UNE MYSTÉRIEUSE BLESSURE

_25 juin._--Non! je ne demanderai pas à M. Baptiste (le père

Macchabée) dont je connais maintenant l'adresse--qui est Gabriel.

Je ne lui demanderai ni cela ni autre chose!

D'abord, parce qu'il y a des chances pour qu'il n'en sache rien

lui-même et puis parce que je suis à peu près sûr qu'il ne répondra

rien du tout!

Il faut que cet homme soit dévoué corps et âme à Jacques Cotentin

pour que celui-ci, qui ne veut même pas un «aide», le fasse assister

à ses travaux où il ne lui rend que des services de manœuvre.

La figure, si banale (vous savez qu'il n'est même pas laid) de Jacques

Cotentin a pris subitement dans mon esprit des proportions immenses.

J'ai voulu lire quelques-uns des articles qu'il publie de temps à autre

dans la nouvelle Revue d'anatomie et de physiologie humaines. C'est tout

à fait remarquable.

Il y a là une hauteur et une audace de vues qui bouleversent toutes les

vieilles théories. En d'autres temps, je ne doute point que toute

l'antique école en eût frémi. Mais maintenant on se passionne pour

l'inconnu. La guerre a passé par là, creusant un abîme entre le

passé et l'avenir, ou le comblant, à votre gré.

J'ai sous les yeux un article sur «la dégradation de l'énergie dans

l'être vivant» où, à propos des théories si intéressantes de

Bernard Brunhes, je relève ces phrases dont la dernière me fit

sursauter:

«En une semblable thermodynamique, on pourrait rencontrer des corps qui

se transformeraient dans un certain sens, alors que la thermodynamique

classique annonce leur équilibre ou leur transformation en sens

inverse... Un système pourrait, en une transformation isothermique,

_fournir un effet utile supérieur à sa perte d'énergie utilisable_:

LE MOUVEMENT PERPÉTUEL NE SERAIT PLUS IMPOSSIBLE.»

M. Duhem, à la fin de son ouvrage sur la viscosité, le frottement, et

les faux équilibres chimiques n'a rien écrit de plus fort... et nous

nous trouvons en face de l'hypothèse d'Helmholtz réalisée,

l'hypothèse d'une _restauration possible de l'énergie utilisable dans

les êtres vivants!_...

C'est-à-dire la mort vaincue!...

Toujours le mouvement perpétuel!...

Ainsi, c'est la même pensée qui les anime, le vieil horloger et le

jeune prosecteur, le premier au point de vue mécanique, le second au

point de vue physiologique...

Ah! certes oui! la vie des cerveaux doit être intense, derrière ce mur

le long duquel je me promène en attendant Christine... et qui sépare

les deux drames étranges dont je n'ai pas encore la clef...

En attendant, j'ai celle de la petite porte qui donne sur le jardin des

Coulteray, dans lequel je me trouve en ce moment. Le marquis n'a fait

aucune difficulté pour me donner cette clef, paraît-il, car je

n'étais pas là quand elle la lui a demandée... Il me l'a remise à

moi, le plus naturellement du monde:

--Comme cela, vous viendrez quand vous voudrez!... Vous êtes chez

vous.

Ceci se passait hier... Je dois remettre la clef à Christine

aujourd'hui... Mais il est cinq heures du soir et elle n'est pas encore

arrivée... Depuis quelques jours, elle se fait plus rare et j'imagine

que Gabriel doit réclamer ses soins...

La santé de ce cher mystérieux garçon doit être meilleure, si j'en

crois les belles couleurs de Christine...

L'intervention chirurgicale l'aura définitivement sauvé... et je ne

désespère pas de le revoir se promener dans le petit enclos des

Norbert, au bras de sa belle infirmière...

Chose inouïe! Il me semble maintenant que je vais haïr Christine!...

et savez-vous pourquoi?... Ô mystère du cœur humain! comme dit

l'autre... parce qu'elle trompe, pour ce bellâtre, un Jacques

Cotentin!...

