Août-Septembre 1719

Nous avons faiblement marqué le péril qu'avait couru Law. Mais il

était accru par son triomphe même. Son danger financier devint un

danger politique. Les Anglais, furieux d'avoir manqué le coup de

Bourse, se découvrirent brutalement par leur ambassadeur, l'enragé

Stairs, menacèrent le Régent.

Reprenons la situation.

Dans la hausse rapide, impétueuse, qui se fit, Law fut emporté dans

les airs comme un ballon sans lest, ou l'homme qu'une trombe eût pris

en plaine, soulevé, pour l'asseoir à la pointe de la flèche de

Strasbourg.

Il avait stupéfié, plus que vaincu, ses ennemis. Ils n'étaient pas

moins là, campés autour de lui, pour le ruiner, le démolir. Armée

serrée, compacte. Avec les Duverney, les meneurs de la baisse,

marchaient toute la Maltôte, les Fermiers généraux, leurs cent mille

_gabeleux_, rats de cave, huissiers et recors. À ce corps régulier

ajoutez les troupes légères, les associés, intéressés, les

accapareurs, fournisseurs, leurs agents, employés, mangeurs, rongeurs

de toute espèce.

Law n'était pas myope. Il voyait, pour comble d'effroi, sous ses pieds

mêmes et sous sa base unique, je veux dire auprès du Régent, Stairs

qui montrait le poing, et son compère Dubois, qui minait et sapait.

Dubois avait eu du faible pour Law et pour sa caisse; mais ce grand

citoyen savait dominer ses faiblesses. Ministre et bientôt cardinal

par la grâce de l'Angleterre, il en avait, dit-on, de plus une petite

pension d'un million.

Le Régent, si Anglais, était-il sûr pour Law? Était-ce un homme

encore? À en croire ses maîtresses, c'était l'homme de neige au dégel.

Contre cet affreux dogue, Stairs et ses dents, Law ne se rassurait que

par un bouledogue qui valait l'autre pour la férocité. Il coûtait

gros. Si l'on ne l'eût gorgé de minute en minute, il eût mangé son

maître. M. le Duc (c'est de lui que je parle), même avant le succès de

Law, en mars déjà tire de lui un million pour un petit duché qu'il lui

fait acheter. En août, huit millions, par la Bourse.

Comme le chien d'enfer, il mangeait par trois gueules. Ce n'était

jamais fait. Après lui, arrivaient sa mère, sa grand'mère, son frère

Charolais. En les gorgeant, on ne faisait qu'irriter l'envie,

l'appétit des Contis.

Et ce qui était effrayant, c'est que, derrière les princes, arrivait

la file infinie de la _mendicité d'épée_, les grands seigneurs qui

daignaient protéger Law en tendant la main, les nobles et

quasi-nobles, un monde de pauvres menaçants. Plus, l'armée de ses

amoureuses, duchesses et comtesses et marquises, des femmes impudentes

et jolies, qui personnellement le sommaient, ne lui faisaient pas

grâce, exigeaient qu'on les achetât.

Voilà les deux abîmes que Law vit béants à ses pieds. À droite, le

précipice où la Maltôte et les Anglais voulaient le faire tomber. À

gauche, ce gouffre de noblesse, cette bourbe profonde, la prostitution

mendiante.

On a peint plus ou moins l'extérieur du Système, mais jamais le

dedans. On a été discret, prudent, respectueux. Du Hautchamp et les

autres (Barbier, Marais, Buvat) sont pleins d'omissions volontaires.

Le sage Forbonnais, compilateur tardif, donne les chiffres, et non les

personnes. Le violent Pâris Duverney, si impétueux contre Law, dans le

livre où il semble vouloir le tuer (après sa mort), a l'art de ne

point voir les maîtres et tyrans de Law, ceux qui surent s'en faire un

jouet. On croyait tout cela éteint et oublié, et l'on peut dire _en

cendres_. En effet, les registres, actes, pièces, tous les monuments

du Système avaient été brûlés en 1722.

On avait établi une bonne cage de fer, de dix pieds sur huit, dans la

cour de la Banque (aujourd'hui la Bibliothèque). Là tout passa aux

flammes. Nul procès désormais possible.--Mais celui de l'histoire,

serait-il impossible? non. Par une industrie patiente, en rapprochant

des faits qui jusqu'ici ne présentent aucun sens, nous espérons

refaire la Sodome pour la foudroyer.

