prit son bâton et quitta la hutte, dont il laissa la
porte ouverte.
Cette fois, au lieu de suivre le sentier, il coupa au plus court en
marchant à travers bois, car il avait hâte d’atteindre la grotte. Tout
en marchant aussi vite que le terrain accidenté le lui permettait, le
jeune homme regardait curieusement autour de lui, non par désœuvrement,
mais afin de se rendre compte des essences dont ce bois était composé;
il reconnut bientôt que ces essences étaient nombreuses, mais que les
ormes, les frênes et surtout les châtaigniers étaient en majorité. Ces
bois étaient précieux pour lui; il se promit de les utiliser au besoin
pour les réparations et les améliorations qu’il avait projetées. Tout à
coup il poussa une exclamation joyeuse. Il venait de découvrir tout
autour de lui une grande quantité de morilles poussant au bord des
fondrières, sous les frênes et les châtaigniers. Quelques-uns même de
ces champignons apparaissaient dans les cavités remplies de terre des
arbres les plus âgés.
C’était une découverte précieuse, la morille n’ayant pas d’espèces
vénéneuses et étant aussi inoffensive qu’agréable au goût.
Il continua donc son chemin. Bientôt il sortit du bois et se retrouva
dans la plaine à une courte distance du lac.
Tout était calme et reposé dans la plaine; une foule d’oiseaux
voletaient çà et là. Ce paysage si simple et si primitif, que la main de
l’homme n’avait pas encore gâté, avait un aspect pittoresque.
Un lapin partit à l’improviste presque sous les pieds du jeune homme.
--Hé! mon gaillard, dit gaîment Marcel, en le regardant courir et le
menaçant du doigt; tu as deviné que je n’avais pas mon fusil, hein? Sois
tranquille, toi et tes camarades, vous ne perdez rien pour attendre.
Quelques minutes plus tard, il rentrait dans la grotte; chaque objet
était dans l’état où il l’avait laissé.
--Définitivement, je suis bien véritablement seul ici, murmura-t-il
tristement. Il faut que j’en prenne mon parti.
Le retour s’effectua sans incidents d’aucune sorte, et comme Marcel
s’était hâté, son absence n’avait pas duré tout à fait deux heures.
Lorsqu’il se fut débarrassé de ses bagages, son premier soin fut de
procéder à l’inventaire de ce qu’il possédait.
On se rappelle que, la veille de son départ de la ferme de Beaurevoir,
son ami Pierre Morin lui avait enlevé son sac et que, sans le prévenir,
il l’avait remplacé par un autre beaucoup plus grand auquel il avait
ajouté une gibecière. Le généreux régisseur de la ferme modèle avait
exigé de son ancien élève la promesse qu’il n’ouvrirait pas le sac avant
d’être arrivé au terme de son voyage.
Malheureusement, depuis cet engagement pris, il s’était passé un
événement que ni Pierre ni Marcel n’avaient pu prévoir.
Bien qu’en réalité son voyage se trouvât ainsi terminé de fait, Marcel
hésita longtemps avant d’ouvrir le sac. Il se décida pourtant, non sans
étouffer un soupir, à procéder à l’inventaire de ses richesses encore
ignorées.
Il commença par la gibecière. Celle-ci, à laquelle plus d’un dur assaut
avait été déjà donné, était presque vide. Il y trouva au fond trois
boîtes de conserves destinées à égayer un déjeûner de la ferme. L’une
était plate et renfermait des petits pois; la seconde, ronde et haute,
et la troisième, qui affectait un volume intermédiaire, portaient pour
suscription: l’une, salmis de lièvre, l’autre, poulet marengo. Cette
découverte imprévue amena un franc éclat de rire sur les lèvres de
Marcel.
--Mon ancien professeur me traite en gourmet, dit-il; je le remercie
d’autant plus que, lorsque j’aurai mangé ces excellentes choses, les
boîtes de fer-blanc qui les contiennent me constitueront d’excellents
récipients.
