ART. 1er.
«On déposera en entrant ses titres et son rang, de même que son
chapeau et son épée.
2.
«Les prétentions fondées sur les prérogatives de la naissance,
l'orgueil ou autres sentiments de nature semblable, devront aussi
rester à la porte.
3.
«Soyez gai; toutefois _ne cassez, ni ne gâtez rien_.
4.
«Asseyez-vous, restez debout, marchez, faites ce que bon vous
semblera, sans faire attention à personne.
5.
«Parlez modérément et pas trop pour ne pas troubler les autres.
6.
«Discutez sans colère et sans vivacité.
7.
«Bannissez _les soupirs et les bâillements_, pour ne causer d'ennui
et n'être à charge à personne.
8.
«Les jeux innocents proposés par une personne de la société doivent
être acceptés par les autres.
9.
«Mangez doucement et avec _appétit_, buvez avec modération pour que
chacun retrouve ses jambes en sortant.
10.
«Laissez les querelles à la porte; _ce qui entre par une oreille
doit sortir par l'autre_ avant de passer le seuil de l'Ermitage. Si
quelqu'un manquait au règlement ci-dessus, pour chaque faute, et
sur le témoignage de deux personnes, il sera obligé de boire _un
verre d'eau fraîche_ (_sans en excepter les dames_): indépendamment
de cela, il lira à haute voix une page de la _Telemachide_ (poëme
de Frediakofsky); quiconque manquerait dans une soirée à trois
articles du règlement sera tenu d'apprendre par coeur six lignes de
la _Telemachide_. Celui qui manquerait au dixième article ne
pourrait plus rentrer à l'Ermitage.»
Avant d'avoir lu cette pièce, je croyais à l'Impératrice Catherine un
esprit plus léger. Est-ce une simple plaisanterie? alors elle est
mauvaise puisqu'en fait de plaisanterie les plus courtes sont les
meilleures. Ce qui ne me cause pas moins de surprise que le manque de
goût que dénotent ces statuts, c'est le soin qu'on a pris ici de les
conserver comme une chose précieuse.
Mais ce dont j'ai le plus ri, en lisant ce code social, qui fait le
pendant des instructions galantes de l'Empereur Pierre Ier et de
l'Impératrice Élisabeth à leurs sujets, c'est l'emploi qu'on y fait du
poëme de Frediakofsky. Malheur au poëte immortalisé par un
souverain!!...
Je pars après-demain pour Moscou.