LES NOUVELLES DE LA MARQUISE

«Ma chère Christine, je vous écris parce que je n'ai plus

d'espérance qu'en vous, en vous et en M. Bénédict Masson, espérance

bien faible, hélas!...

»Maintenant que je suis loin de vous, comment vous convaincrais-je de

ma trop réelle infortune, vous qui n'y avez pas cru quand j'étais

frappée sous vos yeux?

»Non, Christine, ce n'est pas une folle qui vous écrit, ce n'est pas

une monomane qui se meurt d'une idée fixe, comme vous l'avez pensé

longtemps, comme vous le pensez sûrement encore (sans quoi vous ne

m'eussiez pas laissée partir; vous ne m'eussiez pas, vous et M.

Bénédict Masson, abandonnée à mon bourreau), c'est la plus

malheureuse des créatures à qui l'on vole sa vie chaque jour, chaque

nuit, goutte à goutte, c'est la victime d'un monstre _qui a déjà

dévoré_ des générations et qui vient chercher sa nourriture dans des

veines épuisées par son insatiable morsure!...

»Ah! ne souriez pas, Christine, comme je vous ai vue déjà si

tristement sourire... Pourquoi ne pas me croire, vous qui m'avez vue?...

Pourquoi ne pas accepter mon mourant témoignage?...

»Ce mot de vampire, quand je le prononçai pour la première fois

devant vous, n'évoquait qu'un vague fantôme né de mon imagination

malade... et pourtant!... et pourtant!... Il était là; entre nous, en

chair et en os!...

»Christine! Christine! cela a existé les vampires!... J'admets qu'ils

aient disparu peu à peu de la surface de la terre, poursuivis, traqués

jusqu'au fond de leurs funèbres repaires, mais pourquoi ne

voudriez-vous pas qu'au moins l'un d'eux ait survécu à cette race

maudite?...

»Quelquefois, les matelots qui reviennent des mers lointaines nous

racontent qu'ils ont soudain vu sortir du sein des flots les replis

formidables de l'un de ces monstres qui, au témoignage de l'histoire

naturelle, peuplaient la mer aux premiers temps du monde... Le serpent

de la baie d'Along est peut-être le dernier de cette espèce redoutable

comme celui que vous savez est peut-être le dernier vampire vomi par

les tombeaux!...

»Son tombeau! son tombeau vide d'où il est sorti il y a plus de deux

cents ans pour se repaître du sang des vivants; j'ai voulu le voir; je

l'ai vu... j'en ai soulevé la pierre!... Guidée par un homme, par le

plus humble des hommes à qui mon sort a inspiré quelque pitié et qui,

en cachette, vous fait parvenir ces lettres, je suis descendue dans la

crypte mortuaire de la chapelle de Coulteray dont cet homme est le

gardien...

»Là, sont les tombeaux de la famille... Le premier de la

seconde rangée à droite... c'est celui-là!... «Cy-gît

Louis-Jean-Marie-Chrysostome, marquis de Coulteray, premier écuyer de

Sa Majesté...» et une plaque, sous la date, où l'on trouve cette

mention: «Les restes de Louis-Jean-Marie-Chrysostome ont été

dispersés en 1793, par la Révolution.»

»Dispersés!... dispersés!... Je sais où ils sont, moi, les restes de

Louis-Jean-Marie-Chrysostome!... Et vous aussi, Christine, qui ne me

croyez pas, vous le saurez un jour!... _Ils se portent fort bien!_...

»Quelle vision que cette crypte!... Cette tombe vide m'attire!...

quelque chose me dit qu'une nuit, je me réveillerai sous cette

pierre... et que, moi aussi, à mon tour, je me lèverai, _pâle

fantôme qui cherchera sa vie!_...

»Qu'un pareil destin me soit épargné, Seigneur!... Vous savez à quel

prix, Christine!... Vous savez ce que l'on doit faire de nos cadavres

pour qu'ils ne soient plus redoutables après la mort!...

»Qu'au moins mon tourment cesse avec ma vie!... Sangor m'a promis de ne

point m'épargner quand je serai morte... Moi morte, il n'a aucune

raison de me tromper... et puis, ce sera son intérêt, ce dernier geste

qui me libérera à jamais des horribles festins de la terre!... _Je me

suis arrangée pour cela!_... Vous allez me croire plus folle que

jamais!... Christine! Christine!... j'espère avoir bientôt l'occasion

de vous convaincre de ce qui se passe ici!... de vous fournir une preuve

décisive... irréfutable... et alors, vous accourrez, n'est-ce pas,

vous et Bénédict Masson!... Vous me sauverez, s'il en est temps

encore!...