Maintenant que j'ai pénétré un peu dans ce cerveau-là, oui, oui,

Christine ne m'apparaît plus que comme une poupée haïssable,

méprisable, odieuse!... Si elle ne l'aime pas, elle n'avait qu'à ne

rien lui promettre! ou si elle ne l'aime plus, elle n'a qu'à le lui

dire! Mais tromper un homme pareil!... Attention!... la voilà!...

Quelle jeunesse!... Comment Gabriel ne guérirait-il pas avec ce sourire

à son chevet? Cette belle main tirerait un mort du tombeau!

À propos de mort et de tombeau, je n'ai toujours pas revu la

marquise... et par conséquent je n'ai pas eu à me préoccuper de

prétextes plausibles pour ne point lui rendre toutes ses vieilles

petites histoires de broucolaques que j'ai continué à feuilleter, du

reste, et qui ont fini par me rebuter par leur stupidité.

Christine l'aurait vue, elle. Où? Quand? Comment? Je n'en sais rien.

Elle m'a dit que la marquise était redevenue languissante, et que Saïb

Khan la voyait presque tous les jours.

--Vous êtes bien en retard? fis-je à Christine en la regardant bien

dans les yeux.

--Pourquoi me regardez-vous toujours ainsi? me répondit-elle en

accentuant son sourire. On dirait que vous avez toujours quelque chose

à me reprocher.

--Eh! je n'ai pas autre chose à vous reprocher que votre absence,

n'est-ce rien que cela?

--Monsieur est galant! laisse-t-elle tomber en me regardant d'un air un

peu narquois par-dessus son épaule et tout en se dirigeant vers la

bibliothèque.

J'avais rougi jusqu'à la racine des cheveux. Voilà où j'en suis, moi,

Bénédict Masson!... à de pareilles fadeurs! Penses-tu que cela

prenne, Adonis?

Quand nous fûmes dans la bibliothèque et que je lui eus donné la clef

du jardin, elle me dit:

--Nous sommes maintenant tout à fait chez nous, ici! Nous arrivons par

le jardin, nous partons quand nous voulons! Nous n'avons pas affaire au

noble vieillard costumé en suisse, nous n'avons plus à traverser tout

l'hôtel sous les regards inquisiteurs de Sangor et parmi les

bondissements de ouistiti de Sing-Sing.

--Parlez pour vous, fis-je. Moi je n'ai pas de clef.

--J'en aurai fait faire une demain pour vous. C'est entendu avec le

marquis! Il tient à ce que nous soyons chez nous, à ce que nous ne

soyons dérangés par personne.

--Ah! oui!

--Il tient si bien à cela, fit-elle en se dirigeant vers la porte qui

donnait de la bibliothèque sur le petit vestibule, que cette porte est

fermée, condamnée... Il n'y a plus que lui qui puisse pénétrer

ici...

--Vraiment? fis-je un peu étonné... Voilà bien des précautions!

--_Il ne veut pas que la marquise vienne vous ennuyer!_

--Oh! j'ai compris!

J'aurais dû me réjouir de cet isolement dans lequel on nous laissait

désormais, Christine et moi; cependant les circonstances assez obscures

dans lesquelles l'événement se produisait... et la pensée de cette

autre isolée qui agonisait là-haut, épuisée par une folle

imagination, me causèrent une sorte de malaise que je n'aurais su

définir, mais que l'on éprouve généralement à la veille de quelque

malheur dont on a le vague pressentiment... De fait, un bien singulier

et même tragique incident vint, quelques minutes plus tard, nous

bouleverser, Christine et moi, à un point que je ne saurais dire...

Nous avions commencé de travailler, une fenêtre ouverte sur le jardin,

quand, tout à coup, nous fûmes surpris par un grand cri de douleur qui

emplit tout l'hôtel...