Ce qui a bien servi pour obscurcir la vue, faire cligner les plus

clairvoyants, c'est la foule elle-même, l'amusement de ces tableaux

mouvants, le va-et-vient de la rue Quincampoix. Il en reste de bonnes

gravures (entre autres un beau volume hollandais, à la Bibliothèque de

la Ville de Paris). On voit là le flux et reflux de cette mer, les

confuses mêlées, les tournois de l'agiotage. Mais tout cela fort

trouble.

Je vais, dans cette foule, saisir quelques individus. Cela sera plus

clair. Leurs vies sont instructives. C'est le petit, c'est le menu.

Mais il n'y a rien de petit, pour qui cherche et qui veut comprendre.

On voit alors et on distingue (parfois plus qu'on ne veut). La vie du

temps s'y montre et devant et derrière, par le propre et par le

malpropre, par tous les rangs mêlés et tous les métiers confondus, des

balayeurs aux princes, des Holbak aux Condés. C'est ici l'_âge d'or_.

Plus de prince et plus de valet. La fraternité du ruisseau.

_Le balayeur._ Il y avait dans la boutique d'un changeur un bon gros

Allemand, qui s'appelait Holbak. Il faisait les fortes besognes,

remuait, portait des sacs, balayait le devant de la porte. On le

croyait trop bête pour friponner. Des banquiers le prirent pour

domestique. Puis, voulant un homme de paille et le plus ignorant qui

ne sût que signer et signât sans comprendre, ils lui achetèrent (ce

qui alors était fort peu de chose) une charge d'agent de change. Mais

voilà que l'argent lui éclaircit la vue. Il vit que tout le secret

était d'acheter à vil prix les titres du rentier désespéré, et de les

vendre à bénéfice. Il fit cela tout comme un autre, et mieux. Car il

réalisa à temps, et envoya tout en Allemagne.

_Le laquais._ Les Anglais, qui, sans paraître, sournoisement

travaillaient à la baisse, devaient vendre des actions par un agent à

eux. Il se trouva malade, mais il avait un domestique de confiance,

son laquais Languedoc. Il l'y envoie. Languedoc doit vendre au cours

du jour, 8,000 livres par action. Mais il voit qu'elles montent. En

homme intelligent, il attend, vend à dix mille livres, garde pour lui

la différence qui était de cinq cent mille francs. Huit jours après,

il avait dix millions et s'appelait M. de la Bastide. Six mois après

il était ruiné, reprenait du service, avec son nom de Languedoc.

_La brocanteuse._ Un jour entra chez Law une bonne femme de province,

une wallonne de la Meuse, une dame Chaumont. Elle implore sa justice

dans une affaire, et elle parle si bien d'affaire, que Law l'appuie.

C'était sur la frontière une brocanteuse de dentelles, qui au passage

des armées s'était intéressée avec deux fournisseurs et leur avait

fait des avances. Ces gaillards (un soldat gascon et un barbier de

régiment) avaient fort réussi dans les fourrages, et le barbier, se

disant noble, avait eu l'industrie d'obtenir une demoiselle de

Saint-Cyr, et la protection de Versailles. Depuis, les deux associés,

travaillant à Paris, ne songeaient plus à payer la Chaumont. Elle

vient. On ne veut la payer qu'en billets d'État, qui alors perdaient

60 pour 100. Cette femme courageuse accepta, sachant ou devinant le

nouveau miracle de Law, qui décupla la valeur des billets. Elle eut

en un mois six millions. Les deux fripons pleurèrent alors, et ils

voulaient lui disputer ses bénéfices. De là un procès solennel dont

Law amusa le Régent. Ils donnèrent raison à la femme, qui avait cru,

quand personne ne croyait encore. «Il lui fut fait selon sa foi.»