»Le marquis ne me quitte plus!... depuis que je ne suis plus qu'un

souffle, jamais il ne m'a autant aimée!... C'en est fini de cette

liberté relative dont je jouissais encore à Paris... Il a renoncé à

m'abuser sur la nature de son mortel amour. Il ne cherche plus à

tromper personne!... à me faire croire à moi-même que je ne suis

qu'une malade! c'est fini cette étape-là!... Je suis prisonnière de

l'époux qui me dévore!... Ses lèvres ne me quitteront que lorsque

j'aurai rendu le dernier soupir... Le voilà bien tranquille pour boire

sans remords le sang pâle que l'ingéniosité diabolique de Saïb Khan

parvient encore à faire couler dans mes veines...

»Je ne sais comment je puis encore me traîner!... Ce médecin hindou

ressusciterait les morts!...

»Christine, je vais vous dire comment j'ai voulu profiter des forces

que, je ne sais par quel sortilège, il m'avait redonnées, pour

m'échapper au cours du dernier voyage... mais assez pour

aujourd'hui!... assez! ils viennent!... Je les entends! Ils rentrent de

la promenade et _ils viennent prendre des nouvelles de ma santé!_...

Sing-Sing leur ouvre déjà la porte!...»

DEUXIÈME LETTRE.--«Ma chère Christine, vous savez comment on m'a fait

quitter Paris, à la suite de quelle scène entrevue par vous et

Bénédict Masson... On ne comptait pas sur vous, je puis vous

l'affirmer... On se croyait seuls à l'hôtel.

»Quand vous êtes accourus à mes cris, quand vous avez pénétré dans

cette chambre où j'étais déjà sa proie, me débattant vainement

contre sa morsure, sa figure penchée sur moi et qu'envahissait déjà

l'ivresse de sa passion du sang, de mon sang... sa figure est devenue

terrible... Je me suis dit: «Ils sont perdus!»

»Mais c'est moi qui étais perdue! Vous, on vous a laissés là-bas...

Vous supprimer, cela pouvait devenir trop grave... beaucoup trop

compliqué... Après tout, qu'est-ce que vous aviez vu? Rien!...

Qu'est-ce que vous aviez entendu?... Un cri de folle? Toujours de

folle!... Mes confidences antérieures? Imaginations d'un cerveau

endolori!

»Tout de même, après une telle scène, il y avait de quoi troubler

les plus sceptiques. On a compris cela!... Il n'y avait plus qu'à en

finir avec moi, _jusqu'à plus soif!_...

»Et l'on m'a emportée!...

»Ah! je savais bien que c'était la fin!... Ce sentiment affreux d'une

pareille mort, _suivie de je ne sais quoi de plus horrible peut-être

encore_, m'a fait me traîner une dernière fois jusqu'à vous dans le

moment qu'ils pouvaient me croire incapable d'un mouvement!...

Christine! Christine! Il m'a semblé que, dans cette dernière

entrevue-là, l'équilibre trop bien établi de votre esprit calme, trop

calme, a chancelé... J'ai vu passer dans vos yeux non seulement cette

pitié coutumière que j'y lisais avec désespoir, mais quelque chose de

plus, quelque chose que je pourrais peut-être formuler ainsi: «Si, par

hasard, la folle avait raison?» et chez Bénédict Masson j'ai trouvé

aussi quelque chose de nouveau!... Eh bien, accourez! accourez vite si

vous ne voulez pas me trouver morte!...

»Je vous disais dans ma dernière lettre que j'avais voulu me sauver au

cours du voyage. Oui, j'avais résolu cela!... j'étais décidée à

risquer le cabanon, la maison de folles dont on m'a plus d'une fois

menacée, plutôt que de continuer cette agonie!... mais eux, ils

m'avaient devinée!... Ils devinent tout!... Sangor, Sing-Sing devinent

tous les gestes que je vais faire!... Saïb Khan, qui était du voyage,

comme vous pensez bien, devine toutes mes pensées!... Et le marquis

peut être tranquille: on lui garde bien sa proie!...