Christine et moi nous nous étions dressés, aussi pâles l'un que

l'autre... Nous avions reconnu la voix de la marquise...

Et puis ce furent des gémissements, des appels, les cris gutturaux de

Sangor, le miaulement de Sing-Sing et, par-dessus tout, les ordres

brefs, répétés, rageurs du marquis:

--Courez! mais courez donc!...

Enfin, dans le vestibule, dans l'escalier, dans tout l'hôtel, un

tumulte de galopade et de meubles bousculés, renversés...

Je me précipitai sur la porte qui résiste. Christine m'appela:

--Par le jardin!... par le jardin!...

Et nous nous jetâmes dans le jardin qui communiquait par une petite

allée latérale avec la cour d'honneur dans laquelle nous arrivâmes,

haletants...

Sur le seuil de la voûte sombre, dont la porte était fermée, se

tenait le noble vieillard, qui paraissait fort ému et restait là,

planté sur ses pieds, comme s'il eût été incapable de faire un

mouvement.

Aussitôt qu'il nous aperçut, il nous cria:

--Ne vous mêlez pas de ça!... Ne vous mêlez pas de ça!... C'est

encore madame la marquise qui a une de ses crises!...

Mais nous passâmes outre et, gravissant quatre à quatre le perron,

nous entrâmes dans l'hôtel.

Tout le bruit était maintenant au premier étage.

Dirigés par le tumulte, par un grand bruit de porte brisée,

défoncée... nous fûmes bientôt dans un corridor qui donnait sur les

appartements de la marquise... Une porte gisait là, crevée comme par

une catapulte. La chambre de la marquise...

La malheureuse gémissait, se débattait entre les mains du marquis...

Elle avait une toilette de demi-gala en lambeaux... Ses éternelles

fourrures gisaient sur le parquet, à ses pieds, comme un tapis de

neige... Et elle était plus blanche que ses fourrures, aussi blanche

que la neige...

Sing-Sing, dont les yeux de jade brûlaient d'un éclat insupportable,

aidait le marquis à la maintenir.

Dès que la malheureuse nous aperçut, elle jeta un grand cri, où elle

mettait je ne sais quel espoir:

--_Cette fois, c'est au bras!_ nous cria-t-elle... Tenez!

Et elle leva son bras, et nous vîmes, non loin de l'épaule, une petite

blessure qui laissait couler abondamment un sang vermeil...

--Ah! _vous étiez ici!_ fit le marquis (paroles qui me frappèrent...

il ne nous croyait donc pas dans l'hôtel)... Tant mieux! vous allez

m'aider à la calmer... Ça n'est rien du tout... moins que rien!...

Elle s'est fait une petite blessure... _je parie qu'elle s'est piquée

au rosier!_... et voilà dans quel état nous la trouvons!...

Pendant qu'il parlait ainsi, la marquise ne cessait de répéter dans

une espèce de hoquet:

--Ne me quittez pas!... Surtout ne me quittez pas!...

Là-dessus Sangor accourut... Il parut aussi surpris que son maître de

nous trouver là... Il avait à la main un flacon sur l'étiquette

duquel je lus: _citrate de soude._

Le marquis, aussitôt qu'il vit le flacon, cria à Sangor:

--Imbécile! ce n'est pas ce flacon-là!... Je t'ai demandé _le

chlorure de calcium!_

Sangor s'inclina, s'en alla et revint presque aussitôt avec le chlorure

de calcium demandé.

Le sang qui coulait de la petite plaie s'arrêta bientôt sous l'action

du chlorure... Le marquis prodiguait ses soins à sa femme avec une

grande douceur et des paroles d'encouragement, tandis qu'elle se

pâmait...

Je regardai la blessure, elle n'était pas plus grande qu'une grosse

piqûre d'aiguille.

Sur ces entrefaites, le docteur hindou se présenta.