Dans la valise il trouva encore un livre d’agriculture pratique et un
traité de botanique, ouvrages précieux pour lui, puis le reste du jambon
et la marie-jeanne contenant encore quelques gouttes de vin.
Le jeune homme détacha le fusil, l’enleva de l’étui et le monta. C’était
une arme fort belle, véritable chef-d’œuvre de Lepage. Elle avait un
double canon à rubans, était du système Lefaucheux, et le jeune homme ne
tarda pas à trouver l’occasion de s’assurer que, portant également le
plomb de chasse et la balle, son fusil était d’une justesse de tir
incomparable.
A l’étui du fusil était solidement liée une boîte assez longue
renfermant un assortiment complet de tous les outils de menuiserie.
Pierre Morin avait fait venir de Paris ces outils bien trempés et de
forme élégante, parce qu’il savait quel goût son élève avait pour les
travaux manuels.
Aussi le visage de Marcel fut-il resplendissant de joie.
--Voilà, s’écria-t-il, qui me sera d’un grand secours pendant les
journées pluvieuses et les longues veillées d’hiver. Avec ces beaux
outils, on peut défier l’ennui.
Au-dessus du sac, à l’examen duquel Marcel se décida enfin à procéder,
un long et large tube en fer blanc était retenu par trois courroies. Il
y trouva les quelques mains de papier, les crayons, les plumes, le canif
et la petite bouteille d’encre qu’il avait achetés à son passage à
Grenoble.
--Bon, dit-il en riant, je pourrai tenir un journal de mes faits et
gestes. Cela n’est pas à dédaigner, les pensées qu’inspire la solitude
doivent être justes et intéressantes. D’ailleurs, Robinson dans son île,
s’il m’en souvient bien, tenait un journal; ce sera un nouveau point de
ressemblance entre nous.
Tout en parlant ainsi, Marcel avait défait les boucles de son sac et
l’avait ouvert.
--Oh! oh! voici quelques vêtements et du linge. Dieu soit loué! Voyons
un peu: cinq chemises en toile toutes neuves, deux pantalons et deux
vareuses en solide coutil, une douzaine de mouchoirs, quatre paires de
bas de laine, deux gilets de chasse en étoffe chaude et moelleuse. J’en
ai là pour longtemps, d’autant plus que j’en prendrai grand soin. Si en
effet je suis condamné à rester ici diverses années, il me serait fort
difficile de renouveler ma garde-robe. Mais qu’est ceci? Des lames de
scie roulées comme des ressorts de montre! Il y en a huit de plusieurs
dimensions; celles-ci sont des lames destinées à une scierie à eau. Ce
brave Pierre n’a pas oublié que mon père adoptif a depuis longtemps le
désir de monter sur le Guiers-Mort une petite usine de cette nature.
Voilà maintenant des lames de rabot de plusieurs dimensions et de formes
diverses: lame à raboter, lame à tenons, lames à mortaises. Le bois ne
manque pas ici, je me charge d’emmancher convenablement ces précieux
outils. Bon! voilà une poire à poudre, des cartouches à balle et des
cartouches à plomb de numéros variés; j’ai des munitions pour longtemps.
Qu’est-ce encore cela: oh! le charmant elzévir! les _Essais_ de Michel
Montaigne? Oh! mon vieux philosophe, tu seras mon consolateur et mon
soutien quand sonneront les heures de tristesse et de découragement.
Mais qu’est-ce que je sens donc là entre deux chemises dans une boîte en
carton?
Il prit la boîte et l’ouvrit; elle contenait une superbe et excellente
montre en or de Leroy; deux chaînes de gilet, l’une en or, l’autre en
argent, étaient jointes à la montre. Dans la boîte se trouvait placé
également un papier plié en quatre; Marcel l’ouvrit et en lut le
contenu; il avait des larmes plein les yeux, larmes de joie,
d’attendrissement et de reconnaissance.