Cette Chaumont paraît avoir eu le don qu'on recherchait le plus alors,

quelque chose de rond, d'ouvert, de simple qui donnait confiance. Elle

était relativement honnête. Elle dut être le prête-nom des employés de

Law qui n'osaient jouer sans masque. Elle devint bientôt, comme on va

voir, un centre autorisé, et comme l'hôtesse et la nourrice, _la bonne

mère_ des agioteurs, tenant (sans doute aux frais de Law et de la

Banque) une table immense, prodigieuse, pour recevoir des milliers

d'hommes. Les joueurs de toute nation que Law voulait attirer à Paris

allaient manger chez la Chaumont. Sa cuisine de Gargantua, Bourse

gastronomique où l'on fricotait des affaires, rappelait par sa

monstrueuse grandeur les mangeries impériales, les distributions, les

repas où jadis les Césars firent asseoir le peuple romain.

_Les belles agioteuses._ L'écueil, il faut le dire, de ces triomphes

de Plutus, c'était le défaut national, la galanterie. Des dames

intrépides, pour brusquer la fortune, sans perdre le temps à jouer, se

saisissaient du joueur même. Éprises de celui qui gagnait, dans ces

moments d'ivresse où un coup de fortune trouble la tête, elles

échangeaient vivement l'amour contre le portefeuille.

La langue de la Bourse y aidait, et Law avait donné l'essor. Ses

actions, au féminin, avaient de jolis noms de femmes. Les anciennes,

nées de quelques mois, étaient nommées les _mères_, celles d'après les

_filles_, les récentes les _petites filles_. Pour avoir une _petite

fille_, il fallait présenter et des _filles_ et des _mères_, pas moins

de _quatre mères_. Or, cela se réalisait. Tel achetait des actions, et

se trouvait payé en _filles_; il avait une mère et plusieurs.

Plusieurs furent comiquement dupes. Un Rauly, par exemple, l'un des

meilleurs, bon, généreux, crédule, fut surpris par deux Hollandaises,

la mère et la fille, celle-ci un miracle de naïve ingénuité, de beauté

enfantine et tendre. Il eut un moment poétique, voulut fuir au désert,

je veux dire acheter quelque part hors de France, loin des procès

possibles, un nid voluptueux pour cacher son trésor. Il envoya les

dames devant, avec son intendant, qui devait mettre là un million à

couvert. Cet intendant était un homme sûr, honnête, mais, hélas! un

Français tout aussi galant que son maître. Le voilà amoureux, éperdu,

idiot. Bref, il ne voit plus goutte, se laisse enlever son million.

Les belles et le million étaient partis ensemble, si loin, qu'on n'a

jamais su où.

Tels furent les jeux de l'amour, du hasard, parfois tragiques,

atroces. Un Bordelais, le fils d'un conseiller au Parlement, poussé au

désespoir par une maîtresse exigeante qui l'avait mis à sec et voulait

le quitter, tua son père qu'il croyait un grand thésauriseur. Il ne

trouva rien et s'enfuit. Sous des noms supposés, il joua, et devint

trop riche pour être poursuivi. Mais tout le monde le connaissait. Sa

lugubre figure, sa démarche égarée, disaient assez qui il était.

_L'entremetteuse._ Madame de Tencin fit-elle, comme le veut Soulavie,

un livre sur l'orgie antique? Organisa-t-elle à Saint-Cloud (pour

relever le pauvre prince) des bacchanales assaisonnées de pénitences

obscènes? J'en doute. On a chargé la légende de cette sainte. Les

chansons de l'époque assurent, chose plus vraisemblable, que

l'ex-religieuse, avec sa grâce et sa finesse, son expérience (elle

n'était pas loin de 40 ans), avait le mérite spécial d'une infinie

complaisance en amour. Elle en savait beaucoup. On pensait qu'avec

elle il y avait toujours à apprendre. Dubois, d'Argenson, Bolingbroke,

vrais gourmets, aimaient ce fruit mûr. Elle tenait maison aux dépens

de Dubois, lui faisant croire que son salon, agréable aux Jésuites,

avancerait l'affaire du chapeau. Par lui, par d'Argenson, elle avait

des secrets de Bourse. Elle jouait les fonds que Bolingbroke avait la

simplicité de lui confier. Mais pour ne pas descendre à la rue

Quincampoix, elle avait un amant exprès, M. de la Fresnaye. Il était

sûr, exact à rapporter ses gains; elle lui faisait croire qu'elle

l'épouserait. En 1726, elle traita impartialement ces deux derniers. À

Bolingbroke elle nia le dépôt, et rit au nez de la Fresnaye. Celui-ci,

furieux, surtout d'avoir été si sot, se coupa la gorge chez elle et

inonda tout de son sang.