Le marquis lui dit:

--Elle s'est blessée au bras... et naturellement, une nouvelle crise!

Sur quoi Saïb Khan nous pria de le laisser seul avec sa malade.

Celle-ci rouvrit les yeux et nous regarda d'un air tellement suppliant

que j'en eus le cœur malade. Cependant, sous le regard de Saïb Khan,

et aussi sous celui du marquis, elle n'eut pas la force de prononcer une

parole. Ses lèvres tremblantes ne laissèrent passer qu'un faible

gémissement. Il fallut la quitter.

Le marquis nous faisait déjà signe. Nous sortîmes de la chambre.

Sangor et Sing-Sing marchaient derrière nous.

Le marquis nous montra la porte brisée:

--Vous voyez, nous expliqua-t-il, j'ai dû enfoncer la porte! Nous ne

pouvons la laisser seule pendant ses crises. Elle se tuerait, se

jetterait par la fenêtre, se ferait éclater le front sur les murs!

--Comment cela est-il arrivé? demanda Christine.

Quant à moi, je ne demandai rien. J'étais affreusement troublé et

j'osais à peine regarder le marquis, tant j'avais peur qu'il pût lire

dans ma pensée. Dans ma très hésitante mais effroyablement inquiète

pensée.

Il nous conduisit dans un petit salon qui était réservé à la

marquise, au rez-de-chaussée, et dont la fenêtre était encore

ouverte sur le jardin. Contre cette fenêtre grimpait un rosier.

--Elle respirait l'air du soir à cette fenêtre, nous expliqua-t-il...

Moi, je ne l'ai point vue, mais Sing-Sing, qui sortait du garage,

l'aperçut au moment où elle jetait son cri de la crise! Et aussitôt,

dans une clameur désespérée que je ne lui avais pas entendue depuis

longtemps, elle courait au premier étage s'enfermer dans sa chambre...

Moi, j'étais dans mon bureau quand tout ce tumulte éclata... Je

n'avais pas besoin d'explications... _Je savais de quoi il était encore

question_... Nous courions déjà tous derrière elle... Il fallut

forcer sa porte... Vous en savez maintenant autant que moi, ajouta-t-il

en se tournant de mon côté, _puisque personne n'ignore plus rien de

mon malheur!_...

Christine et moi, nous regagnâmes notre bibliothèque, elle très

attristée, moi de plus en plus agité...

--Que vous semble de tout ceci? me demanda-t-elle.

Je lui dis:

--Christine, quand nous sommes entrés dans la chambre, avez-vous

remarqué la figure du marquis?

--Non! je ne regardais que la marquise!...

--Eh bien! moi, j'ai regardé le marquis... Il n'était pas beau à

voir, vous savez!... Ses yeux sanguinolents paraissaient prêts à

jaillir de ses orbites comme deux billes de rubis, sa bouche s'ouvrait

sur une dentition ardente, féroce et toute sa figure ressemblait à un

de ces masques japonais fabriqués pour terrifier l'ennemi! Je n'ai

jamais rien vu de comparable à cette vision si ce n'est l'air

férocement joyeux du buste du marquis de Gonzague que l'on cache

soigneusement à Mantoue, au rez-de-chaussée du _Muséo Patrio_, dans

une petite salle de débarras, recevant le jour par la place Dante... Ce

marquis-là avait cet air, paraît-il, la veille de Fornoue, le jour où

il paya dix ducats la première tête française coupée par ses

stradiots, et il baisa sur la bouche l'homme qui la lui apportait... Ce

n'était pas un vampire, mais c'était tout de même un buveur de sang

à sa manière!...

--Précisez votre pensée... me fit Christine d'une voix sourde,

croyez-vous que nous ayons réellement surpris «notre marquis à

nous» la _veille de Fornoue?_

--Ce serait tellement formidable, que, justement, je n'ose préciser ma

pensée...

»Il n'y avait peut-être là qu'une apparence», m'empressai-je

d'ajouter.