»Tout de même, j'ai tenté l'impossible aventure!... Dans l'auto, je

ne pouvais rien espérer!... Nous étions encore dans Paris que cette

auto se transformait en cage de fer... les volets se rabattaient sur les

rideaux... je pouvais crier là dedans!...

»Mais je ne criai pas!... J'attendis une occasion... Elle se

présenta... À l'aurore, nous eûmes une panne... Il fallait travailler

à la voiture... Je faisais celle qui dormait, épuisée de vie, je

faisais la morte... On me transporta dans une chambre de l'hôtel qui

donnait de plain-pied sur la cour où l'on réparait l'auto et, par

derrière, sur un jardin qui ouvrait sur la campagne...

»À quelques centaines de mètres, j'aperçus la lisière d'une forêt.

Ah! gagner ces bois!... m'enfouir dans les arbres, dans les feuilles,

dans la terre!... leur échapper!...

»Du lit où l'on m'avait étendue, j'apercevais dans la clarté même

du matin le petit espace qu'il me fallait parcourir... Par la pensée,

je le traversais déjà, je glissais, délivrée, jusqu'à ce bois

sauveur!...

»Mais, en réalité, comment faire?... Devant ma porte se tenait

Sangor... Un peu plus loin, le marquis, qui se promenait avec Saïb

Khan, tandis que les employés du garage, que l'on avait réveillés, se

hâtaient de remettre la voiture en état... sous ma fenêtre dans le

jardin, Sing-Sing.

»Je savais combien celui-ci était voleur, chapardeur, fureteur, ne

pouvant rester en place... À l'hôtel, on l'attachait quelquefois dans

sa niche comme une mauvaise bête de garde, sur laquelle on ne peut

compter que la chaîne au cou... Mon espoir était là... Déjà, agile

comme un chat, je l'avais vu grimper dans un arbre pour y croquer je ne

sais quel fruit vert... Qu'aperçut-il du haut de cet arbre?... Toujours

est-il que, se balançant de branche en branche, il sautait sur le bord

d'une fenêtre entr'ouverte au premier étage et disparaissait dans le

bâtiment.

»En une seconde, je fus debout!... j'ouvris la fenêtre!... Depuis bien

longtemps, je ne m'étais sentie aussi forte!... Je ne pesais pas plus

qu'une plume... Mes jambes allaient me porter comme le vent... Je me

laissai glisser dans le jardin... et déjà je m'élançais... Tout à

coup, je poussai un cri terrible! _J'avais senti la morsure!_...»

TROISIÈME LETTRE.--«Ma chère Christine, je vous écris quand je peux,

comme je peux... le plus souvent la nuit, à la lueur de ma veilleuse...

au moindre bruit je cache mon chiffon. Je sens qu'il faut que je vous

écrive, pour vous convaincre, _je veux que vous veniez!_ Montrez mes

lettres à Bénédict Masson. J'y compte bien. Je compte sur vous deux.

Je vous le répète, je ne cesserai de vous le répéter... _Et si vous

arrivez trop tard, eh bien, mes lettres serviront peut-être à en

sauver d'autres!_... car il n'est point possible que la vérité ne se

découvre pas un jour... il n'est pas possible que _le monstre qui mord

à distance_ continue à se promener pendant des siècles encore, au

milieu de ses victimes _qui peuvent croire quelquefois qu'elles se sont

piquées à un rosier et qui en meurent!_...

»Ma chère Christine, je reprends mon récit au point où je l'ai

laissé la nuit dernière... Je me sentis donc mordue par le monstre,

par ce monstre qui était quelque part derrière moi!

»Ah! l'horrible sensation!... je la connaissais!... Au moment où je

m'y attends le moins... toujours au moment où je m'y attends le moins,

je sens sa dent aiguë qui me pénètre la veine et qui se retire après

y avoir laissé son venin!...

»Oui!... du venin!... j'imagine que les vampires ont, comme les

vipères, une dent creuse pleine de venin... d'un certain poison qui se

répand dans tout votre corps avec une rapidité _et avec une douceur à

laquelle il est impossible de résister_... Vous sentez immédiatement

vos forces vous fuir comme par une porte ouverte... qui est ce petit

trou de la morsure!... c'est un engourdissement qui surprend plus qu'il

ne fait souffrir... et qui en est d'autant plus terrible, lorsque, comme

moi, on en connaît la suite!...