Il n'est pourtant pas sûr qu'elle aimât fort l'argent, ni le plaisir.

Elle ne fit pas fortune. Ce qu'elle aimait, c'était de s'entremettre,

d'intriguer, de corrompre. Par elle ou par sa soeur, qui avait les

mêmes dons, furent travaillées l'affaire d'Aïssé, plus tard celles

des trois fameuses soeurs avec le roi. Mais le maquerellage politique

ne lui plaisait pas moins. Elle et son frère avaient des arts

charmants pour amollir les gens et leur faire trahir leur principe.

Ils corrompirent Law, l'amenèrent à se faire catholique. Ils

corrompirent jusqu'aux Jésuites, leur firent laisser l'Espagne, le

Prétendant, pour accepter Dubois, l'homme de l'alliance anglaise.

Enfin, faut-il le dire? le croira-t-on? ils corrompirent Dubois!

Law n'aurait pu, sans l'aveu de Dubois, emporter sa victoire, entamer

sa grande oeuvre. Dubois, en convertissant Law par son ami Tencin,

pouvait se faire un honneur infini dans le monde catholique, un titre

solide au chapeau.

La grande difficulté, c'est que Dubois était Anglais de coeur, de

système, de position. Il fallait obtenir de lui une petite infidélité

à cette passion dominante, pour quelques mois du moins. Il donnait, il

est vrai, en ce moment au ministère anglais un très-solide gage en

détruisant la marine espagnole. Mais, quoi! si la Bourse de Londres,

malgré cela, se mettait à crier? si les spéculateurs (et le prince de

Galles en était) s'en prenaient à Dubois, la pension d'un million lui

serait-elle continuée? Grave, très-grave considération qui pouvait

rendre Dubois incorruptible. Cet esprit net et froid, qui se moquait

de tout, serait-il pris aux mirages de Bourse? Il y fallait, ce

semble, beaucoup d'art?... Ce fut tout le contraire. On alla droit au

but en employant tout franchement _la compagnie du Savoyard_.

Un des chefs de la compagnie était du pays des Tencin, du Dauphiné.

La plupart de ces gens d'affaires, d'argent, d'intrigues, venaient de

Lyon, Grenoble, Genève, des pays hauts et pauvres, étaient de rusés

montagnards. Le plus fameux, c'est Duverney.

Avez-vous vu un dessin de Watteau, merveilleusement fort, _le

Savoyard_? C'est un drôle, un rieur de gaieté singulière, gaieté

physique propre à ces fortes races qu'on croirait innocentes,--en

réalité, prêtes à tout.

Jeune et riant toujours, cet enfant des montagnes, aussi rude joueur

que porteur ou scieur de bois, ira haut, ira loin dans les affaires,

n'ayant ni hésitation, ni scrupule. Il rit en vous volant, rirait en

vous cassant les reins.

C'était la vraie figure pour faire fortune, et ce fut, je n'en fais

pas doute, celle de Chambéry, un Savoyard qui créa cette compagnie. Il

avait sa sellette au coin de la rue aux Ours, mais il monta, devint

frotteur, porteur de sacs, se frotta à l'argent. Il était honnête,

économe, à ce point qu'il avait amassé mille francs. Il lui fallait

pour associé un homme qui parlât bien, écrivît, fût grave et posé. Il

en trouva un plus que grave, un habit noir, étonnamment sérieux.

C'était ce Bordelais qui avait tué son père. Les associés

s'associèrent deux fripons, un Dauphinois qui prétendait avoir une

manufacture de savon, et un M. Bombarda, trésorier du trésor vide de

l'électeur de Bavière, usurier enrichi de la ruine de son maître. Je

passe toutes les autres vertus des quatre associés qui se chargèrent

de la grande entreprise, _corrompre la vertu de Dubois_.