--En tout cas, murmura-t-elle, si la veille de Fornoue, Gonzague croyait

se repaître de notre sang, son attente a été bien déçue le

lendemain...

--Oui! quelqu'un est venu qui a troublé la fête...

--Mon impression également, acquiesça-t-elle, est que nous avons en

effet dérangé tous ces gens-là!... Mais en supposant les choses _au

naturel_, il ne faut pas nous étonner que le marquis ait été

désagréablement surpris par notre arrivée...

--_Et si c'était vrai?_... fis-je.

--Quoi? si c'était vrai?... quoi, si c'était vrai? répéta-t-elle.

--Oui! laissons toutes les autres histoires de côté! Il n'est pas

besoin d'avoir vécu deux cents ans pour avoir des instincts de bête

fauve!...

--Alors vous croyez?... vous pouvez croire?...

--Écoutez, Christine, vous rappelez-vous que Sangor, lorsqu'il est

arrivé la première fois dans la chambre, apportait un flacon?

--Oui, un flacon contenant du _citrate de soude_, il me semble?

--C'est bien cela!

--Et le marquis lui a dit de le reporter et de revenir avec du _chlorure

de calcium?_

--Parfait! Et qu'est-ce qu'il a fait avec le chlorure de calcium,

Christine, pouvez-vous me le dire?

--Eh bien, il a arrêté le sang!...

--C'est cela même... mais savez-vous, Christine, ce que l'on fait avec

le _citrate de soude?_

--Non!...

--Eh bien! _avec le citrate de soude, on le fait couler!_

Elle me regarda comme si je devenais fou, à mon tour.

--On le fait couler? répéta-t-elle.

--Oui, en ce sens qu'on _le laisse couler_, en empêchant de se former

le caillot de sang qui fermerait la blessure... Frottez la blessure, ou

la piqûre, avec du citrate de soude et la veine continuera à se vider

de son sang comme l'eau coule d'un robinet... Enfin, ce n'est pas

tout!... _Une bouche qui aspirerait ce sang et qui serait frottée de

citrate de soude n'aurait pas à redouter la coagulation avec laquelle

il faut toujours compter_...

--Mais c'est effrayant, ce que vous me dites là! Où avez-vous appris

tout cela?

--Mais dans les livres de la médecine la plus sommaire... vous n'avez

donc pas chez vous le Labosse illustré?... Quand on est relieur,

Christine, et qu'on ne s'intéresse pas seulement à la reliure... on

finit par apprendre bien des petites choses.

Elle me regardait toujours et je vis bien que maintenant elle était au

moins aussi agitée que moi... Elle me répéta encore: «Mais c'est

effrayant!... La science à l'usage du vampirisme!...»

--De nos jours, fis-je en manière de conclusion, le vampirisme--si

vampirisme il y a--ne peut être que scientifique.

Nous nous surprîmes à regarder les quatre portraits des quatre

Coulteray qui, là-haut, sur le mur, nous souriaient d'une façon si

énigmatique et si troublante--très troublante--dans le jour qui

tombait, ne laissant au contour des choses qu'une ligne indécise, une

sorte d'effacement de pastel.

--C'est vrai qu'ils se ressemblent tout à fait étrangement, très

étrangement, dit-elle.

--Eh! si c'est le même! repris-je en essayant de mettre dans le ton

dont je disais cela un peu d'ironie et de désinvolture... _il a eu le

temps de perfectionner sa méthode!_

Mais nous cessâmes bientôt de plaisanter... car il y avait encore des

gémissements là-haut!...

Et comme ces gémissements se prolongeaient, nous ne pûmes nous

empêcher de frissonner.

--Tout de même, fis-je, il serait bon de savoir comment cette blessure

est arrivée... Après tout, le marquis peut nous raconter ce qu'il

veut!...

La Poupée Sanglante · 第 29 / 58 题