»La suite, c'est le monstre lui-même qui arrive!...

»Car les vampires ont cette particularité que n'ont point les

vipères: ils mordent à distance!...

»Je savais qu'il était là...

»Je ne me retournai même pas!... J'essayai, en un effort suprême, de

lutter contre l'anéantissement qui déjà me gagnait.

»Je parvins à me traîner jusqu'à la barrière qui fermait le

jardin...

»Et puis, vaincue, je tournai sur moi-même... Alors j'aperçus le

marquis à la fenêtre de la chambre, qui riait!...

QUATRIÈME LETTRE.--«Se doute-t-on de quelque chose? Drouine, le

sacristain, le gardien des morts dont je vous ai parlé, un brave homme

dans toute l'acception du mot, m'a dit de me méfier de tout... Si l'on

surprend son dévouement pour moi, il perdra sa place qui le fait vivre,

mais ce n'est pas ce qui l'arrête, il ne craint que pour moi.

»Le bon serviteur, je lui revaudrai cela! En attendant, nous prenons

mille précautions, je feins une grande dévotion (vous savez que je

suis catholique) et sous prétexte d'aumônes pour la chapelle, je

glisse dans le tronc mes bouts de lettres... Sing-Sing lui-même, qui

suit la traîne de mon manteau comme un mauvais lutin, n'y voit que du

feu!... Et Drouine ouvre le tronc et vous fait parvenir ces chiffons...

»À la suite de ma dernière escapade, on m'avait jetée dans la

voiture comme un paquet et je ne suis sortie de là que dans la cour du

château...

»Coulteray est une vraie prison!... Des fossés, des murs qui datent du

moyen âge, la chapelle est dans la cour ainsi que ce qui reste du

donjon. On me laisse me promener dans cette cour, qu'ils appellent

encore «la baille», comme au temps jadis et qui est à moitié

transformée en verger.

»La chapelle a un ossuaire, un petit cimetière qui l'entoure avec des

parterres de fleurs.

»En cette saison, toutes ces pierres qui appartiennent au passé et à

la mort n'ont rien de particulièrement lugubre, sous la parure

printanière qui les masque. La verdure triomphe partout, mange les

murs, bouche toutes les plaies. La vie déborde de toutes parts pendant

qu'elle me fuit.

»De ma fenêtre, située au premier étage, j'aperçois par une brèche

un paysage enchanté qui se mire aux eaux calmes de la rivière qui se

jette, là-bas, dans la Loire. Et moi, je me meurs!

»Je suis venue ici pour mourir! Je sens, je sais qu'on ne quittera ces

lieux que lorsque je serai morte!

»On ne m'y a amenée que pour aspirer en paix mon dernier souffle!

»Jamais le marquis n'a été aussi doux, aussi aimable, aussi plein de

petits soins! Il s'est fait mon valet! Il veut être seul à me servir!

Jamais il ne m'a dit d'aussi douces choses! Il me jure qu'il n'a jamais

aimé que moi! Ah! comme il m'aime! comme il m'aime! Comme il m'offre

son bras _pour y sentir ma faiblesse._ Son amour m'a tout pris!...

»C'est le grand vampire!... Le monde est plein de petits vampires. Il

n'y a guère de couples ici-bas qui ne se dévorent. Il faut que l'un

mange l'autre! que l'un _profite_ au détriment de l'autre! Tantôt

c'est le mâle, tantôt c'est la femelle... Un égoïsme plus fort

réduit peu à peu l'être qui vit dans son ombre à zéro!... Il n'est

point nécessaire pour cela que l'on se perce les veines et que l'on se

suce le sang... c'est l'histoire de presque tous les ménages, mais

celle du nôtre, c'est autre chose!...

»C'est l'histoire du grand vampire qui est sorti de sa tombe, il y a

plus de deux cents ans et qui ne compte plus ses victimes... je n'ai

rien inventé, je ne vous le répéterai jamais assez! ce n'est pas une

histoire, c'est de l'histoire! Et Drouine ne l'ignorait pas. Drouine

croit, lui, comme beaucoup d'autres, du reste, au village, qui fuient

quand passe le grand vampire...

»Nous nous sommes confessés devant le tombeau vide et je lui ai tout

dit!...