Law, jadis, pour jouer, avait fait faire de gros louis, lourds, à

emplir la main. Cela ravissait les joueurs. Il pensa judicieusement

que, dans l'agiotage au vol qui se faisait, on trouverait charmant

d'avoir de gros billets, et il en fit de dix mille francs. Le bon

Savoyard Chambéry, simple et rond, tout droit en affaires, en mit pour

cinq millions en portefeuille, et, comme il eût porté un panier de

pêches ou de fraises, il alla jovialement porter à Dubois cette

primeur. Dubois se mit à rire. Il était besogneux pour son affaire de

Rome. Il savait les Romains sensibles aux friandises. Il fut tenté

pour eux. Il songeait bien aussi que le million anglais, après tout,

n'était qu'un million, et que le bonhomme, au contraire, en ce premier

payement, ouvrait à deux battants l'infini du Mississipi. Tout cela

l'amollit. Il sentit son coeur. Qui n'en a? Le plus farouche homme

d'État a son jour d'attendrissement. Il eut certain retour pour

Law,--qui sait? reconnut la Tencin?

_Le vampire._ Dubois ainsi permit et laissa faire. On obtint son

inaction. Mais pour que le _Système_ vainquît décidément et supprimât

l'_Anti-système_, il fallait davantage; il fallait acheter l'action

énergique et directe, la férocité de M. le Duc. Or, M. le Duc, fort

cher en 1718, fut énormément cher en 1719, ayant alors une maîtresse

terrible, madame de Prie, moins une femme qu'un gouffre sans fond.

Lui, il n'était qu'une bête de proie, un brutal chien de meute,

violent, mais aveugle et borné. Il pouvait happer des morceaux,

terres, pensions, etc., mais il n'aurait pas su, je crois, faire si

bien fonctionner la grande pompe de l'agiotage, qui le 18 septembre

lui donna huit millions, vingt en octobre, etc. C'est qu'il était

alors mené par un esprit (vampire? harpie?), un être fantastique,

insatiablement avide et cruellement impitoyable, qui, six années

durant, aspira notre sang.

Elle semblait née de la famine, des jeûnes que son père, le

fournisseur Pléneuf, fit aux armées, aux hôpitaux. Déjà grande, elle

eut pour éducation la ruine. Pléneuf, trop bien connu, se sauva à

Turin. Sa mère, belle et galante, vivota d'une cour d'amants, qui,

n'étant pas jaloux, la partageaient en frères. On parvint à marier la

fille à un homme qui prit pour dot l'ambassade de Turin, ambassade

nécessiteuse où elle eut les souffrances du pauvre honteux qui doit

représenter. Elle devint demi-italienne, grâce, finesse et

séduction,--au dedans vrai caillou, l'altération du torrent sec en

août, ou d'un vieil usurier de Gênes.

Elle croyait, en rentrant, profiter d'abord sur sa mère, lui prendre,

par droit de jeunesse, ses fructueux amants. Ils furent fidèles. La

mère, beauté bourgeoise et bien moins fine, avait je ne sais quoi

d'aimable qui retint. Cela aigrit la fille; elle ne lui pardonna pas

de rester belle et d'être aimée encore. Elle la cribla d'abord de

dards vénéneux, de vipère. Puis, comme elle n'en mourut pas, elle lui

joua le tour, dès qu'elle fut puissante, de faire revenir son mari.

Enfin, elle lui tua ses amants un à un, travailla à la faire périr à

coups d'aiguille.

L'avénement de madame de Prie chez M. le Duc, c'est celui de la

hausse. Jusque-là il avait pour maîtresse la Mancini (Nesle, née

Mazarin). Mais dans l'été, celle-ci l'emporta décidément. Elle

s'empara de lui juste au moment de la curée, la razzia d'août et de

septembre. Maîtresse alors et du duc et de tout, elle fait revenir son

père, Pléneuf, donne à ce vieux voleur la caisse de la guerre, le

profit de l'affaire d'Espagne (septembre-octobre, _ms. Buvat_).

Law craignait le vautour.--Il trouva l'araignée.--Mais qu'est-ce que

le vautour, la bête qui n'a que bec et griffes, comparé aux puissances

des affreuses araignées de mer, des suceurs formidables qui aspirent

en faisant le vide, qui tirent parti de tout, qui des os extraient la

moelle, et du craquant squelette savent encore se faire une proie?

Histoire de France 1715-1723 (Volume 17/19) · 第 38 / 99 题