Ce papier contenait ces simples mots. Le jeune homme les relut vingt
fois avec la plus sincère et la plus profonde émotion.
«Cher Marcel, cette montre complète les surprises que je m’étais promis
de te faire, comme une faible preuve de mon éternelle amitié. Nul n’est
dans le secret de l’avenir; je veux que dans quelque situation que tu te
trouves, heureux ou malheureux, en regardant cette montre, tu penses à
moi comme à l’homme qui t’aime plus que tout au monde, pour le bien que
tu lui as fait. Si tu es heureux, mon souvenir te sera agréable en te
rappelant un être heureux qui te doit son bonheur; si tu es malheureux,
mon exemple te donnera du courage.
«Ton frère par le cœur, Pierre Morin.»
Marcel, en proie à une émotion poignante, demeura longtemps les regards
obstinément fixés sur ce billet qu’il tenait dans ses mains et que ses
larmes l’empêchaient de relire. Il soupirait et se laissait aller à la
plus amère mélancolie sans même tenter de réagir contre l’abattement
général qui le paralysait.
Mais peu à peu, sa tristesse se calma; la paix rentra dans son esprit;
il relut une fois encore le billet si court et si touchant de son ami,
dont il commenta chaque mot; puis il le plia et le serra précieusement
dans son portefeuille.
--Oh! mon cher et aimé Pierre, murmura-t-il doucement d’une voix émue;
ce billet est une prophétie, ton amitié t’a fait pressentir l’avenir
sombre et l’épreuve terrible que Dieu m’inflige. Tu as raison comme
toujours! Ton souvenir me rend non seulement mon courage, mais encore il
double mon énergie. Je serai digne de toi.
Il prit la montre, la monta en se réglant sur le soleil, l’attacha à la
chaîne d’argent, et, après l’avoir pieusement baisée, la plaça dans la
poche de son gilet.
--Maintenant, dit-il après un instant, il s’agit de ranger le mieux
possible toutes ces richesses sur une tablette, jusqu’à ce que je me
sois confectionné une armoire pour les serrer. Cela, d’ailleurs, ne
tardera pas. Le sac est vide! Mais non! il contient encore un sac en
papier très volumineux. Qu’est-ce cela?... _Échantillons de graines_...
Voyons donc.
Il ouvrit le sac et en versa le contenu sur un coin de la table; c’était
une quantité de petits paquets dont il lut les étiquettes.
Il y avait là des semences de toutes sortes: des légumes, céleri,
oignons, échalote, ail, civette. «Voilà qui aurait rendu mon
prédécesseur bien heureux», dit Marcel en souriant. Puis il continua:
«Artichaut, cardon, bette, carotte, rave et navet, cresson alénois,
épinards, oseille, laitue, choux de toutes espèces, panais, persil,
cerfeuil, etc., etc. Tous les légumes cultivés dans les jardins
potagers. Bon! dit le jeune homme, j’ai là de quoi planter un grand
jardin.»
Puis il trouva des haricots, des pois, des lentilles, des fèves de
marais; puis des graines de fourrages artificiels; puis des graines de
céréales en petite quantité, mais appartenant toutes à des espèces
nouvelles et recommandées: blé, orge, avoine, seigle, sarrazin, maïs.
Quand il lut sur les enveloppes de divers paquets: melons, concombres,
courges, potirons, coloquintes, gourdes, pastèques.
--Oh! diable, dit-il; la température est un peu basse ici pour cette
culture. Il va me falloir des couches. Je m’en ferai. Puis, quand il eut
classé ces semences précieuses:
--Cher Morin, dit-il; c’est bien l’homme de toutes les précautions; il
pensait à plaire à mon père adoptif, mais en somme, il n’a rien oublié
de ce qui peut m’être utile. Ne dirait-on pas qu’il avait le
pressentiment de mon malheur, et qu’il a tenté de l’adoucir autant que
cela lui était possible? Il se mit alors en devoir de ranger sur des
tablettes tous les objets qu’il avait retirés de sa gibecière et de son
sac.