»Mais il ne peut rien pour moi, _rien avant ma mort!_ Mais vous,

Christine, vous Bénédict Masson, vous pouvez me sauver _avant ma

mort!... je vous attends!_...»

CINQUIÈME LETTRE.--«Cette nuit, il m'a accompagnée jusqu'à ma porte

comme un amant soumis... et il s'est retiré très triste... Alors, j'ai

vivement fermé la porte... j'ai poussé le verrou, et j'ai couru à la

fenêtre, et j'ai fermé la fenêtre... Car, tant que la fenêtre est

ouverte, il peut me mordre à distance!...

»Maintenant, je suis plus tranquille... je sens que je vais avoir une

nuit tranquille...

»Quelle paix sur la terre!... enfin!... enfin!... Une lune

éblouissante apparaît par la brèche du rempart... Un paysage d'argent

m'entoure. Je me sens la légèreté d'un ange. J'ai des ailes. Si

j'ouvrais la fenêtre, j'imagine que je pourrais me balancer au-dessus

des eaux miroitantes de la Loire.

»J'y regarderais une dernière fois mon image terrestre et je filerais

vers les étoiles, détachée à jamais des liens de sang qui me rivent

à cette terre maudite.

»Mais je n'ouvrirai pas la fenêtre, car c'est trop dangereux.

»La blessure pourrait entrer par la fenêtre!

»Horreur! Oh! Horreur! Je suis blessée!

»Je suis blessée!

»Mais par où est entrée la blessure? Qui le dira jamais?

»Pitié, mon Dieu!»

SIXIÈME LETTRE.--«Concevez-vous cela?... Oui! tout était fermé!...

_Il me mord maintenant à travers les murs!_...Et vous n'accourez

pas?...»

SEPTIÈME LETTRE.--«Je vais vous prouver que je ne suis pas folle!...

Aucun livre au monde n'a jamais dit qu'un vampire pouvait mordre à

travers les murs!... Et cependant j'ai été mordue!... j'ai

cherché!... j'ai cherché partout!... et j'ai fini par découvrir un

petit trou, large d'un doigt, dans le mur, en face de mon prie-Dieu!...

_C'est par ce petit trou-là que le monstre m'a mordue pendant que je

faisais ma prière!_»

HUITIÈME LETTRE.--«Ah! je veux savoir!... je veux savoir comment il

mord à distance!... je le saurai s'il m'en laisse le temps!... Non, je

ne suis pas folle!... non, je ne suis pas folle!»

NEUVIÈME LETTRE.--«Horreur de sa bouche ensanglantée quand elle

quitte ma veine inépuisable et qu'il relève son front de démon indien

pour me dire: «Je t'aime!»

DIXIÈME LETTRE.--«Ainsi aimaient les démons indiens, les _Assouras_

domestiqués par Saïb Khan... les premiers vampires du monde connus!...

Non loin de Bénarès, dans une île du Gange, il y a un cimetière

plein de leurs victimes sacrées... Le grand vampire européen devait

rendre visite à ses ancêtres... et là il a connu Saïb Khan, qui est

un médecin très moderne (là-bas, la colonie anglaise raffolait de

lui, littéralement), ce qui ne l'empêche pas d'être en communication

directe avec les _Assouras_; aux Indes, c'était un fait que personne ne

mettait en doute et qui faisait du reste sa réputation.

»Moi, j'en riais!

»Je le traitais de charlatan!... Je ne croyais pas aux vampires, dans

ce temps-là!... j'avais tort!... j'ai eu le temps de m'instruire depuis

et je voudrais bien instruire les autres qui doutent encore!...

»Mais je sens que la preuve va venir!...

»J'ai autant de lucidité qu'un Sherlock Holmes, croyez-moi!... Et il

en faut pour une enquête pareille!...

»Mais je veux savoir comment il mord de loin!...»

ONZIÈME LETTRE.--«Hier, j'ai presque touché la preuve!... la preuve

que je ne suis pas folle!...»

DOUZIÈME ET DERNIÈRE LETTRE.--«J'ai la preuve... je vous l'envoie! et

maintenant accourez! car il va me tuer si je ne meurs pas assez

vite!...»

À ce dernier griffonnage que lui apporta la poste, un petit paquet

recommandé était joint, dont Christine fit sauter les cachets avec une

angoisse, une inquiétude dont elle ne se défendait plus...

La Poupée Sanglante · 第 40 / 58 题