LE MUSEAU DE DODORE

Sa raison était bien entière. Si elle n'attachait plus aux chocs leur

importance, c'est, sans doute, qu'elle voyait de plus haut et de plus

loin. C'est ainsi qu'elle se souciait peu de savoir où elle allait. Il

lui suffisait de savoir qu'elle marchait.

Mais une plaque bleue frappa ses yeux. Elle lut: «Rue d'Assas».

Pourquoi ce nom de rue arrêta-t-il son attention, alors que tant

d'autres avaient passé inaperçus? Ah! Elle se souvint. C'était la rue

où demeurait son fils.

Son fils! Comment s'appelait déjà son fils? N'importe, elle l'aimait

bien. Ah! elle avait été froide, aujourd'hui, avec lui! Elle n'avait

rien su lui dire. Elle n'avait même pas su lui dire qu'elle l'aimait

bien. Il pouvait s'être offensé de sa froideur. Il avait dû

certainement s'en attrister. Le voir! Elle devait le voir! Il fallait

qu'elle le vît tout de suite, afin de lui demander pardon et de le

consoler.

Pauline chercha la carte que son fils lui avait donnée. Elle lut le

numéro de sa maison. Elle lut aussi qu'il s'appelait Marcelin.

«Marcelin! Marcelin!»

Elle répéta ce nom plusieurs fois, se demandant si c'était bien ce

nom-là, ne se rappelant pas que ce nom lui eût jamais été familier.

Lorsqu'elle eut trouvé la maison, elle entra. Au fond du jardin, elle

aperçut le pavillon dont il avait parlé. Le rez-de-chaussée était

éclairé. Elle approcha à pas de loup. Elle voulait d'abord le voir,

voir ce qu'il faisait, le voir sans qu'il se doutât de sa présence.

Elle approcha, elle se glissa jusqu'à la vitre. Elle jeta un coup

d'oeil par l'interstice des rideaux.

Marcelin était là...

Mais il n'était pas seul...

Il était avec une femme... une femme en chemise...

Julienne!...

Une légère plainte, comme un soupir d'enfant, s'échappa des lèvres de

Pauline.

Et la pauvre femme s'éloigna...

Elle s'éloigna...

Pauline, ou la liberté de l'amour · 第 28 / 35 题