Cette occupation lui prit assez de temps. Lorsqu’elle fut terminée, il
raviva le feu, suspendit la marmite à la crémaillère, ramassa ensuite
les couvertures abandonnées par son prédécesseur et les porta dans un
ruisseau qui courait tout près de la hutte. Il les étendit au fond de
l’eau et les fixa avec des pierres.
--Je n’ai point de savon, dit-il; mais, quand ces couvertures seront
suffisamment détrempées, je n’aurai qu’à cueillir à pleines mains cette
saponaire qui pousse si vigoureusement le long du ruisseau pour achever
de faire une lessive complète. Il prit alors une seille et se dirigea
vers le bois à la recherche des morilles, dont il fit une abondante
récolte. Il cueillit en même temps du cresson et des fraises.
--Avec un morceau de fromage, cela me fera un dessert que m’envierait un
gourmand, dit-il en reprenant le chemin de la hutte. Mais voyons un peu
le jardin, fit-il avant de rentrer. Il posa sa seille près de la porte
et entra dans le petit enclos; l’amandier et l’abricotier étaient en
pleine floraison; les bourres du poirier et du cerisier se gonflaient et
allaient s’épanouir. Quant aux plantes potagères, sauf quelques pieds
d’oseille, de chicorée sauvage, de cerfeuil et de persil, toutes les
autres étaient mortes.
--Hum! dit Marcel, ce digne Provençal avait sans doute beaucoup de bonne
volonté, mais il ignorait les plus simples éléments de l’horticulture;
il est temps de réparer tout cela. Dès demain, je me mettrai à l’œuvre,
car le temps presse. La terre est excellente et pourrait se passer de
fumier, néanmoins la litière des chèvres m’en servira.
Après son dîner, Marcel, terminant la tâche qu’il s’était imposée,
acheva de mettre ses outils en état de lui servir; puis, à dix heures
précises, il se coucha, après avoir remonté sa montre et l’avoir
accrochée à portée de sa main.
A quatre heures du matin, il se leva et sortit de la hutte. Son premier
travail fut de transporter du fumier dans le jardin, besogne longue et
pénible, car il n’avait pas de brouette, et il lui fallait prendre la
litière à la fourche et la porter ainsi. Bien que la distance à
parcourir fût très courte, cette occupation lui prit deux heures.
Après avoir trait ses chèvres, il se remit à la besogne et commença à
labourer. Il était habile et vigoureux; la terre était bonne; en cinq
heures, le travail fut terminé.
--A demain les semailles! dit-il en riant. J’irai ensuite biner les
pommes de terre que la mauvaise herbe envahit. Ne voulant pas perdre les
quelques minutes qui lui restaient avant l’heure réglementaire de son
déjeûner, Marcel tendit un cordeau qu’il avait trouvé sous le hangar et
divisa son potager en carrés qu’il sépara par des sentiers de vingt-cinq
centimètres.
En ce moment, il vit arriver près de lui, d’une course précipitée,
Petiote, qui, depuis le déjeûner, était allée rôder dans le bois. La
surprise de Marcel fut extrême quand la brave chienne s’arrêta devant
lui et déposa délicatement à ses pieds un magnifique lapin de garenne
que, sans doute, elle avait surpris et étranglé d’un coup de gueule.
Le jeune homme flatta de la main l’animal, qui reçut ses caresses avec
sa gravité habituelle.
--C’est très bien, Petiote! Vous êtes une excellente pourvoyeuse,
mademoiselle! Grâce à vous, nous aurons ce soir un succulent dîner.
Continuez ainsi pendant que je travaillerai; chassez; nous nous en
trouverons bien l’un et l’autre.
Marcel ramassa le lapin et le pendit à la porte. Puis il revint à son
échelle, grimpa sur la hutte et examina l’importance des réparations
qu’il avait à faire.